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Pourquoi le virus zika sera encore plus dramatique qu’on ne l’imagine


Pourquoi le virus zika sera encore plus dramatique qu’on ne l’imagine

Déjà cinq pays recommandent aux femmes de ne pas tomber enceinte afin d’éviter les risques liés au virus zika. Le virus se propage comme une traînée de poudre causant de graves malformations congénitales. Problème supplémentaire : les pays touchés par le virus considèrent l’avortement comme quelque chose de tabou/illégal. La majorité des femmes n’ont pas vraiment le choix. Notamment à cause du manque d’accès à la pilule contraceptive ou aux préservatifs mais aussi à cause des grossesses résultant de viols. Et ce, couplé au fait que nous ne sommes qu’au début de cette pandémie, mènera à une immense tragédie : des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers de bébés gravement handicapés mentaux sont sur le point de naître dans les pays touchés.

Après le Brésil, la Colombie et le Salvador, ce sont les autorités de la Jamaïque et de l’Équateur qui conseillent aux femmes de reporter leurs envies de grossesses. Demander officiellement aux femmes de ne pas tomber enceinte : c’est du jamais vu. Mais cela permet de mettre en lumière les normes différentes qui existent dans ces différents pays touchés par le virus.

Par exemple au Brésil, pays qui accueillera bientôt les Jeux Olympiques, l’avortement est toujours illégal à moins que la femme prouve avoir été violée. Chaque année, plus d’un million (certaines sources parlent de quatre millions) de femmes brésiliennes se font avorter clandestinement au péril de leur vie. Le service de santé, le SUS ( Sistema Único de Saúde), note que plus de 250.000 femmes subissent des erreurs médicales durant l’avortement. Des milliers en meurent.

Les médecins catholiques en ont gros sur la conscience

Le Brésil est un pays très chrétien et principalement catholique, comme la plupart des pays touchés par le zika. Au point que les médecins qui ont pratiqué une Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) dénoncent les femmes concernées à la police parce que  » leur conscience le leur demande « . Cela crée un cercle vicieux : les femmes qui ont avorté ont peur des médecins. Il est difficile de trouver des médecins qui veulent et/ou peuvent pratiquer une IVG, même quand c’est nécessaire.

Cela se passe aussi maintenant : les échographies permettent de détecter les malformations congénitales causées par le virus zika. Et, selon la loi brésilienne, un avortement n’est pas permis dans ce cas. La plupart des femmes enceintes n’osent pas le faire. Et celles qui osent, surtout en dehors des grandes villes, seront souvent confrontées à un médecin réticent.

Le résultat c’est l’augmentation du nombre de nouveaux-nés gravement handicapés mentaux ces derniers mois. Plus de 10.000, en seulement trois mois, selon certains chiffres. Et pourtant, (comme vous pouvez le lire plus loin dans cet article) nous ne sommes qu’au début.

Avortement = 40 ans de prison

Au Salvador, où il est demandé aux femmes d’éviter les grossesses, c’est encore pire qu’au Brésil. Les femmes qui se font avorter et les médecins qui sont impliqués peuvent encourir jusqu’à quarante ans de prison ferme. Il n’y a pas d’exceptions ni de circonstances atténuantes. Qu’il s’agisse d’un viol ou non, d’un foetus qui présentent des anomalies ou non. Au Salvador, 11 % des femmes qui subissent, tout de même, un avortement chirurgical n’y survivra pas. En Haïti, en Honduras, au Surinam, en République dominicaine, au Nicaragua : c’est la même histoire.

Il y a plus. Les gouvernements de ces pays ont facile à dire aux femmes d’éviter les grossesses mais les activitistes des droits des femmes soulignent que les femmes n’ont pas le choix de tomber enceinte ou pas. Elles n’ont pas accès à la pilule contraceptive, aux préservatifs ou à l’avortement. Et beaucoup de grossesses résultent de viols.

Rubéole

Comme cela arrive souvent dans l’Histoire, il faut un drame comme celui qui se déroule maintenant en Amérique centrale et en Amérique du sud pour que des changements s’opèrent. Un bel exemple, c’est celui de la rubéole (la rubéole allemande), qui peut causer de graves anomalies chez le foetus. C’est cette maladie qui, au milieu du siècle dernier, a mené au début de la légalisation de l’avortement dans les pays occidentaux. A l’époque, il n’existait aucun vaccin, comme contre le zika en ce moment.

Le virus zika se transmet par les moustiques. Il n’est pas dangereux pour les adultes mais les scientifiques ont constaté que ce virus affecte entre autres les cerveaux des foetus.

Un avis négatif, mais vous devez le chercher vous-même

Par ailleurs, l’Institut de Médecine Tropicale (IMT) d’Anvers conseille aux femmes enceintes ou désirant tomber enceinte de ne pas se rendre dans les pays touchés par le virus zika si le voyage n’est pas nécessaire. C’est le cas pour  » une grande partie de l’Amérique centrale, de l’Amérique du sud et des Caraïbes « , précise l’IMT dans ses conseils de voyages.  » Après le voyage, il est recommandé de signaler à votre médecin ou votre gynécologue que vous avez séjourné dans un pays touché par le virus zika . « 

Le ministère des Affaires Etrangères recommande enfin aux femmes enceintes d’éviter les voyages dans les pays touchés par le virus en Amérique latine et dans les Caraïbes.  » Si celui-ci (ce voyae, ndlr) ne peut être postposé, nous les invitons à prendre contact avec leur médecin et à prendre toutes les précautions nécessaires afin de se protéger des piqûres de moustiques « , précise le ministère.

