France: 90 personnalités dont Omar Sy, Jérôme Jarre, Kyan Khojandi appellent à arrêter la haine à l’égard des musulmans

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Ce mardi, 90 personnalités, dont Omar Sy, Jérôme Jarre, Pénélope Bagieu (autrice des Culottées), Marina Rollman (humoriste), Kyan Khojandi (humoriste), des sociologues, des journalistes et des personnes actives dans le milieu associatif ont signé une tribune contre la haine à l’égard des musulmans.

Intitulée “Jusqu’où laisserons-nous passer la haine des musulmans?”, cette tribune du journal Le Monde appelle Emmanuel Macron à condamner l’agression subie par une femme accompagnatrice scolaire qui portait le voile lors d’une sortie au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. Si tu n’as pas suivi l’actualité française de ces quatre derniers jours, un léger rappel des faits s’impose.

L’intervention de Julien Odoul (Rassemblement National)

Il officie au parti de Marine Le Pen et siège au sein du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. Julien Odoul, élu du Rassemblement National, a eu envie d’intervenir lorsqu’une accompagnatrice scolaire est arrivée avec une classe de CM2 durant l’assemblée régionale. Parente d’élève, elle était présente dans le cadre d’une excursion pour découvrir la vie publique avec des enfants âgés de 9 à 10 ans (le CM2 correspondant à la 5ème primaire en Belgique).

Problème pour Julien Odoul: l’accompagnatrice en question porte le voile. Il décide donc d’intervenir, en demandant soit à ce que la jeune femme parte de la salle ou qu’elle retire son voile, ou alors c’est lui qui partira avec son parti. Par après sur Twitter, il se targuera d’avoir défendu les principes républicains et laïcs, en avançant qu’il ne pouvait pas tolérer “cette provocation communautariste”.

Si un rappel s’impose; la laïcité dans la république française est définie ainsi, d’après le site du gouvernement: “La laïcité repose sur trois principes et valeurs : la liberté de conscience et celle de manifester ses convictions dans les limites du respect de l’ordre public, la séparation des institutions publiques et des organisations religieuses, et l’égalité de tous devant la loi quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions.”

Réaction de Sihame Assbague, journaliste et militante antiraciste.

Comme l’a alors pointé Marie-Guite Dufay (PS), présidente de la région BFC, rien n’empêchait l’accompagnatrice de porter son voile dans l’hémicycle. Résultat: le RN s’en va et l’enfant de cette dernière finit en pleurs dans les bras de sa mère, sous le choc de l’agression qu’elle vient de subir, implicitement comparée à une terroriste pour avoir porté son hijab.

Nous sommes samedi 12 octobre, l’image de l’enfant commence à circuler, et les débats sur Internet débutent, entre indignation d’un côté et félicitations de l’autre. Le vacarme de Xavier Dupont de Ligonnès va à peine couvrir l’affaire, c’est dire.

Une intervention attisée par les “signes de radicalisation”

Le contexte, ici, est plus qu’important. Si l’Islam était déjà sur toutes les lèvres avant cette affaire, c’est du fait d’un discours d’Emmanuel Macron mentionnant “l’hydre islamiste”. Un discours survenu juste après la tragédie de l’attaque à la préfecture de Paris.

Le dimanche 13 octobre, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale, appelle les maîtresses d’école à signaler quand un petit garçon refuse de tenir la main d’une petite fille à l’école. Un signe de radicalisation selon lui. Il poursuit son discours en avançant que “le voile n’est pas conforme” aux valeurs françaises (qu’il désigne comme “nos valeurs”).

Dans son discours, il rappelle aussi son argumentaire déjà mentionné la semaine précédente selon lequel les petites filles seraient moins scolarisées, à cause de l'”islamisme”. Un discours faux factuellement, aidé par une rhétorique décryptée notamment par Clément Viktorovitch, professeur à Sciences Po Paris et chroniqueur pour l’émission Clique de Mouloud Achour.

Le 8 octobre également, Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, avait listé les signes de radicalisation selon lui lors d’une audition à l’assemblée nationale. Parmi eux: une pratique religieuse exacerbée durant le ramadan, le port de la barbe, pratique de la prière rituelle…

Des pratiques qui visent exclusivement une pratique religieuse et on va pas vous spoiler mais c’est pas le bouddhisme. Étonnamment, Castaner ne souhaite pas signaler les personnes montrant des signes de suprémacisme blanc, par exemple. Si certaines pratiques pointées par le ministre sont effectivement interdites par la république, d’autres ne sont que de simples pratiques religieuses.

Aujourd’hui encore, on a connaissance d’un formulaire envoyé aux professeurs de l’université de Cergy, située dans les banlieues Nord de Paris. Un formulaire avec des “signes de radicalisation” à remplir.

Le gouvernement cautionnerait-il les propos de Julien Odoul (RN)?

Brigitte Macron lors de son déplacement -EPA

Le Rassemblement National approuve ce que Julien Odoul a fait dans le fond, pas la forme. Emmanuel Macron, lui, n’a pas encore réagi. Ses ministres et sa femme par contre, oui.

Alors qu’elle participait à une dictée à l’image de la dictée du Balfroid en Belgique, elle a déclaré ne pas vouloir de voile à l’école: “En tant que professeure, on ne parle pas politique, on ne parle pas religion, ce n’est pas notre champ, on se doit une neutralité. Je suis laïque, ça fait partie de notre éthique, nous, profs, de ne pas influencer nos élèves.”

On le voit: personne ne condamne les propos ou l’attitude de Julien Odoul au sein du gouvernement, malgré un déploiement médiatique impressionnant. On en revient à l’appel des 90 signataires de la tribune du Monde.

« Quelles seront les conséquences d’une telle humiliation publique si ce n’est renvoyer à cet enfant qu’il demeure un citoyen de seconde zone, indigne d’être pleinement français et reconnu comme tel ? »

Tribune du Monde « Jusqu’où laisserons-nous passer la haine des musulmans ? »

Dans la tribune, c’est écrit noir sur blanc: les signataires sont à la recherche de l’indignation des politiques, du respect d’une femme venue en tant que simple accompagnatrice et qui se retrouve humiliée. En l’apostrophant, Julien Odoul n’a en aucun cas amené à débattre du port du voile: il a agressé une femme qui n’avait rien à voir avec les débats du jour.

Une autre tribune, publiée cette fois-ci par le Bondy Blog

« Nous demandons à Emmanuel Macron de dire que les femmes musulmanes, portant le foulard ou non, et les musulmans en général ont toute leur place dans notre société »

Tribune du Monde « Jusqu’où laisserons-nous passer la haine des musulmans ? »

Au final, on en vient à se demander qui sera plus libre: la femme qui porte le voile et accompagne son enfant pour découvrir la vie publique, ou une femme à qui on interdit de rentrer dans hémicycle à cause de son habillement? Toujours est-il qu’on a du mal à voir des femmes qui portent le voile sur les plateaux télévisés pour en débattre. C’est peut-être cela qu’il manque dans toute cette histoire: la parole des premières concernées.

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