La France retire les pneus jetés au fond de la Méditerranée, c’est un flop écologique

Des milliers de pneus usés ont été jetés au fond de la mer Méditerranée dans les années 80 pour tenter de créer des récifs artificiels. Mais c’est le résultat inverse qui s’est produit: les poissons ont fui la zone. Résultat: les pneus sont aujourd’hui retirés de la mer.

Une nouvelle pêche toute particulière a fait son apparition sur la Côte d’Azur ces derniers jours: la pêche au pneu. Elle consiste à ressortir les quelque 22.500 pneus qui stagnent encore inutilement au fond de la mer Méditerranée depuis les années 80.

Il y a presque 40 ans, la direction départementale des Alpes-Maritimes a décidé, sous l’impulsion de l’environnementaliste Alain Bombard, de créer un récif artificiel avec 25.000 pneus. L’idée était de créer un refuge pour les poissons. Mais aujourd’hui, on s’aperçoit que ce projet à visée écologique a produit l’effet opposé: les poissons fuient la zone à cause des hydrocarbures lâchés par la dégradation des pneus.

Corail raté, menace vivante

Depuis le début de la semaine passé, des plongeurs spécialement équipés avec des engins de levage ont déjà repêché des centaines de vieilles boucles de caoutchouc qui jonchaient le sol sous-marin de la baie de Golfe-Juan, entre Cannes et Antibes.

Ces milliers de pneus devaient, selon la croyance de l’époque, créer un nouveau corail qui aurait pu restaurer la vie aquatique en déclin. Mais une étude réalisée en 2005 par des chercheurs de l’Université de Nice a montré que les pneus dégageaient des produits chimiques toxiques dans l’environnement, notamment des métaux lourds, qui menacent non seulement la faune sous marine mais également la vie humaine.

Mais ce n’est pas tout. Les experts craignent aujourd’hui que les pneus se désagrègent davantage. Après 40 ans de macération, les rubans de caoutchouc commenceraient à se fragmenter en petits morceaux, ce qui risque d’empoisonner la flore sous-marine locale. Et à terme, se répercuter de façon encore plus nocive pour la vie sous-marine et conséquemment pour la vie humaine.

1,2 million d’euros

En 2015, une première mission a retiré 2.500 pneumatiques. Cette entreprise a permis de montrer que l’extraction pouvait être réalisée en toute sécurité. La deuxième phase a donc commencé la semaine dernière. Environ 10.000 pneus devraient être retirés au cours des prochaines semaines. Les 12.500 restants seront repêchés au deuxième trimestre de 2019.

Coût total de l’opération? Un million d’euros versé par le gouvernement français. Et le fameux fabricant de pneumatiques français Michelin va également participer en ajoutant une aide de 200.000 euros. D’un point de vue purement scientifique, on peut se dire qu’au moins, maintenant, on est fixé puisque l’on a fait le test: les pneus au fond de la mer, ce n’est pas la solution.

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