Anuna De Wever, l’élève de 17 ans qui tient tête à maître Bart

Anuna De Wever, l’élève de 17 ans qui tient tête à maître Bart

Anuna a 17 ans. Elle ne se sent ni fille ni garçon. Avec son amie Kyra Gantois, elles ont lancé le mouvement Youth for Climate, parvenant à placer la question climatique au cœur de l’agenda politique. Bart De Wever, lui, répond par le pragmatisme, avec la dose de cynisme qu’on lui connait. Un mauvais calcul?

Dans le nord du pays, la presse ne parle plus que d’elle. Anuna De Wever s’est fait un prénom, entraînant avec elle des milliers de jeunes chaque jeudi pour la marche en faveur d’une justice climatique. Répercutée internationalement, cette marche impressionne par son ampleur et la détermination qui l’habite. Sauf peut-être dans les rangs de la N-VA, où Bart De Wever répond par son fameux écoréalisme.

« Fuck You »

Anuna De Wever est très tôt sensibilisée à la question climatique. Comme toute sa génération, elle y est confrontée depuis sa naissance. Son esprit critique se développe au fur et à mesure des débats d’actualité qui se tiennent durant les repas de famille. Après une période difficile où elle subit du harcèlement à l’école, la jeune fille assume: « Fuck you, vous et vos stéréotypes de genre ». À 15 ans, ni fille ni garçon, elle se sent plus forte que jamais.

En découvrant les atrocités faites dans les abattoirs, elle devient végétarienne. Désormais femme de conviction, elle refuse d’acheter des vêtements fabriqués par des enfants. C’est lors de l’été 2018, marqué par la chaleur et la sécheresse, qu’elle décide de passer à l’action, s’inspirant d’une autre jeune figure de l’activisme climatique, une certaine Greta Thunberg.

Son projet, Youth For Climate, grandit de jour en jour. La première marche voit 3.000 élèves flamands débouler dans les rues. Ils sont ensuite rejoints par les francophones pour atteindre 12.500. Le jeudi suivant, avec l’appui des étudiants du supérieur, ils sont 35.000 à tirer la sonnette d’alarme dans les rues de Bruxelles. Anuna est une leader née.

Le pragmatisme, bon choix politique?

Mais cette notoriété soudaine a son revers de médaille. Sa maman Katrien Van der Heyden s’est rendue à la police suite aux menaces adressées à sa fille, principalement sur les réseaux sociaux. Car le climatoscepticisme a encore de beaux jours devant lui. À croire que les preuves scientifiques ne font plus vraiment leur effet. Chacun s’enferme dans ses convictions.

Mais ce climatoscepticisme ambiant est sans doute entretenu par la N-VA. Non pas qu’on ne croit pas au dérèglement climatique du côté des nationalistes. Mais on ne veut pas tomber dans le fatalisme et les prévisions d’apocalypse. Face à l’urgence climatique, Bart De Wever répond par le progrès technologique, censé nous sortir de ce mauvais pas. Le président de la N-VA ne veut aucun tabou, pas même la construction de centrales nucléaires de nouvelle génération.

Sigfried Bracke craint, lui, que la transition écologique ne coûte des milliards. Il entend la voix des jeunes, mais avoue avoir lui aussi dit des « bêtises » quand il était plus jeune. Theo Francken fait, lui, du Theo Francken, caricaturant le débat via son média favori, Twitter.

Si la science a choisi son côté, on ne peut pas en dire autant de l’opinion. La vague verte constatée aux élections communales fait peur à certains. Ecolo et Groen sont au centre d’une inhabituelle critique ces dernières semaines. Car en vue des élections législatives de mai prochain, les Verts ont de l’ambition. Plus qu’une conviction profonde, il s’agit pour la N-VA de se placer politiquement. Face à Anuna De Wever et à la pression écologique, le parti nationaliste répond par son habituel pragmatisme.

Le bourgmestre d’Anvers se trompe rarement politiquement. Peut-être fallait-il voir débarquer une autre De Wever pour le bousculer dans ses certitudes? Elle peut en tout cas compter sur le soutien de 3.400 académiques qui ont tenu à s’adresser au monde politique par une lettre coup de poing et le hashtag #Scientists4Climate.

On devrait avoir un premier élément de réponse d’ici quelques semaines lors des élections. En attendant, plusieurs milliers de jeunes vont à nouveau protester ce jeudi dans les rues de la capitale et partout en Belgique.

epa
Facebook Theo Francken

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