Menaces et intimidations au sein des taxis bruxellois? “Un climat d’anxiété organisé par le ministre Smet lui-même”

Menaces et intimidations au sein des taxis bruxellois? “Un climat d’anxiété organisé par le ministre Smet lui-même”

La tension monte à Bruxelles où le plan Smet, du nom du ministre bruxellois de la Mobilité (sp.a), doit être discuté au Parlement. Le plan est fin prêt et divise la corporation des taxis bruxellois qui “n’a pas été consultée”. Ce plan met à mal ses intérêts. L’atmosphère serait même très pesante: certains chauffeurs favorables au plan auraient peur de parler suite aux menaces d’autres collègues. Une affirmation diffamatoire selon Sam Bouchal, secrétaire générale de la FeBet (la fédération belge de taxis).

Ça fait des semaines que la tension est palpable dans le secteur des taxis bruxellois. Les routes de la capitale s’en souviennent encore. Le plan Smet qui prévoit de modifier et d’adapter les règles du secteur fait grincer quelques dents. Et c’est peu dire.

Le plan Smet (sp.a)

Mais que contient exactement ce plan Smet? Officiellement, il rend légale l’utilisation d’un véhicule Uber. Ensuite, il vise à ouvrir le secteur à 500 taxis supplémentaires et à en finir avec le marché noir des licences. Mais du côté de la FeBet et de Sam Bouchal, son secrétaire général contacté par newsmonkey, on voit les choses complètement différemment: ce plan viserait à détruire les compagnies de taxis pour que les chauffeurs deviennent indépendants, le tout sur le modèle d’Uber. Ce qui priverait les chauffeurs de pas mal d’avantages par rapport au modèle actuel et le plus courant du salariat.

Que reproche le secrétaire général exactement à ce plan? “Après deux ans d’absence, le ministre Smet est venu nous présenter en avril dernier un plan qu’il a pondu seul dans le plus grand secret”. Il est apparemment totalement différent par rapport au plan présenté par le ministre en 2015 et qui visait à stopper la concurrence déloyale d’un acteur comme Uber. “Aujourd’hui, on a un texte qui dit: ‘ok, je vais mettre tous les taxis sur le même pied d’égalité’. Seulement ce pied d’égalité c’est quoi? Eh bien on retire les licences aux entreprises de taxis, pour les fermer en fait concrètement. Parce que qui voudra encore faire des investissements? Les risques sont tellement importants. En fait, plus personne n’en fera et donc tout le monde fermera son entreprise et finalement il n’y aura plus de salariés”.

Licences individuelles

Le plan prévoit d’arrêter de fournir des licences aux compagnies pour les rendre individuelles. Une mesure pour mettre fin au marché noir des licences qui seraient ainsi illégalement échangées contre d’importantes sommes d’argent.

Mais le secrétaire général de la Febet n’en démord pas: “Il s’agit en fait d’un véritable plan social puisqu’il y a 1.220 salariés en tout. Donc on va devoir licencier ces gens pas parce que les gérants des entreprises l’ont décidé mais uniquement du fait de la décision d’un ministre. Il s’agit en fait du plus grand plan social jamais décidé dans la région, donc évidemment on s’y oppose”.

RTBF
Facebook Pascale Smet

Le plan Smet? “C’est le business model d’Uber”

Sam Bouchal poursuit et sa cible est on ne peut plus claire: “Le pied d’égalité dont parle le ministre, c’est le business model d’Uber. La fin du salariat pour un modèle d’indépendants, le taximètre qui disparaît ou devient facultatif, choisir le prix avec lequel on veut travailler, mettre son spoutnik sur le toit ou ne pas le mettre… ça ne vous rappelle-rien?”, nous interpelle le secrétaire général, “C’est le modèle d’Uber”.

Mais tous ces salariés ne pourraient-ils pas retrouver du travail par eux-mêmes en suivant le modèle du ministre? “Vous savez, il suffit de voir ce qu’il se fait ailleurs: Uber existe à San Francisco depuis huit ans, à Londres depuis six, à Paris depuis cinq. Qui sont les premiers opposants à cette plateforme? Ce ne sont plus les taximen mais les chauffeurs eux-mêmes qui sont réduits à l’esclavage et entament des procès”.

On se dirigerait en fait vers un monopole: “Je vois mal les taxis verts, qui roulent des mécaniques pour le moment, ou les taxis bleus résister à Uber. Il va les écrabouiller et demain on ira vers un vrai monopole. Aujourd’hui, il y a plus de 700 entreprises de taxi […] qui ont respecté toutes les lois et règlements, contrairement à Uber, et aujourd’hui on leur dit: ‘on va vous retirer vos licences'”.

Istock

“Il prétend être aimé, mais il est détesté”

Et puis il y a cette sortie de la porte-parole du ministère de la Mobilité, Inge Paemen, dans le Standaard de ce lundi. Il existerait de vives tensions au sein même de la corporation de taxis. Certains chauffeurs seraient favorables au plan, mais seraient contraints de se taire suite à des menaces et des intimidations de leurs collègues. Des mails auraient fuité dans ce sens au sein de l’administration bruxelloise.

“On se croirait dans le Chicago des années 30”, réagit une nouvelle fois Sam Bouchal: “On est en train de créer un climat de vendetta, d’anxiété, les chauffeurs ont peur, etc. Je vais vous le dire franchement, tout cela vient du ministre. Tout cela est organisé par Smet qui prétend qu’il rencontre beaucoup de gens. Je peux vous dire qu’il rencontre très peu de gens, qu’il n’est pas apprécié dans le métier, que ça soit par les indépendants, les salariés ou les gérants d’entreprise. Il prétend être aimé dans la profession, mais il est détesté”.

On peut difficilement être plus clair. Si chacun défend bien sûr ses intérêts, on peut néanmoins s’étonner de cette sortie de l’administration dans la presse. “Et elle vient s’ajouter à une série de courriers envoyés à tout le secteur en défendant les arguments du ministre”, assure Sam Bouchal. “Est-ce que c’est le rôle de l’administration de prendre ce genre d’initiative? Je pose la question.”

EPA

Articles sponsorisés