Plus de maths et de français, quasi disparition du latin, de la géo et de l’histoire: voilà à quoi ressemblera l’école de demain

Plus de maths et de français, quasi disparition du latin, de la géo et de l’histoire: voilà à quoi ressemblera l’école de demain

C’est le grand jour, la ministre de l’Éducation Marie-Martine Schyns (cdH) dévoile enfin ses propositions concrètes de grilles horaires pour le fameux Pacte d’Excellence. Tronc commun, cours de latin fondu dans le cours de français, quasi disparition de la géographie et de l’histoire, plus de laboratoires et de pratiques… On t’explique en détail à quoi ressemblera l’école de demain.

Plus de deux ans que le politique et le monde éducatif bossent dessus, cette fois il semble sur le point d’aboutir. Ce fameux “Pacte pour un enseignement d’excellence”, lancé en 2015 par la ministre de l’Éducation de l’époque Joëlle Milquet (cdH), se veut une réforme en profondeur de l’enseignement francophone belge, considéré comme inefficace et non adapté aux défis du 21e siècle. Aujourd’hui, l’actuelle ministre de l’Éducation Marie-Martine Schyns (cdH), qui a repris le dossier, dévoile toutes les mesures proposées par le pacte dans les colonnes de La Libre Belgique.

Pour commencer, le point phare de cette vaste réforme est la mise en place progressive d’un tronc commun, et ce, à partir de septembre 2020. Tous les élèves de l’enseignement général, technique et professionnel devront suivre les mêmes cours de la maternelle jusqu’à la troisième secondaire. Les filières techniques et professionnelles seront donc fusionnées, le latin sera obligatoire pour tous mais ses heures seront réduites, et un accent sera donné à la technologie, la pratique et les labos. De nouveaux cours viendront s’ajouter: psychomotricité (en maternelle et primaire), sciences humaines, philosophie (en secondaire), éducation culturelle et artistique, manuel techniques et technologies, créativité et esprit d’entreprendre, ou encore accompagnement personnalisé. Une grosse difficulté pour établir les grilles horaires et un réel défi pour les enseignants qui devront gérer des classes totalement hétérogènes.

Pour y répondre, la ministre Schyns veut mettre fin, en partie, à la “logique des disciplines”. Par exemple, les cours d’histoire et de géographie seront rassemblés en un seul cours de sciences humaines. Le latin sera donné en même temps que le français. Les mathématiques et les sciences garderont, eux, des heures spécifiques et seront utilisés aussi dans les cours de technologie. Il devrait donc y avoir plus de liens entre les matières.

Maternelle et primaire: priorité aux maths, français et aux langues étrangères

Pour réformer l’enseignement maternelle et primaire, la ministre de l’Éducation propose deux scénarios de grille horaire différents. Dans le premier, il s’agit de renforcer les cours de français et de mathématiques en première et deuxième primaire. Du coup, les cours de sciences, sciences humaines, de même que les compétences manuelles, techniques et technologiques ne commencent qu’en troisième primaire. L’objectif est d’assurer avant tout une “base solide et commune dans les compétences et savoirs fondamentaux”, qui sont lire, écrire, compter et calculer. Mais les enfants curieux de sciences seront bien évidemment lésés par ce programme.

Au contraire, le deuxième scénario met en place une approche polytechnique dès la première primaire. L’avantage ici est une plus “grande diversité” dans les apprentissages, mais le risque est une “maîtrise insuffisante des apprentissages de base”, tels que le français et les mathématiques.

Ensuite, quel que soit le scénario, une langue moderne sera enseignée dès la troisième primaire. C’est d’ailleurs déjà le cas à Bruxelles, mais pas encore en Wallonie. Mais les enfants seront aussi “sensibilisés” aux langues étrangères via des activités spécifiques dès la maternelle.

