Trois attaques en moins de trois mois: pourquoi le Royaume-Uni est une cible privilégiée des terroristes?

Trois attaques en moins de trois mois: pourquoi le Royaume-Uni est une cible privilégiée des terroristes?

Pour la troisième fois en moins de trois mois, le Royaume-Uni a été frappé par le terrorisme. Comme la France ou l’Allemagne, le pays fait partie des cibles historiques des terroristes depuis de nombreuses années. Les actes horribles s’enchaînent à une vitesse effroyable et la Première Ministre Theresa May a annoncé de nouvelles mesures pour tenter d’endiguer la menace.

34 morts et des centaines de blessés en seulement 73 jours. Le Royaume-Uni vit une période horrible depuis quelques mois. Après les attaques de Westminster le 22 mars et de Manchester le 22 mai, c’est à nouveau Londres qui a été frappé par un acte terroriste samedi soir. « Le moment est venu de dire: trop, c’est trop. Nous ne pouvons pas et ne devons pas prétendre que les choses peuvent continuer ainsi », a affirmé Theresa May, impuissante pour l’instant devant la menace qui pèse sur son pays.

Cible historique

Une menace qui remonte déjà à plus de dix ans. Au même titre que la France, régulièrement frappée par des actes terroristes aussi, ou l’Allemagne, le Royaume-Uni est une cible historique des djihadistes, même s’il est difficile de trouver des explications à leur folie meurtrière. Dès 2003, le Premier ministre de l’époque Tony Blair avait annoncé qu’il soutiendrait George Bush dans sa guerre contre Saddam Hussein en Irak: c’est le point de départ de cette haine viscérale.

« Il y a un lourd passif. D’autant que la Grande-Bretagne est actuellement un membre important de la coalition internationale qui combat Daech sur le terrain en Syrie et en Irak, avec des soldats au sol et de nombreux raids aériens », expliquait Mathieu Guidère, spécialiste des mouvements terroristes islamiste, à l’AFP après l’attaque de Manchester. « Rien n’a changé en Grande-Bretagne entre 2005 et 2017. La motivation et la justification sont les mêmes: l’intervention du pays en Irak », assure-t-il au Huffington Post.

« Terre de mécréants »

L’une des possibles autres raisons est le symbole qu’incarne Londres, au même titre que Paris ou Bruxelles, également visées par des attentats. « Londres est considérée par les djihadistes comme une terre de mécréants et l’aspect cosmopolite de Londres en fait une cible privilégiée », estime Alain Rodier, directeur auprès du chef du Centre Français de Recherche sur le renseignement, pour 20 Minutes. « Car l’objectif des terroristes est de monter les communautés les unes contre les autres. Ils espèrent que des Britanniques vont mener des actions anti-islam qui pourraient précipiter certains musulmans dans leurs rangs. »

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Derrière les Français, les Britanniques seraient d’ailleurs les Européens les plus représentés dans les rangs de Daesh, devant les Allemands ou les Belges. Ce qui fait dire à Alain Rodier: « La Grande-Bretagne est confrontée à une triple menace. Celle des revenants de Syrie et d’Irak qui peuvent mener des actions commanditées. Celle des djihadistes qui sont déjà rentrés depuis un ou deux ans en Europe et qui ont recréé un réseau terroriste, en attendant de passer à l’action via des attaques coordonnées. Et enfin celle de personnes qui n’ont aucun contact direct avec Daesh ou Al-Qaïda et qui décident de passer à l’initiative en commettant un attentat. »

Treize tentatives d’attentat déjouées depuis juin 2013

Autant de raisons qui pourraient expliquer les nombreuses attaques qui ont visé le Royaume-Uni depuis plus de dix ans, malgré toutes les mesures de sécurités prises et régulièrement revues à la hausse. Plusieurs drames ont particulièrement marqué les esprits.

En 2005, trois bombes avaient explosé dans le métro londonien, faisant 56 victimes et plus de 700 blessés. Al-Qaïda avait revendiqué l’attaque. En 2013, deux hommes avaient décapité un soldat en pleine rue, toujours à Londres, pour « venger les musulmans tués par des soldats britanniques ». Fin 2015, un homme avait attaqué et blessé trois personnes avec un couteau dans le métro de Londres.

De nombreux autres attaques ont néanmoins été évitées. Après l’attentat de Westminster, Scotland Yard a assuré avoir déjoué « treize tentatives d’attentat terroriste depuis juin 2013 ». L’efficacité du MI-5, les services secrets britanniques, n’est plus à démontrer non plus. Pourtant, les services de sécurité n’ont pas réussi à empêcher les attaques de ces dernières semaines.

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« Le terrorisme nourrit le terrorisme »

Dans son discours donné ce dimanche matin, Theresa May a tenté d’apporter une explication: « Nous sommes persuadés d’avoir affaire à un nouveau type de menace car le terrorisme nourrit le terrorisme et les auteurs sont incités à commettre leurs attaques non seulement sur la base de complots minutieusement élaborés après des années de planification et d’entraînement, non seulement par des assaillants isolés radicalisés sur internet, mais aussi en se copiant les uns les autres et en utilisant les moyens les plus sommaires. »

En clair, les actes terroristes appellent d’autres actes terroristes en raison de la volonté d’imitation. Et ces actes sont commis par des personnes qui arrivent à se faire oublier pendant des années avant de passer à l’action avec des moyens qui ne permettent pas de les détecter: un achat de couteau(x) est moins suspicieux que celui de composants pour fabriquer une bombe, qui va alerter directement les services de sécurité.

La Première ministre a également annoncé une série de mesures pour renforcer la sécurité. Ces mesures vise quatre domaines prioritaires. La Grande-Bretagne va rester en première ligne contre « l’idéologie du mal » et des opérations militaires vont continuer à être menées contre les terroristes. Une nouvelle réglementation devait permettre de limiter l’expression des extrémistes sur Internet. Plus de moyens vont être données pour identifier et éradiquer l’extrémisme dans le pays. Enfin, la stratégie de lutte antiterroriste va être revue après les attaques de ces derniers mois. En attendant que ces mesures entrent en vigueur, le Royaume-Uni va continuer de sécher ses larmes…

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