Les conseils de voyage sont disponibles sur le site internet du ministère mais il faut un peu de recherche. Taper le mot  » zika  » dans la barre de recherche ne donne aucun résultat. Sur la droite de la page  » Voyager à l’étranger « , il y a l’onglet  » mises à jour  » pour le Mexique, la Jamaïque, Haïti, le Honduras, le Nicaragua, mais on ne trouve pas tout les pays touchés par la pandémie.

L’avertissement est également applicable au Brésil, la Colombie, El Salvador, la Guyane française, le Guatemala, la Martinique, le Panama, le Paraguay, Porto Rico, le Surinam et le Venezuela.

Désormais, le virus a été officiellement identifié dans 21 pays : la Barbade, la Bolivie, le Brésil, la Colombie, l’Équateur, le Salvador, la Guyane française, la Guadeloupe, le Guatemala, la Guyane, Haïti, le Honduras, la Martinique, le Mexique, le Panama, le Paraguay, le Pérou, Porto Rico, Saint Martin, le Surinam, le Venezuela et les Samoa.

Déficience intellectuelle

En 2015, le Brésil a commencé à se préocupper de l’augmentation spectaculaire du nombre de bébés né avec un crâne trop petit. Il s’agit de la microcéphalie, une maladie grave parce qu’elle empêche au cerveau de se développer de sorte que l’enfant vivra généralement avec une déficience intellectuelle. Il y a une explication maintenant : le virus zika. Il n’y a pas de traitement ni de vaccination à l’heure actuelle. Et le virus se propage à une vitesse folle à travers le monde.

En novembre, le Brésil a tiré la sonnette d’alarme : le nombre d’enfants nés avec une microcéphalie était spectaculaire. Dans l’Etat de Pernambouc, par exemple, il y en avait quatorze fois plus que l’année précédente. On a aussi dénombré une augmentation notable dans les Etats de Paraíba et Rio Grande do Norte. Le gouvernement brésilien a lancé une enquête. Bien que la présence de microcéphalie peut être provoquée par plusieurs causes comme l’abus d’alcool par la mère ou une variante génétique, cela n’explique en rien une telle augmentation.

Des milliers de bébés dans quelques mois

Mais la microcéphalie peut aussi être causée par les pesticides et en particulier par une exposition excessive au rayonnement. Entre temps, cela fait trois mois et déjà 3.000 à 10.000 bébés sont atteints. Et une explication a été trouvée : le virus zika. Mais les scientifiques ne parviennent pas encore à expliquer comment le virus zika provoque la microcéphalie.

Le zika est transmis par les moustiques. Il a été découvert en Ouganda dans les années 1940. La plupart des gens qui sont infectés, ne s’en rendent pas vraiment compte. Certains ressentent de la fièvre et une éruption cutanée de couleur rouge.

Yap

D’Afrique, le virus s’est propagé en Asie. En 2007, il est soudainement apparu à Yap, un groupe d’îles à 2000 kilomètres des Philippines, au milieu de nulle part. En seulement quelques semaines, 75 % des 12.000 habitants de l’île était infecté. En 2013, le zika atteint la Polynésie française: 8000 kilomètres de distance, et seulement séparé par l’océan Pacifique. 28 000 des 270 000 résidents étaient déjà infectés en très peu de temps. En avril 2015, il a été découvert au Brésil, déjà près de 10 000 km plus loin. Depuis lors, un demi-million de personnes ont été infectées au Brésil.

Timing

En octobre, le virus zika avait atteint la Colombie, le Salvador, le Guatemala, le Mexique, le Paraguay, le Panama, le Surinam et le Venezuela. La semaine dernière, il a atteint Porto Rico. Et maintenant, en Jamaïque. Au total, les 21 pays suivants : la Barbade, la Bolivie, le Brésil, la Colombie, l’Équateur, le Salvador, la Guyane française, la Guadeloupe, le Guatemala, la Guyane, Haïti, le Honduras, la Martinique, le Mexique, le Panama, le Paraguay, le Pérou, Porto Rico, Saint Martin, le Surinam, le Venezuela et les Samoa.

Le lien entre le zika et la microcéphalie est réel: depuis le 29 novembre, il s’avère que tous les enfants qui sont nés avec une microcéphalie sont également contaminés par le virus zika. En outre, le timing est correct : l’augmentation spectaculaire du nombre de naissances de bébés avec microcéphalie a commencé neuf mois après l’arrivée du virus au Brésil.

Lien

Jusque là, le lien n’avait pas été établi. Mais les scientifiques ne croient pas que le virus ait muté car le laps de temps est trop court. Le lien a probablement toujours été présent mais tout simplement pas encore vu puisqu’il est facilement détectable. En effet, le virus n’avait encore touché que de petites populations.

Le zika se propage par le même moustique qui transmet la dengue. En 2015, le Brésil a enregistré un pic de 1,6 million de personnes infectées par le virus : trois fois plus qu’en 2014. En outre, ce n’est que le début : de janvier à mai c’est la saison des pluies dans les zones touchées et le nombre d’infections de maladies transmises par les moustiques augmente, en général, de 230%.


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