Pire que les Gilets jaunes, le cauchemar de Macron s’appelle Benalla

Pire que les Gilets jaunes, le cauchemar de Macron s’appelle Benalla

L’homme de confiance d’Emmanuel Macron à l’Elysée continue de faire parler de lui. Au travers d’écoutes révélées par Mediapart, et qui jettent le trouble sur ses déclarations devant le Sénat. Alexandre Benalla était bien plus qu’un homme à tout faire.

Le président de la République française tente depuis des semaines d’apaiser la rue, investie par les Gilets jaunes. On lui reproche une politique favorable “aux riches”, en plus d’un ton suffisant, très mal pris par une bonne partie de la population française.

Emmanuel Macron voulait secouer la politique et réformer son pays en profondeur, là où ses prédécesseurs ont échoué. En place depuis moins de deux ans maintenant, le président voit sa cote de popularité descendre en flèche. Il ne doit son salut qu’à une opposition désorganisée. Le PS n’existe plus médiatiquement, Les Républicains sont dans le trou, la France insoumise plafonne, seul le Rassemblement national semble profiter de cette séquence Gilets jaunes.

Un proche encombrant

Depuis cet été, un autre caillou est venu se glisser dans la chaussure présidentielle. Il s’appelle Alexandre Benalla. Décrit comme “un chargé de mission” à l’Élysée, l’homme est censé assurer la protection d’Emmanuel Macron. Dans les faits, il était bien plus que cela.

Le grand public découvre son visage lors d’une manifestation du 1er mai. Portant un casque de CRS, on le voit malmener un couple place de la Contrescarpe à Paris dans une vidéo dévoilée par Le Monde. Elle fait rapidement le tour des réseaux sociaux et choque l’opinion publique.

La justice décide d’ouvrir une enquête, le jeune homme de 27 ans est licencié par l’Élysée et mis en examen le 22 juillet dernier. Une commission d’enquête est lancée au Sénat. S’en suivent plusieurs controverses, notamment un selfie où on le voit brandir un pistolet en 2017. Il affirmera plus tard qu’il s’agissait “d’un pistolet à eau”. Il est aussi question d’un voyage douteux au Tchad pour le compte de l’Élysée, avec l’utilisation de passeports diplomatiques délivrés après sa mise à pied.

De révélation en révélation, il s’avère que Benalla a utilisé ses passeports diplomatiques “une vingtaine de fois”. L’enquête est alors étendue aux infractions de “faux, usage de faux et obtention indue d’un document administratif”, et Alexandre Benalla est placé le 17 janvier en garde à vue.

Emmanuel Macron n’a jamais remis en cause les qualités du jeune homme en qui il avait confiance. Mais depuis l’éclatement de l’affaire, il a nécessairement voulu s’en distancier. En tout cas officiellement. Le chef de l’État assure n’avoir échangé que deux fois avec son proche collaborateur, “deux fois, de manière laconique”.

EPA

Impunité et soutien?

Car au-delà des faits qui sont reprochés à Alexandre Benalla, c’est l’attitude de l’Élysée et du président de la République qui soulève des questions. Ce dernier aurait-il fait preuve de complaisance? Benalla était-il un privilégié? A-t-il bénéficié de soutien après son licenciement?

Mediapart débarque avec une nouvelle enquête, enrichie d’écoutes téléphoniques. Elles s’avèrent destructrices pour la réputation du président de la République, qui n’avait vraiment pas besoin de ça: “Truc de dingue, le ‘patron’, hier soir il m’envoie un SMS, il me dit : ‘Tu vas les bouffer. Tu es plus fort qu’eux, c’est pour ça que je t’avais auprès de moi.”

Cette phrase est le fruit d’une discussion entre Alexandre Benalla et Vincent Crase, ancien salarié LREM, le 26 juillet dernier. Premier souci: les deux hommes, mis en examen pour “violence en réunion”, ne pouvaient se rencontrer. En résulte un échange d’informations dans lequel on entend Crase envisager de se rendre au siège de LREM, “mais le problème, c’est qu’il y a les flics devant”.

Le soutien du président de la République semble clair: Il fait plus que nous soutenir (…) Il est comme un fou (…) C’est énorme quand même”, explique Crase. Benalla ajoute qu’il bénéfice du soutien de “madame”, à savoir Brigitte Macron et de celui “d’Isma”, Ismaël Emelien, conseiller du président, qui renseignait Benalla sur “sur les médias et compagnie”.

De son côté, l’Élysée a immédiatement tenu à réagir et “dément l’existence de ce SMS” d’Emmanuel Macron à son ancien chargé de mission. Et nie aussi les faits qui sont reprochés à Ismaël Emelien.

Les faits s’accumulent. Plus que des accusations de complaisance, voire de soutien de l’Élysée, l’enquête de Mediapart révèle aussi l’implication de Benalla “dans un contrat avec un oligarque russe à la réputation sulfureuse”. Outre le fait qu’on puisse s’étonner “qu’un chargé de mission” se trouve dans cette situation, le principal souci est que Benalla travaillait encore pour l’Élysée à cette époque. Devant le sénat, sous serment, le jeune homme a toujours nié ces accusations.

Si la responsabilité du président de la République ne semble pas directement engagée, sa réputation, elle, devrait encore en prendre un sacré coup.

epa

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