Bombardement de mails et de SMS contre les politiques, la nouvelle contestation citoyenne?

Bombardement de mails et de SMS contre les politiques, la nouvelle contestation citoyenne?

Hier, la ministre flamande de l’Environnement Joke Schauvliege (CD&V), en pleurs, a été contrainte de démissionner. Son erreur lui fut fatale, et il est bien difficile de lui trouver des excuses. Mais en coulisses, une campagne préparée par le mouvement “Act for Climate Justice” visait directement la ministre et ses collègues. Son but: bombarder de mails et de SMS les quatre ministres de l’Environnement. Une nouvelle forme de harcèlement?

En l’espace de quelques semaines, la question climatique s’est invitée au cœur des enjeux politiques. Sous la pression populaire, symbolisée par les marches citoyennes, les différents ministres de l’Environnement sont priés de se bouger, et vite.

Une demande légitime de la part des citoyens. On se souvient du fiasco de la COP24 où nos quatre ministres de l’Environnement ont été incapables de parler d’une seule voix, et d’adopter une politique ambitieuse en faveur du climat.

40.000 messages

Mais jusqu’où peut aller cette contestation? Depuis 24 heures et les propos mensongers et complotistes de Joke Schauvliege (CD&V), nos différents ministres ont reçu pas moins de 40.000 SMS et mails, rapporte la VRT. 4.000 SMS rien que pour la ministre flamande de l’Environnement. Elle était dans l’incapacité de communiquer avec sa famille et ses collègues. De son côté, le ministre wallon de l’Environnement Jean-Luc Crucke (MR) a même été contraint de changer de numéro de téléphone. Céline Frémault (cdH), qui détient la compétence à Bruxelles, a elle reçu 1.500 SMS et 5.000 emails. La ministre fédérale Marie-Christine Marghem (MR) a vu sa boîte mail déborder avec 2.000 courriels de contestation.

Derrière cette campagne hyper efficace, le mouvement “Act for Climate Justice”. Via un QR code, ils ont mis en ligne le numéro personnel des différents ministres de l’Environnement. Mais qui se cache derrière ce mouvement?

Au nord du pays, un certain Arno Kempynck est venu défendre son action sur le plateau de De Afspraak sur Radio 1. Il a été assez évasif concernant l’origine de cette nouvelle forme de contestation: “Il s’agit d’un réseau informel construit avec des contacts personnels (…). Il n’y a pas de grosse structure derrière notre organisation, mais nous avions besoin d’un nom pour mettre en place des actions.”

Hart Boven Hard

Arno Kempynck est en fait le leader de Hart Boven Hard, une organisation bien connue au nord du pays, et qui a donné du fil à retordre pendant des années à la politique flamande. Ce mouvement citoyen est né du gouvernement de centre-droit instauré en 2014 du côté flamand. Il a longtemps dénoncé les politiques jugées comme antisociales. Arno Kempynck en a fait son activité professionnelle et est le seul membre rémunéré de Hart Boven Hard.

Sans excuser l’énorme erreur de la ministre, et l’apathie de ses collègues sur la question climatique, cette campagne de SMS a été perçue comme du harcèlement par certains observateurs. Sur le plateau, la journaliste lui demande s’il n’a pas dépassé la limite. L’activiste n’a aucun regret. Si une limite a été franchie, c’est de ne pas avoir fait de la question climatique une priorité. Et cela permet un contact direct avec les responsables politiques: “Ce n’est pas le plus gros challenge de couper son téléphone et de communiquer avec sa famille à l’aide d’un autre numéro. Le but (de cette action) est de souligner leur responsabilité.”

GLB

Dans le sud du pays, cette campagne de SMS fait écho à une autre, qui visait Georges-Louis Bouchez (MR). Ce dernier reprochait aux jeunes marcheurs de manquer de cohérence. Car derrière les discours, il remettait en cause le fait qu’ils possèdent un iPhone ou qu’ils fassent leurs courses chez Primark. On laissera à chacun le soin de juger de la pertinence de ses propos.

Sur une photo largement partagée sur les réseaux sociaux, on pouvait voir le numéro de téléphone du chef de file de Mons en Mieux! Dans la tourmente, GLB a préféré prendre la chose positivement indiquant que “les messages étaient respectueux” et montrait “la volonté de changer les choses”. Le pire cauchemar d’Elio Di Rupo dit avoir fourni “des réponses et des rencontres”. À noter que ce n’est pas la première fois non plus que les 4 ministres de l’Environnement sont ainsi victimes d’un bombardement de messages.

Le mouvement Youth For Climate, pour sa part, a tenu à se désolidariser de cette campagne de messages: “Nous sommes désolés d’apprendre que Mme Schauvliege a été victime de harcèlement téléphonique. Cela n’a pas été organisé par Youth for Climate. Nous n’aurions jamais approuvé un tel comportement. Nous avons nous-mêmes été victimes d’intimidation en ligne et par téléphone ces dernières semaines et nous désapprouvons”, a réagi hier la plateforme.

Se posent donc plusieurs questions. Ce type de contestation est-il légal? Doit-on en passer par là pour faire entendre sa voix? Est-ce vraiment efficace? Après tout, chacun a droit à une vie privée, même les politiques.

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