YouTube: un conte raciste relance le débat sur la modération de contenus pour enfants

Le conte Dina et le prince, autrefois disponible sur la chaîne French Fairy Tales, est accusé d’influencer les enfants spectateurs par un biais raciste. Une polémique qui n’est pas la première concernant le contenu que propose YouTube aux enfants.

On connait mal le large monde des vidéos pour enfants sur YouTube. Sans doute parce qu’on a passé l’âge de mater des épisodes de Tchoupi & Doudou ou d’écouter des contes pour s’endormir. Par moments, l’une ou l’autre vidéo fait surface et nous offre un aperçu de ce qu’on rate.

On a eu droit à Baby Shark il y a quelques mois, chanson agaçante qui rentre dans la tête sans avoir l’intention d’en sortir.

Auparavant, le Elsagate avait secoué Internet: des vidéos catégorisées “pour enfants” portaient en réalité des thématiques liées à la mutilation, au suicide, au fétichisme, à la violence, au sexe, etc. Beaucoup d’exemples sont à retrouver sur Reddit.

Le monde merveilleux des contes de fée

Aujourd’hui, plongeons-nous dans le monde merveilleux des contes de fée. Des contes de fée qui ont parfois très mal vieilli. Avec certains, on est habitués à se rendre compte qu’ils décrivent souvent leurs personnages archétypes sont datés et enferment leurs personnages dans des visions moyenâgeuses (en même temps, ils ont été créés à la même époque).

Cendrillon attend son prince, Blanche-Neige pionce en attendant son prince, Peau d’Âne ne devient accomplie que quand elle rencontre son prince après que son père ait essayé de la pécho, etc.

Dina et son prince

Ces contes ont un succès monstre sur YouTube, illustrés avec une animation Flash légèrement cheap. Entre comptines et conseils pour enfants, l’un d’entre eux a créé un soulèvement chez les internautes: Dina et son Prince.

Dans cet extrait récupéré sur Twitter – la vidéo originale ayant été supprimée de la chaîne, on voit Dina, désespérée car empreinte d’une malédiction: si elle parle à son mari avant d’arriver à allumer une torche avec son chant, elle perdra sa beauté. Voyant son amant souffrir, elle décide donc de sacrifier ce qui semble être la chose la plus importante à ses yeux, après l’amour de son prince: sa beauté.

De blanche à noire

On passera sur le scénario de base qui ne pose pas un modèle de force et d’indépendance pour les jeunes filles spectatrices, mais seulement parce que ça empire: la transformation de Dina consiste à passer de blanche, cheveux lisses, yeux de biche à noire, cheveux crépus.

Ce changement, qui sous-entend qu’être belle consiste à être blanche, quand être laide revient à être noire, a créé une polémique sur les réseaux sociaux, en particulier chez les militant.e.s intersectionnel.le.s antiracistes.

L’affaire a même atteint la scène politique lorsque Gabriel Serville, député de la première circonscription de Guyane française, a réagi tout en adressant un courrier à l’Etat français pour exprimer sa colère face à la vidéo.

Le racisme et le sexisme de ce conte n’ont cessé d’être décriés, les internautes appelant au signalement de la vidéo pour incitation à la haine. L’action a porté ses fruits, étant donné que le conte n’est aujourd’hui plus disponible sur YouTube en français, même s’il reste en ligne dans sa version anglophone.

Une problématique qui touche d’autres chaînes pour enfants

Mais le problème ne s’arrête pas là: une internaute anglaise fait alors remarquer que les créateurs de Baby Shark montrent souvent, dans leurs vidéos, des personnages noirs en tant que singes et montre des caricatures à la hauteur des pires pubs Banania.

Un problème qui s’intensifie, quand on sait qu’ils auront bientôt droit à un show sur Nickelodeon. YouTube avait réagi lors du Elsagate en démonétisant les vidéos utilisant des personnages familiaux illustrant des comportements violents, sexuels ou inappropriés dans des vidéos live-action ou animées.

Ici, on entre dans une autre catégorie: les clichés racistes, véhiculés par une chaîne avec un public très jeune, ne sont pas forcément ciblés par cette mesure.

YouTube Kids est présenté par Google comme une plateforme de divertissement et d’apprentissage à consommer avec modération pour les enfants. Mais il semblerait que la modération de YouTube, au niveau de ce contenu, ne soit pas aussi performante qu’on pourrait espérer.

Entre 35 et 550.000 € par an

D’après le site SocialBlade, la chaîne French Fairy Tales gagnerait entre 35.000 et 550.000 euros par an. Une fourchette large, mais qu’il faut additionner avec celle de leur dizaine de chaînes homonymes, déclinées en plusieurs langues (bulgare, anglais, arabe, turc, allemand, khmer, espagnol, néerlandais, etc.)

Au vu du contenu médiocre de la plupart des chaînes du genre, on ne peut que les féliciter d’avoir trouve un bon filon pour accumuler les vues en utilisant l’audience des enfants sans trop d’effort. Par contre, il va devenir difficile de féliciter YouTube pour leur manque de surveillance vis à vis du contenu proposé aux jeunes enfants sur leur plateforme. Ne reste plus qu’à espérer que les parents sauront contrôler à quoi sont exposés leurs enfants.

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