BSF jour 4: en 2019, Kyo nous fait toujours autant chialer

Lola d'Estienne d'Orves

La soirée la plus riche en émotions du Brussels Summer Festival a allié hommage LGBTQI+ avec Hyphen Hyphen et nostalgie avec Kyo. Sans oublier la danse pluviale avec Todiefor

Le grand jour est venu. En ce samedi sacré qu’est le 17 août 2019, les Van’s à damier, les boucs et les pantalons baggys vont faire leur grande arrivée au BSF. Car ce soir ce n’est rien d’autre que Kyo qui s’occupe de clôturer la soirée en grandes pompes. Mais le concert du groupe qui t’a accompagné dans tes ruptures en pleine pré-adolescence ne sera pas le seul moment riche en émotions de la soirée.

Todiefor nous enseigne le savoirdanser

Rayon sacré – ©Lola d’Estienne d’Orves

19 heures et c’est la drache au Mont des Arts. Alors que Todiefor s’apprête à faire chauffer sa mixtape, les ponchos oranges gracieusement distribués par le festival se multiplient sur la place Albertine. On s’attend à ce que la foule soit effrayée par la possibilité de se retrouver trempée. Mais c’est oublier qu’en Belgique, si on avait peur d’un peu de pluie, la vie s’arrêterait.

À peine les premières notes retentissent et la foule débarque. Todiefor est là, prêt à nous faire danser malgré ses nombreuses heures de vol dans les pattes. À peine rentré du Japon, celui qui taffe avec Vladimir Cauchemard et toute la bande de la Straussphère débarque avec des lunettes de soleil et une crinière rose flash.

Des airs de flûte résonnent dans le centre de Bruxelles et malgré l’atmosphère mouillée, le public bouge en rythme. Certains délaissent leurs K-Ways trop encombrants pour se lancer dans une danse effrénée, en finissant par s’en foutre de se retrouver trempés. De toute façon Todiefor réchauffe nos coeurs.

“On est à la maison, on ne peut pas ne pas la passer” balance-t-il avant de lancer un sample de Bruxelles Vie. En quelques années, Todiefor a gagné en présence sur scène, et si on le voyait un tantinet nerveux auparavant, il arbore aujourd’hui un flegme bienveillant envers le public qui vibre à l’unisson. On danse, on se déchaîne, et Todiefor finit par remplir la place.

©Lola d’Estienne d’Orves
©Lola d’Estienne d’Orves
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L’heure finie, la scène électro se poursuit au Mont des Arts, et alors que le public de The Avener se rassemble, on décide de remonter vers la Place des Palais pour découvrir la performance d’Hyphen Hyphen.

Hyphen Hyphen x Cabaret Mademoiselle, meilleure collab’ du BSF

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Hyphen Hyphen électrise dès les premières notes et fait fuir la pluie pour le reste de la soirée. On parlait de la déception d’Hooverphonic hier, mais ici Samanta Cotta éclaire la nuit avec sa voix perçante accompagnée d’une guitare éraillée.

Le groupe est impressionnant de présence, de capacité à s’adapter, et arrive à chauffer la foule en un éclair. Quand, dans le public, ça commence à entonner “Waar is de feestje”, la chanteuse improvise et nous offre la version la plus rock du slogan typiquement belge. La fête est belle et bien là.

Parmi la foule, les drapeaux multicolores pullulent et rappellent que ce groupe de pop-rock français s’est engagé à de multiples reprises pour la cause LGBTQI+. Ce soir sera un nouveau symbole de cet engagement, à la fois pour Hyphen Hyphen mais aussi pour le BSF et la ville de Bruxelles.

À mi-chemin de la performance, Samanta appelle ses “amies” et on voit arriver une quinzaine de drag queens fraîchement débarquées du Cabaret Mademoiselle. Elles défilent sur scène et voguent comme jamais. L’atmosphère déjà électrique reprend un coup de jus et la foule hurle en voyant s’avancer Mademoiselle Boop, Big Bertha, Cléo Victoire, Athéna et toute la bande.

Après Tove Lo, Christine and The Queens et maintenant Hyphen Hyphen, le Brussels Summer Festival nous offre des performances fortes, riches en émotion, et prouve son engagement envers la communauté LGBTQI+. Les fiertés ne se résument pas à un seul mois ou une seule parade. C’est toute l’année à Bruxelles.

