Le trailer du film “Cats” prouve qu’Hollywood est entrée dans la “vallée dérangeante”

Paramount Pictures

On ne sait plus quoi penser de cette course au réalisme, si ce n’est qu’elle nuit à la créativité originelle de l’animation. Cats, apothéose du malaise et de la vallée dérangeante Hollywoodienne?

La comédie musicale Cats, qui n’a pas vraiment d’arc narratif mais aui propose un spectacle basé sur une bande de chats humanoïdes qui fêtent leur emprise sur la vie nocturne, a été adaptée en film live-action. Un projet qui avait pu ravir ou angoisser les fans de Broadway à son annonce et qui aujourd’hui terrifie Internet.

Par le casting impressionnant (James Corden, Idris Elba, Les Twins, Rebel Wilson, Taylor Swift, Ian McKellen…), on aurait pu espérer que ce film soit une réussite. Réalisé par l’homme derrière Les Misérables avec Anne Hathaway et Le Discours du Roi, Tom Hooper, le long-métrage nous est livré avec une esthétique profondément dérangeante.

On te laisse constater par toi-même

On se demande comment la Paramount a pu approuver une telle direction artistique. Mais on ne devrait pas non plus être trop surpris. Avec les avancées technologiques et la course au réalisme extrême, les studios hollywoodiens ont prouvé cette année qu’ils mettaient la prouesse technique devant la volonté esthétique. En d’autres termes, à force de trop vouloir faire du spectaculaire, on perd en authentique et on n’y gagne que du malaise.

Il y a eu Sonic et sa morphologie humanoïde étrange. Le Roi Lion dont la magie cartoonesque a été sacrifiée pour l’amour des poils de lionceau réalistes. Aujourd’hui, on a Cats, qui signe l’apothéose de la vallée dérangeante Hollywoodienne.

Vallée dérangeante

Une vidéo qui va dans le détail de “l’inquiétante étrangeté”

La Vallée Dérangeante (ou la Uncanny Valley) est un concept d’abord utilisé pour décrire, en robotique, le sentiment de malaise qui peut nous toucher quand un robot humanoïde nous fixe. C’est Masahiro Mori, roboticien japonais, qui a théorisé cette étrangeté qui se dégage une créature technologique extrêmement proche du réel, à quelques détails près: raideur des expressions faciales, lenteur des mouvements, rides différentes, ou encore répétition des gestes trop exacte.

La raison de ce malaise serait psychologique et basée sur une théorie Freudienne nommée “inquiétante étrangeté” ou “Unheimlich”: le fait même qu’on n’arrive pas à mettre le doigt sur ce qui nous dérange exactement provoque une peur dans le cerveau humain, une panique, qui crée l’inquiétante étrangeté.

Du “Pôle Express” à “Cats”

Le concept robotique de la Vallée Dérangeante a été fortement popularisé dans la pop culture et, comme le point Godwin intervient à tout moment d’un débat, le point “Uncanny Valley” débarque très vite quand on est face à de la motion-capture.

Pôle Express

Dès la sortie du “Pôle Express”, premier film d’animation qui utilisait cette technologie, le terme était apparu pour décrire l’étrange apparence de certains des personnages. Ces critiques étaient passées outre pour féliciter l’innovation que représentait ce film. On n’imaginait pas qu’au fil du temps, Disney se mettrait à l’user jusqu’à la moelle et des dizaines de studio feraient enfiler à des superstars internationales des costumes moulants pour leur donner une apparence animale.

Et pourtant. Plus rien n’arrête la fièvre du CGI. Sonic et ses cuisses de coureur sportif ont cette année détruit les souvenirs d’enfance de bien des spectateurs. Le Roi Lion, à trop chercher le réalisme, change l’intention des moments musicaux, plus aussi féériques quand Pumbaa ressemble à… un vrai phacochère.

“Cats”, apothéose du malaise

Aujourd’hui, avec Cats, on a atteint l’apothéose du malaise. Si auparavant, on restait sur le versant de la Vallée Dérangeante en faisant attention à ne pas glisser, Hollywood a fait le grand saut et a établi domicile au cœur de cette contrée légèrement terrifiante.

“On a utilisé la meilleure technologie de fourrure digitale pour créer l’enveloppe de fourrure la plus parfaite possible.” Oui, ces mots prennent tout leur sens en 2019 et sont prononcés par Tom Hooper, réalisateur du film Cats. “Ce sont des gens, mais ce sont aussi des chats, et ça me sidère”, renchérit le présentateur de Talk Show James Corden, qu’on connait surtout pour ses Carpool Karaoke dans une featurette “making of” qui teasait le film sans en montrer les images.

Le sentiment de sidération est partagé, mais pas devant la prouesse technique. Le problème avec cette course au réalisme, c’est qu’elle paraît sans intérêt dans le contexte actuel de l’animation.

L’animation comme intention artistique

L’animation a longtemps été synonyme de créativité et de liberté artistique. Envie de balancer un dragon? C’est possible. Envie de créer un monde imaginaire? Bien sûr. Envie d’explorer des styles graphiques afin de créer une dimension artistique qui correspondra à l’esprit d’un long-métrage? Encore mieux.

Même récemment, on a de très bons d’exemples de films d’animation réussis, pour adultes, et dont le style graphique rajoute quelque chose au scénario, au jeu d’acteur et qui fait partie entière de l’intention du réalisateur: L’île Aux Chiens, Coraline ou l’acclamé Into The Spiderverse en font partie. Même la motion-capture peut représenter une intention de réalisateur justifiée, comme quand Spielberg nous a livré un Tintin dont la volonté était de donner des allures de film d’action moderne à ce personnage naïf de la BD franco-belge.

Pas un film grandiose, certes, mais on comprenait pourquoi le réalisateur d’E.T. avait poussé le réalisme du film. Avec Cats, Sonic et Le Roi Lion pour ne citer qu’eux, on ne comprend pas l’intention. Rien n’est ajouté à cette course au réalisme, si ce n’est la capacité à animer mieux que l’autre des poils en CGI. Bon délire, mais on reste sur une déception. Peut-être qu’après cette crise du motion capture, on aura enfin droit à des blockbuster d’animation intéressants, où le motion capture servira le propos?

Mieux vaut en rire qu’en pleurer. C’est ce qu’ont compris les internautes et les vannes s’accumulent sur Twitter:

Meilleur tweet de ce classement. Clairement.
Même les Furries ne veulent pas de ce film.
Community <3
S’il te plait, ne va pas chercher l’origine de cette image. Vraiment.
Oui, c’est plus ou moins ça.
Notre réaction à tous, Max-David. Notre réaction à tous.

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