La première machine pour s’attaquer au Vortex de plastique du Pacifique nord est enfin partie en mer

On va enfin savoir si le projet de Boyan Slat fonctionne. Le système test 001 de l’entreprise The Ocean Cleanup a quitté le port de Los Angeles samedi pour relever l’un des plus grands défis écologiques du moment: nettoyer les océans des plastiques qui les étouffent.

Le port de San Francisco était en totale ébullition samedi après-midi. Pour cause, l’un des projets écologiques les plus prometteurs du moment démarrait enfin, après des mois de mises en place, de calibrage et de bricolages divers. Samedi, The Ocean Cleanup a enfin quitté la terre pour se lancer vers son objectif: détruire le « huitième continent ».

Le « huitième continent« , c’est cette espèce d’île énorme deux fois plus grande que la France qui s’est formée avec les déchets plastiques flottant sur les océans. Portés par les courants océaniques, ces détritus ont formé le Vortex de déchets du Pacifique nord, également appelé la « grande zone d’ordures du Pacifique » ou GPGP pour Great Pacific Garbage Patch.

40.000 tonnes en 5 ans

Derrière ce projet, il y a Boyan Slat, un écologiste néerlandais de 24 ans qui, pour un travail en secondaire, avait imaginé un système de ceinture flottante capable de récupérer les plastiques flottant sur les océans. Son projet a reçu un accueil très enthousiaste de par le monde: 38.000 personnes venant de 160 pays ont participé à son crowdfunding, ce qui lui a permis de récolter plus de 2 millions de dollars en 100 jours.

Armé d’un bras en forme de C long de 600 mètres, le dispositif de nettoyage sorti du cerveau de Slat devrait, selon les membres de l’équipe, être en mesure de collecter la moitié des détritus présents dans le vortex – environ 40.000 tonnes – d’ici cinq ans.

Le système 001 consiste en un assemblage de tuyaux de 12 mètres – qui sont faits en plastique – et forment un long serpentin. Ils sont remplis d’air afin de pouvoir flotter à la surface de l’océan. Des filets de nylon pendent en dessous et créent un genre d’énorme pelle flottante qui récupère les gros déchets plastiques. Ce système n’est toutefois pas parfait: il n’attrape que les gros déchets et laisse passer les microparticules. Selon certains spécialistes, cette machine ne pourra récupérer que 94% des déchets plastiques flottant sur les océans, le reste étant trop petit pour être collecté par ses filets.

Lutter contre le plastique: une urgence

Les plastiques flottants tuent jusqu’à 100.000 animaux marins chaque année, parmi lesquels on compte des dauphins, des baleines, des poissons et des phoques. Ces animaux sont retrouvés morts, leur cadavre échoué sur des plages et leur estomac remplis de déchets plastiques. Les scientifiques expliquent que ces animaux confondent les plastiques avec de la nourriture et meurent de faim en pensant s’alimenter.

Le plastique se retrouve également dans notre alimentation. Avec l’usure, ces déchets lâchent des microparticules invisibles à l’oeil nu qui s’insèrent partout: dans l’eau, dans le sel, dans la bière et, forcément, dans les aliments. Ces nanoparticules « possèdent en effet la faculté de traverser les barrières tissulaires pour venir s’accumuler dans nos organes, tels que le foie, et d’en perturber à long terme le fonctionnement », écrit Nathalie Gontard, directrice de recherche et professeure en sciences de l’aliment et de l’emballage à l’INRA.

Le projet de Boyan Slat est une énorme avancée dans la lutte contre le plastique et montre que la lutte écologique n’est pas vaine et désespérée. Toutefois, il faut rappeler que les plastiques flottant dans les océans ne représentent que 2 à 3 % des plastiques produits chaque année. Le reste des plastiques finissent dans les décharges, dans la nature et seulement un tout petit pourcentage est recyclé. Certains parlent de 2%… Heureusement, de plus en plus d’initiatives sont mises en place pour lutter contre cette pollution et l’on ne peut que s’en féliciter.

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