Soudain, la chanteuse invite tous ceux et toutes celles qui se sentent concernés et ont un drapeau à filer sur scène. Point d’orgue du spectacle. On voit les larmes monter dans les yeux de certains et certaines, et une émotion intense de sentiment de reconnaissance se dégage de la Place des Palais.

©Lola d’Estienne d’Orves
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Hyphen Hyphen offre l’une des meilleures performances du festival. On a envie que jamais le groupe ne parte, surtout après un tel concert, mais il est temps de quitter la scène. La madeleine de Proust du BSF va prendre sa place.

16 ans après, Kyo n’a pas changé

©Lola d’Estienne d’Orves

Comment te dire. Les mots ne viennent pas. Lorsque le chanteur de Kyo libère le son de sa voix, tous ceux qui ont connu le rock emo pendant leur adolescence ne sont plus des adultes qui paient leurs factures tous les mois et envisagent peut-être d’investir dans l’immobilier, mais bien des ados boutonneux persuadés que leur crush ne veut pas d’eux parce qu’ils n’ont pas mis leurs van’s à damiers.

On pensait pouvoir aller voir Kyo au second degré. Mais quand toute la foule connait Le Chemin par coeur et l’entonne avec plus de fougue que n’importe quel public du BSF, on se rend bien compte que Kyo n’est plus “juste” un plaisir coupable. C’est un groupe qui sait comment faire bouger son public, quitte à jouer sur la corde sensible.

Rien n’a changé. Sur scène, les membres du groupe ne sont pas, eux aussi, des adultes responsables mais ont toujours 20 ans et la fougue emo qui a fait leur succès au début des années 2000. Même quand il parle, le chanteur a une voix adolescente et semble bloqué dans une autre époque.

“Les amis, avec les frangins on vous a préparé un spectacle de folie.” L’entrée dans la Kyosphère passe aussi par un champ lexical un peu ringard. Mais c’est loin d’être un problème. Le show alterne anciens tubes et nouveaux morceaux, sur un bon rythme qui permet de ne pas perdre ceux venus uniquement en vue de s’éclater sur Tout Envoyer En L’air.

Le moment de surprise débarque quand Kyo annonce nous dévoiler une exclu du groupe, un nouveau morceau “un peu plus rock”. La surprise étant que le riff de guitare nous propulse de la boum des années 2000 à un concert de Rammstein (on exagère, mais c’est dans l’esprit).

On ressent tellement de tendresse pour Kyo dans le public. À chaque regard croisé, on imagine toute personne normalement constituée tenter de se faire une frange à mèche en écoutant Je Saigne Encore pour oublier son ex. Puis Dernière Danse débarque. Qui aurait cru que des paroles puissent rester gravées aussi longtemps dans une mémoire?

Même leurs nouveaux sons ont assez de verve pour garder la foule en haleine. Le Graal et 7 Vies font amplement le taff. Mais jouer leurs anciens singles ne semble pas être une corvée pour Kyo: l’émotion dans la voix du chanteur après avoir chanté Dernière Danse, qui en a presque les larmes aux yeux (comme la moitié de l’audience, l’alcool aidant) le prouve: ce qu’ils aiment, c’est la scène avant tout. En même temps, qui aurait parié qu’ils feraient la clôture de la Main Stage le samedi au BSF après être revenus en 2014?

Le concert n’est bien entendu pas parfait. Certaines notes aiguës sont difficilement atteintes par le chanteur, et les deux morceaux que joue le guitariste en solo endorment un tantinet l’audience. Mais quand, à la sortie du concert, des groupes se forment en chantant Dernière Danse, on comprend en quoi Kyo a sa place choyée dans la génération qui a vécu les années 2000 comme un passage à l’adolescence.

©Lola d’Estienne d’Orves
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C’est sur cette note de nostalgie que l’épopée de newsmonkey au BSF s’achève. Des vidéos arrivent tout bientôt, donc reste aux aguets. Et surtout, n’oubliez pas de vivre chaque seconde comme si demain était la fin du monde. On en fait trop? On en fait trop.

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