Dour 2019: un cru presque parfait

Record d’affluence, une bonne météo, des concerts de qualité et un site propre: les organisateurs ont mis les bouchées doubles pour cette édition 2019. Seule ombre au tableau: les trois plaintes pour viol.

Les organisateurs l’ont reconnu eux-mêmes: changer de site nécessitait “un temps d’adaptation”. Et cette édition 2019, qui se tenait pour la deuxième fois sur le site des éoliennes, a remporté son pari.

La canicule de l’année dernière a obligé les organisateurs à réagir. C’était chose faite avec de nombreux dispositifs mis en place: zones d’ombres, oasis, et accès à l’eau ont permis à tout le monde de respirer, avec une météo plus clémente qu’annoncée.

Propre et efficace

Si le camping ressort principalement de la responsabilité des festivaliers, on a été surpris par la propreté du site. Les poubelles étaient multiples, placées à des endroits stratégiques et permettaient un certain tri des déchets. On doit aussi un énorme merci à la Green Cross qui a ratissé la plaine de jour en jour pour un rendu impressionnant. On espère aussi que les mentalités commencent à évoluer parmi les festivaliers, malgré le tout à la fête que suscite le festival de Dour.

C’est d’ailleurs la combinaison gagnante de ce Dour 2019. Se sentir en totale liberté dans un espace moins anarchique qu’il n’y parait. Si Dour est synonyme de lâcher prise, rien ne serait possible sans une organisation aux petits oignons.

Vald et Romeo Elvis, superstars

Mais faudrait quand même pas oublier de parler musique. Faut dire que les bruits des basses ont été entendues à 25 km de là. L’affiche de Dour était constituée, comme à son habitude, de valeurs sûres et de découvertes. Si les plus anciens peuvent se montrer un peu frustrés par le manque d’artistes plus ancrés dans le temps, les jeunes générations n’oublieront pas de sitôt ce défilé des stars montantes du rap francophone: Roméo Elvis, Orelsan, Damso et Vald, pour ne citer qu’eux.

Et disons-le dans la foulée: c’est le déjanté blondinet à lunettes qui pourra se targuer d’avoir délivré la meilleure prestation rap du festival. Sans doute car l’univers de Vald colle parfaitement à l’esprit de Dour. Ce côté punk et anarchique dont on vous parlait plus tôt. La sécurité a eu du boulot, évacuant les festivaliers coincés par les mouvements de foule à l’avant. Pogos, body surfing… même l’artiste n’en revenait pas: “Dour, je sais pas si vous êtes tous bourrés ou drogués, ma parole” ou “Est-ce qu’on va réussir à évacuer tout le monde avant la fin du concert?” Ce concert de Vald peut par exemple être mis en perspective avec celui d’Orelsan, la veille, plus calme et posé, sans doute davantage destiné aux fans pur jus.

Après, la Last Arena a cet avantage de rassembler les foules mais de ne pas offrir à tous les festivaliers le même spectacle. Un concert sur la main stage de Dour se vit dans les 50 premiers rangs. Au-delà, le ressenti n’est pas le même, avec une inhérente perte d’intensité.

Roméo Elvis et ses convives ainsi qu’Amélie Lens auront fait plus que le taf en ouverture le mercredi. Rappelons également que la DJ belge a inauguré le festival là où Charlotte De Witte l’aura clôturé. Là encore, un clin d’oeil sympa de l’organisation. Le Bruxellois a lui remis le couvert ce dimanche dans une ambiance de folie. Il y a match avec Vald. Pour le reste, on aura beaucoup apprécié la performance de Laurent Garnier, qui tournait un documentaire pour l’occasion, ainsi que la star des platines Nina Kraviz, qui aura emmené avec elle deux journalistes pour une interview prolongée dans la voiture jusque Bruxelles. Il ne leur restait plus qu’à revenir sur le site en train.

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#MeToo fait son chemin

Dans ce rayon de soleil que fut ce Dour 2019, une seule ombre au tableau, mais pas des moindres: les trois plaintes pour viol dès le 2e jour. Si les faits ne semblent pas liés et que le Parquet de Mons n’a plus communiqué depuis samedi, ils ont certainement entaché ce presque sans faute du Dour Festival.

Pourtant, le Festival de Dour, tout comme Plan International Belgique avait mis un dispositif en place en plus d’une campagne de prévention. Mais le harcèlement et ses conséquences ne sont certainement pas un phénomène neuf. Une festivalière sur six disait en avoir été victime d’après un sondage établi Plan International Belgique. Mais le mouvement #MeToo faisant son chemin, certaines langues commencent à se délier, comme on a pu s’en rendre compte cette année au Hellfest ou encore aux Eurockéennes de Belfort.

Reste qu’avec 251.000 festivaliers, Dour tient un nouveau record de fréquentation. La formule semble plaire toujours autant, bien au-delà de nos frontières. Dour à cette capacité à te faire sentir en vacances au moment où tu en franchis le seuil. Des vacances coupées du monde extérieur. Une sorte grand foutoir organisé.

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