Secondaire: cours de 45 minutes, plus de pratique et d’ateliers

Pour réformer le secondaire, les choses se corsent. Le Pacte d’Excellence voulant intégrer de nouveaux cours plus diversifiés, c’est un vrai casse-tête pour organiser des grilles horaires qui ne dépassent pas les 40 heures semaine. Il faut réussir à caser une seconde langue, du latin, des heures de remédiation, des cours techniques et technologiques, des approches de la culture et de l’art… Pour solutionner ce problème, la ministre met trois scénarios sur la table.

Dans le premier scénario, la durée des cours est rabotée de 5 minutes: autrement dit, chaque période dure 45 minutes, au lieu de 50 minutes comme c’est le cas aujourd’hui. Plusieurs cours sont aussi rassemblés en blocs de 90 minutes, de manière à ce que les élèves n’aient que quatre cours par jour. Ce système simplifié permet, en conséquence, de réduire la durée des intercours, puisque les changements de locaux font perdre beaucoup de temps. Le principal inconvénient de ce scénario concerne les profs: les syndicats pointent qu’ils devront enseigner deux périodes supplémentaires pour remplir leurs heures de temps plein, ce qui les obligera à plus de travail et de préparation.

Le deuxième scénario maintient les périodes de 50 minutes et propose une approche polytechnique. Mais le risque est de perdre des heures de mathématiques, sciences et sciences humaines, puisque ces cours seraient regroupés.

Le troisième et dernier scénario est de loin le plus original. L’année scolaire y est organisée en une succession de périodes de sept semaines. Chacune de ces périodes comprenant six semaines de grille “classique” et une semaine “concentrée”. Pendant cette septième semaine, une même discipline (art, labo…) est donnée pendant une demi-journée voire une journée entière. Mais il y a là aussi un mais: ce scénario exige beaucoup d’analyse des risques pédagogiques et une organisation plus souple de l’école. Car certains cours nécessitent d’être répétés plusieurs semaines pour être bien enregistrés par l’élève et ne peuvent donc être donnés pendant une semaine “concentrée”.

Problèmes: quid du latin, de l’histoire et de la géo?

Quel que soit le scénario appliqué, un point coince et fait déjà polémique: la presque disparition des cours de latin, histoire et géographie. Le Pacte mettant l’accent sur le français et les mathématiques, au détriment de ces trois cours qui ne bénéficient plus d’heures spécifiques.

En deuxième et troisième secondaire, le latin sera ainsi enseigné dans les 6 heures de français, ou du moins pendant 2 de ces 6 heures. Les profs de français devront donc être capables de donner les deux cours, ou alors ils devront se partager les 6 heures de cours avec d’autres plus à même d’enseigner le latin.

Quant à l’histoire et la géo, ces deux matières seront données au sein d’un même cours de “sciences humaines” jusqu’en troisième secondaire. Ce bloc de cours rassemblera les sciences économiques et sociales. Encore une fois, les professeurs seront obligés de se spécialiser dans toutes ces matières, ou bien ils seront contraints de partager leurs horaires avec d’autres.

Note enfin que des heures obligatoires seront dédiées, tout au long du tronc commun, à la remédiation et au dépassement pour les élèves doués dans une certaine matière. Pour mieux s’adapter aux nouvelles technologies et aux enfants qui ont grandi avec, les profs seront aussi formés aux outils numériques.

Calendrier de la suite des événements?

Pour la suite des événements, la ministre de l’Éducation prévoit d’abord de soumettre tous ces scénarios au débat politique et citoyen pendant quelques jours. Les grilles horaires seront ensuite discutées samedi prochain lors d’une conférence de consensus à laquelle 150 citoyens, le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et les grands acteurs du Pacte (syndicats, enseignants, spécialistes…) participeront et donneront leurs avis.

Début mars, la ministre Schyns mettra alors sur la table un décret proposant la grille horaire retenue. Le texte sera soumis au parcours législatif classique (débat, vote, éventuels amendements…), qui débouchera finalement sur une réécriture complète des programmes scolaires.

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