Le voile désormais interdit en sorties scolaires: retour sur la polémique qui a embrasé la France

Ce mardi 29 octobre, le Sénat français a voté, après cinq heures de débats, l’interdiction de tous les signes religieux dans le cadre des sorties scolaires. Une décision qui survient alors que l’Islam fait encore une fois la couverture médiatique et politique de l’actualité française.

Il y a quelques semaines, Julien Odoul, membre du Rassemblement National, s’insurgeait face à la présence d’une femme voilée accompagnatrice scolaire venue assister au Conseil Régional de Bourgogne-Franche-Comté. Une prise de parole qui a entraîné un large débat au sein de la société française sur le port du voile et pas seulement durant les sorties scolaires.

Partout, sur les plateaux télévisés, dans les tribunes et dans les débats politiques, la question du port du voile a été lancée, souvent sur des plateaux où les femmes voilées étaient absentes, comme l’ont fait remarquer bien des internautes sur Twitter.

Une continuité plutôt qu’une conclusion

La décision de ce mardi 29 octobre du Sénat pourrait apparaître comme un point final, une conclusion à la question lancée par Julien Odoul (RN) puis alimentée par tous les bords politiques. Elle n’est cependant qu’une continuité dans l’interdiction progressive des signes religieux, en particulier musulmans, dans l’espace public français. On l’a vu avec le burkini, c’est aujourd’hui le voile qui a la part belle.

Les justifications de cette décision votée à 163 voix contre 114 avec 40 absentions, on les retrouve dans les discours politiques récents. Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale, a récemment parlé du voile comme d’une tenue « pas souhaitable » dans la société française. Il a pourtant exprimé son opposition au texte, en disant que cette décision ne ferait qu’éloigner les familles musulmanes de l’école. Tous les sénateurs LREM ont d’ailleurs voté contre.

« Elle n’avait qu’à pas mettre son voile »

Celui qui a fait le plus de bruit dans ses discours, c’est Jean-Louis Masson, sénateur provenant de Debout La France!, parti fondé par Nicolas Dupont-Aignan, ancien candidat à la présidentielle. Dans ses discours face aux sénateurs, il argumente d’ailleurs que cette loi aurait dû aller plus loin. Il parle de communautarisme, dit que la femme agressée par Julien Odoul n’avait « qu’à pas mettre son voile (sic) », compare le voile à un costume d’Halloween, implique qu’être entouré de femmes musulmanes voilées ne seraient pas une bonne influence sur les enfants et que la présence d’une femme voilée en sorties scolaires est une manière de forcer la société française de s’aligner sur les « communautaristes ».

« Pourquoi est-ce qu’on parle de ça? »

De l’autre côté du spectre, les intervenants qui opposés à cette loi tentent d’expliquer, dans la folie ambiante, qu’une confusion entre laïcité et laïcisme est en train de se dérouler. C’est ainsi qu’en parlait Sara el Attar sur le plateau de C News face à Pascal Praud.

Parmi les premières concernées, la question qui se pose le plus est: « mais pourquoi est-ce qu’on en parle? » L’autre interrogation, c’est de savoir en quoi l’éducation nationale est lésée par le port du voile et pourquoi ne pas attaquer les problèmes d’analphabétisme et de pauvreté directement. Elles ne pourront en tout cas pas poser ces questions dans l’hémicycle du Sénat, comme on peut le voir ci-contre.

La question arrivera-t-elle en Belgique?

Cette question pourrait-elle aussi arriver en Belgique? De manière générale, le port de symboles religieux au plat pays est interdit pour les juges, les policiers, les militaires et les pompiers, comme rapporte Le Soleil. Le port du voile intégral dans l’espace public est également proscrit depuis 2012.

En 2016, l‘issue d’un procès lancé par une femme licenciée pour avoir voulu porter son voile sur son lieu de travail s’est soldé de la conclusion suivante: « L’interdiction faite à une travailleuse de religion musulmane de porter un foulard islamique au travail ne constitue pas une discrimination directe fondée sur la religion. » Donc, oui, la question pourrait être lancée en Belgique un jour ou l’autre. Reste à savoir quand et par qui. Attendons déjà d’avoir un gouvernement.

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