Marie-Christine Marghem (MR) vous a compris, et pourtant…

Marie-Christine Marghem (MR) vous a compris, et pourtant…

Il était écrit que la fin de législature de Marie-Christine Marghem (MR) serait chaotique. La pression autour de la ministre de l’Environnement vient de tout côté. Tant de la rue que des bancs de l’opposition. Bien sûr, la Tournaisienne aurait pu éviter quelques erreurs de communication, mais elle est aussi tributaire du bon vouloir des Régions. Et la Flandre ne lui aura pas fait de cadeau. Le monde politique doit pouvoir agir plus vite.

Hier, 40.000 jeunes ont défilé dans les rues de Bruxelles Liège, Namur, Charleroi, Anvers ou encore Gand. Ils demandent aux autorités politiques d’agir face à l’urgence climatique. Ce mouvement vient s’ajouter à la marche du 2 décembre qui a vu 75.000 personnes demander davantage de justice climatique. Si en France la révolte est teintée de jaune, en Belgique, c’est le vert qui l’emporte au rang des préoccupations.

Ce dimanche, rebelote, pas moins de 24.000 personnes ont marqué leur intérêt pour une nouvelle marche de protestation: « Pas de loi climat, Geen Wetstraat »? Élèves, professeurs, artistes, Flamands, Wallons, Bruxellois… la pression vient de toute part. En première ligne, la ministre de l’Énergie, de l’Environnement et du Développement durable cristallise les tensions.

Communication en rade

La faute aussi à une communication désastreuse. La ministre le reconnaît elle-même, « je suis cash », mais quand elle dit encore hier, « soutenir la manifestation des jeunes », ou qu’elle tweetait la semaine précédente « être déterminée à poursuivre le travail », beaucoup pensent que la ministre les « prend pour des cons ». À l’instar d’un Bouli Lanners remonté, qui connaît pas mal de succès dans ses vidéos coup de gueule. Il y a le fiasco de la COP24 également et son aller-retour express en jet qui a fait des ravages pour son image.

En termes de solutions aussi, la ministre semble parfois complètement à côté de la plaque. On pense forcément à ses « coachs climat » qui doivent répandre la bonne parole dans les écoles alors que chaque élève ou étudiant semble être conscient de l’urgence climatique. Tout au long de la législature, Marie-Christine Marghem aura connu un véritable chemin de croix, et les différents signaux envoyés à la population ont joué en sa défaveur. On pense bien sûr au Pacte énergétique dont l’accouchement a été très compliqué, aux centrales nucléaires dont ont ne connaît pas vraiment l’avenir et qui font courir chaque année le risque de black-out, ou encore le soutien aux centrales au gaz qui peine à voir le jour.

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La ministre n’est pas non plus épargnée par ses adversaires politiques. Les dernières interventions de Raoul Hedebouw (PTB) à l’encontre de la ministre ont fait un véritable carton sur les réseaux sociaux, tandis que Zakia Khattabi, coprésidente d’Ecolo, acère et assène ses coups, se sentant portée par la vague verte qui déboule sur la Belgique.

Pas la seule coupable

Pour rester fair-play, il ne faut pas oublier que Marie-Christine Marghem (MR) ne décide pas seule. La Belgique, c’est 4 ministres de l’Énergie, un par Région, en plus du niveau fédéral. Difficile de mettre tout le monde d’accord. Et disons-le sans la moindre hésitation, la Flandre n’a pas aidé et en particulier la N-VA. Elle aura freiné de tout son poids le plan climat adopté par la Belgique, principalement à cause d’éventuels impacts économiques pour sa Région et son bastion, Anvers, et son port. Un plan qui ne nous permettra pas d’atteindre nos objectifs, soit dit en passant.

Marie-Christine Marghem, c’est un peu notre Theresa May. Elle prend coup sur coup, mais elle reste toujours debout. Et rends la pareille. La ministre se projette d’ailleurs déjà dans un nouveau gouvernement, taclant ses adversaires et leurs solutions. Pour la ministre, les Écolos « ont des idées mais ne savent pas compter », pique-t-elle dans les colonnes du Soir.

Déjà en campagne

Ses solutions à elle, c’est le renforcement de la coopération entre les différents niveaux de pouvoir. Elle ne veut pas entendre parler d’une refédéralisation de sa compétence, car elle reconnaît que chaque Région à ses spécificités. Mais la ministre est bien consciente qu’il faut renforcer le dialogue. Elle veut également déployer une mobilité alternative, notamment via un plan d’investissement sur dix ans de la SNCB. Pour la ministre, on peut discuter des voitures de société, mais elle privilégiera toujours l’incitant au punitif.

Un véritable discours de campagne. Question: pourquoi ne pas avoir mis cela sur la table depuis le début de cette législature? C’est toute la difficulté d’un monde politique sans doute pas adapté à l’urgence que suscite le défi climatique. À force de chercher le consensus, le monde politique s’enlise, traîne, manque d’ambitions fortes. Et c’est valable dans tous les domaines, notamment celui de la gouvernance. Les Belges ne veulent plus de promesses, ils veulent des actes. Sans quoi, plus qu’un slogan, la défiance et la désobéissance civile que l’on connaît aujourd’hui ne pourraient être qu’un début.

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