En 22 langues, Macron demande la création d’une “Agence européenne de protection des démocraties”

En 22 langues, Macron demande la création d’une “Agence européenne de protection des démocraties”

Macron n’a eu cesse de le répéter depuis son élection: il veut refonder le projet européen. Dans un tribune publiée lundi soir sur différents médias européens, le président français réitère son souhait de renforcer la coopération et la sécurité entre les États membres de l’UE. Avec un point nouveau: la création d’une “Agence européenne de protection des démocraties”.

Macron vise large. Sur le site de l’Elysée, un texte intitulé “Pour une renaissance Européenne” a été publié en 22 langues différentes: bulgare, polonais, anglais, italien, portugais… les langues des 28 États membres. Mais ce n’est pas tout. Cette tribune a été envoyée aux différents journaux européens: Financial Times, The Guardian, La Libre Belgique, Le Monde, Die Welt, Corriere delle Sierra, Diario de Noticias, El Pais…

Et que trouve-t-on dans cette “lettre aux Européens”? Un message qui se veut fédérateur autour d’une idée: il faut redonner au projet européen un nouveau souffle. Il faut s’unir contre les extrêmes, renforcer la sécurité et faire avancer l’innovation technologique. Le discours du président français s’axe autour de trois thèmes: la liberté, la protection et le progrès.

“Bannir d’Internet”

Derrière le thème de la liberté, se cache en fait une envie de renforcer les nombreuses mesures de sécurité, sur le web autant que dans le monde politique. Macron sous-entend que les discours politiques qui tournent sur Internet sont biaisées et manipulés par des groupes externes et mal-intentionnés.

Il propose donc en réponse “que soit créée une Agence européenne de protection des démocraties”. Ce nouvel organe devra fournir “des experts européens à chaque État membre pour protéger son processus électoral contre les cyberattaques et les manipulations”. Dans le même ordre d’idée, il propose d’interdire “le financement des partis politiques européens par des puissances étrangères”. On pense bien évidemment au Rassemblement national, le parti de Marine Le Pen accusé d’avoir reçu des fonds du gouvernement russe. Ou encore Le Mouvement, cette mouvance politique fondée par l’américain Steve Bannon dans le but de radicaliser les politiques européennes.

Mais on perçoit également dans son discours la volonté inquiétante de cadenasser Internet. “Nous devrons bannir d’Internet, par des règles européennes, tous les discours de haine et de violence, car le respect de l’individu est le fondement de notre civilisation de dignité”. En réalité, Macron recycle ici une idée défendue en septembre 2018 par Jean-Claude Juncker. Dans son discours sur l’état de l’Union, le président de la Commission européenne affirmait: “nous devons protéger l’organisation d’élections libres et justes. C’est pour cela que la Commission propose aujourd’hui de nouvelles règles pour mieux protéger nos processus démocratiques de toute manipulation par des pays tiers ou des intérêts privés.”

Remettre à plat l’espace Schengen

Cette tentation sécuritaire est également à l’ordre dans la gestion des frontières. Macron veut plus de liberté au sein de l’espace Schengen, mais pour ça, il veut que les frontières externes de cet espace soit mieux surveillées.

“La frontière, c’est la liberté en sécurité. Nous devons ainsi remettre à plat l’espace Schengen : tous ceux qui veulent y participer doivent remplir des obligations de responsabilité (contrôle rigoureux des frontières) et de solidarité (une même politique d’asile, avec les mêmes règles d’accueil et de refus).Une police des frontières commune et un office européen de l’asile, des obligations strictes de contrôle, une solidarité européenne à laquelle chaque pays contribue, sous l’autorité d’un Conseil européen de sécurité intérieure.”

Pour une sécurité renforcée, le chef de l’État français demande “un traité de défense et de sécurité” clair qui “devra définir nos obligations indispensables, en lien avec l’Otan et nos alliés européens”. Ce traité comporte plusieurs points: “augmentation des dépenses militaires, clause de défense mutuelle rendue opérationnelle, Conseil de sécurité européen associant le Royaume-Uni pour préparer nos décisions collectives”.

Les élections ont commencé?

Et finalement, Macron termine sur l’idée qu’il faut “retrouver l’esprit de progrès”. L’Europe doit être à l’avant-garde de l’économie, de la sécurité sociale et de la recherche scientifique. L’Europe doit être un projet commun et fort, estime le président, sans quoi des départs à l’instar du Brexit seront inévitables.

Macron parle sur le ton de l’urgence, invectivant les lecteurs à adhérer à ses idées sans quoi le projet européen pourrait courir à sa perte. Si le discours dans son ensemble est cohérent, on ne peut s’empêcher toutefois d’y voir une stratégie ambitieuse de se préparer pour les élections européennes du mois de mai. Certains vont même jusqu’à dire qu’Emmanuel Macron pourrait se présenter comme tête de liste de son propre parti La République En Marche aux élections européennes.

Une chose est certaine. En publiant sa tribune dans les plus grands journaux européens, le Français de 41 ans s’est offert une vitrine de taille. En Belgique, ses idées ont déjà trouvé un support en la personne de Charles Michel. Le Premier ministre belge a indiqué sur Twitter apporter son soutien au projet “pour une Europe plus efficace et plus citoyenne”.

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