Le cordon sanitaire et le confédéralisme, deux tabous, mais pour combien de temps encore?

Le cordon sanitaire et le confédéralisme, deux tabous, mais pour combien de temps encore?

La Flandre a envoyé un double message lors de ces élections: son désir de confédéralisme est irréversible et le cordon sanitaire autour du Vlaams Belang ne pourra pas durer éternellement. Que vont faire les francophones face à ce double constat?

Enclenchés politiquement en 1991 avec la victoire du Vlaams Blok, les désirs indépendantistes flamands n’ont fait que gagner en intensité. Aujourd’hui, après ce scrutin, près d’un Flamand sur deux vote pour un parti nationaliste. La Belgique n’est peut-être pas destinée à disparaître, mais elle évoluera encore, c’est une certitude.

Hier soir sur La Première, Charles Picqué (PS), vieux briscard de la politique bruxelloise, l’a déclaré sans détour: « Je n’ai jamais été d’un optimisme extrême en ce qui concernait la situation de la survie de l’État belge dans sa structure actuelle. J’ai toujours dit que nous étions dans un processus de confédéralisme en préparation ou en tout cas qui pourrait y mener. »

Face à lui, Rik Torfs, professeur de droit à la KUL et ancien membre du CD&V. Pour lui, il est impossible de trouver une « opinion publique commune » en Belgique. « Les tendances sont différentes entre la Flandre et la Wallonie. Il n’y a absolument aucune tendance qui se détache et surtout qui se retrouve ».

Des régions au sein d’un pays qui votent différemment, ce n’est pas vraiment nouveau et pas propre à la Belgique. Mais notre système politique fait que, dans la pratique, ces différences idéologiques entraînent des frustrations qui à leur tour alimenteront les prochains scrutins.

Transferts, le nerf de la guerre

Imaginons que les francophones parviennent à se passer du Vlaams Belang et de la N-VA au sein du prochain gouvernement fédéral. Non seulement la Flandre se trouverait en minorité, mais de plus, le gouvernement, dominé par les francophones, pencherait logiquement à gauche.

Pendant cinq ans, le gouvernement fédéral mènera alors une politique de gauche, sans doute en déconstruisant ce qui aura été fait durant les cinq années précédentes. Un coup à gauche, un coup à droite, chacun campera finalement dans son camp.

Or le cœur du confédéralisme, c’est l’argent. Ces mesures de gauche touchent au portefeuille de tous les Belges. « Il est temps de se poser des questions, on a souvent ramené tout cela à des problèmes communautaires et linguistiques, or le problème il est bien au niveau des transferts de richesse de la Flandre vers la Wallonie. C’est le vrai fonds de commerce de ce nationalisme flamand », remarque Charles Picqué.

Faut-il un plan B? Certains régionalistes wallons y pensent bien sûr. Mais officiellement, le confédéralisme n’est pas à l’ordre du jour. Elio Di Rupo et Paul Magnette l’ont répété hier au JT de la RTBF: « La N-VA a encore dit hier qu’elle veut mettre sur la table le confédéralisme. C’est ni plus ni moins la scission de notre pays et nous n’en voulons pas. »

Sécurité sociale, soins de santé, pensions… il est vrai que les enjeux sont cruciaux. Mais qu’en sera-t-il dans cinq ans, si Elio Di Rupo devait devenir Premier ministre? VB et N-VA monteront-ils au-dessus des 50%? C’est un circuit sans fin.

Le cordon sanitaire doit-il évoluer?

L’autre grand tabou, encore plus important celui-là, c’est le cordon sanitaire. Instauré par les partis flamands pour mettre de côté l’extrême droite, celui-ci est de plus en plus remis en cause. Selon un sondage établi par Het Laatste Nieuws et VTM Nieuws, 65% des Flamands sont d’accord avec l’idée de rompre le cordon sanitaire. Au sein même de la N-VA, 85% de ses sympathisants suggèrent à Bart De Wever d’en faire autant.

Là encore, pour Rik Torfs, le concept de cordon sanitaire est amené à évoluer: « Le Vlaams Belang d’aujourd’hui n’est pas le Vlaams Blok d’autrefois. » Faire monter l’extrême droite au pouvoir? « Non, mais l’idée d’un cordon sanitaire m’a toujours déplu ». Pour le professeur, si le parti s’inscrit dans le socle démocratique des droits de l’homme, et qu’il fait l’objet de contrôles réguliers, il ne voit pas pourquoi l’on devrait mécaniquement retirer le VB de la course démocratique.

Il est vrai que l’on mène un peu un double jeu avec l’extrême droite. Ces partis peuvent se présenter, participer aux élections, faire des campagnes Facebook à coups de centaines de milliers d’euros, militer sur la voie publique, mais une fois aux portes du pouvoir, stop, on ne passe plus, c’est le cordon sanitaire. C’est assez unique en Europe. On ne voit pas la même chose en France avec Marine Le Pen, en Italie avec Salvini, ou encore en Autriche ou aux Pays-Bas.

Reste que les autres partis flamands n’ont pas vraiment d’intérêt à collaborer avec le VB. Et surtout pas la N-VA. Rendre le vote VB inutile, c’est la dernière ligne de défense du parti de Bart De Wever. Un cordon politique, une sorte d’assurance vie de la N-VA dont l’existence peut être remise en cause si le parti est débordé sur sa droite (ou sur sa gauche d’ailleurs sur les questions socio-économiques). Mais si aucun parti n’a d’intérêt à gouverner avec le VB, à quoi sert ce cordon sanitaire finalement, à part provoquer des frustrations?

Articles sponsorisés