Les partis politiques ont-ils leur place à la Belgian Pride?

Les partis politiques ont-ils leur place à la Belgian Pride?

En ce jour de Belgian Pride, des voix s’élèvent contre celle qui était, autrefois, un étendard de la lutte LGBTI. Pour certains, la parade et les festivités ne sont plus que l’ombre de la contestation d’autrefois, éteinte à coup de récupérations politiques et d’une organisation consensuelle. La présence des partis politiques en bout de cortège, en particulier la N-VA, fait subir à la Belgian Pride des critiques acerbes.

L’année dernière, la Belgian Pride se finissait teintée d’une note amère, constituée de violences policières et de récupération politique. Pour le média queer Komitid, plusieurs personnes témoignaient des agressions qu’elles avaient subies devant le commissariat de Bruxelles Centre. Les confrontations avaient été déclenchées par la présence d’un char de la N-VA, que beaucoup de militants dénoncent toujours aujourd’hui comme grands adeptes de la récupération politique LGBTI.

C’est d’ailleurs en ces termes que le Collectif de Lutte Trans (CLT) dénonce le manque d’engagement de ceux qu’ils appellent la « sainte trinité des coupoles arc-en-ciel », soit les trois ASBL organisatrices de la Pride (Arc-en-ciel Wallonie, RainbowHouse et çavaria). Malgré un langage militant fort et une vision très rigide de la question, le CLT marque un point: la Pride aurait-elle perdu de son sens premier en laissant les partis politiques y étaler leurs programmes?

La Pride est-elle devenue trop lisse?

D’un côté, la présence de partis peut être une bonne chose. Elle donne l’occasion d’interpeller et de comprendre les programmes et les mesures possibles en faveur des droits LGBTQI+. Cette année, il est également possible de retrouver sur le site de la Pride un questionnaire complété par chaque parti présent vis-à-vis de leurs positions.

Ça, c’est sur le papier. Quand en pratique, la Pride devient une vitrine permettant d’avoir une image progressiste et ouverte, l’idée devient discutable. Cet événement de contestation, ouvert aux personnes concernées et à tous ceux qui souhaitent rejoindre la lutte pour une meilleure condition des minorités sexuelles et de genre, prend une parure de plus en plus lisse au fil des années.

La Pride n’était pas supposée devenir un festival d’arc-en-ciel et de paillettes. Il s’agit avant tout d’une manifestation, née d’émeutes à Greenwich en 1969, qui ont permis de créer un changement dans l’acquisition de droits juridiques pour les personnes queers. Et dans ce cadre, il est vrai que la présence de la N-VA interroge.

La N-VA dans l’oeil du cyclone

Beaucoup voient d’un mauvais oeil la présence d’un tel parti, considéré comme « homo-nationaliste » par la présidente de l’ASBL Garance, Irène Zilinger, qui s’exprimait au lendemain de la Pride 2018 au micro de La Première: « la N-VA est homo-nationaliste (blanc, Belge et de classe moyenne). Ce qui veut dire qu’elle veut bien protéger et soutenir les homos qui lui conviennent, et pas les autres. Or, il y a une grande diversité dans la communauté LGBTQ qui disparait complètement dans le plan de la N-VA ».

Quel est-il aujourd’hui, d’ailleurs, ce plan? On peut en avoir un aperçu via le formulaire de la Pride, que chaque parti a dû remplir en prévision de la parade en annonçant ses réussites et ses engagements futurs. Pour la N-VA, le programme comprend une meilleure prévention des suicides dans la communauté LGBTI, une lutte contre les discriminations et une meilleure acceptation positive. Des mesures déjà annoncées l’année dernière. Cependant, un nouveau mot apparait dans le lexique N-VA: l’intersectionnalité. On peut ainsi lire qu’ils sont conscients des difficultés rencontrées par les personnes qui accumulent les discriminations, au carrefour entre origines ethniques et orientation sexuelle. Une réponse aux critiques de l’année dernière? Sans doute, mais également une réponse à la thématique de la Pride de cette année, qui se veut intersectionnelle: #AllForOne.

L’autre détail qui dérange, c’est la dualité entre la position engagée contre certaines déclarations de Théo Francken (N-VA) des associations organisatrices, et cette invitation à faire partie du cortège. On peut retrouver sur le site même de la Pride un article reprenant les demandes d’excuse suite au post considéré comme sexiste que le secrétaire d’État à la migration avait publié il y a quelques mois. Si la militance est reprise sur les réseaux sociaux, pourquoi ne se retrouve-t-elle pas dans l’organisation de la Pride?

Quand la célébration remplace la contestation

Mais là n’est pas la question. Si toutefois la N-VA est la plus citée par les militants quand il s’agit de dénoncer une récupération qui agace, c’est toute la présence de la sphère politique et surtout lorsqu’elle se retrouve en campagne, qui est à remettre en question. Encore plus quand les slogans accolés à la Belgian Pride promeuvent ce climat électoral. L’année dernière notamment, la Pride faisait référence aux communales en utilisant le slogan « your local power ».

La Pride a effectivement perdu de sa militance. D’accord, la Belgique est classée deuxième
pays européen le plus en avance sur les droits LGBTI. D’accord, le chemin parcouru mérite d’être célébré. Mais la célébration ne doit pas remplacer la contestation contre les violences homophobes en recrudescence, et un plan d’action interfédéral proposé l’année dernière par la secrétaire d’État à l’égalité des chances, Zuhal Demir (N-VA), dénoncé comme raciste et homonationaliste, encore une fois, par 103 signataires du monde associatif et académique (dont Unia, Garance et Awsa).

Aujourd’hui, les contestations s’affichent. Samedi, elles se concrétiseront. Il ne reste plus qu’à voir si, comme l’année dernière, elles se transformeront en confrontations violentes. La question de la présence des partis politiques à la Pride reste houleuse, et risque de provoquer une remise en question de la part des ASBL organisatrices. Réponse ce samedi.

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