Incognito, une plate-forme pétrolière déverse 17.000 litres de pétrole par jour dans l’océan

epa06417399 An oil drilling rig is seen off the Pacific Ocean coastline after the Trump administration announced plans to dramatically expand offshore drilling Seal Beach, California, USA, 04 January 2018. The proposal would allow for drilling in most US coastal waters. EPA-EFE/EUGENE GARCIA

Quoi de pire pour l’environnement qu’une marée noire? Des millions de litres de pétrole déversés dans l’océan en quelques minutes, c’est catastrophique. Mais une plate-forme qui répand des milliers de litres par jour pendant des années, c’est peut-être pire. C’est pourtant ce qui se passe dans le Golfe du Mexique, au large des États-Unis.

Retour en 2004. Cette année-là, l’ouragan Ivan frappe le golfe du Mexique. Sous la mer, un glissement de terrain gigantesque endommage la plate-forme pétrolière 23051, installée à vingt kilomètres des côtes de Louisiane. Son propriétaire Taylor Energy doit alors colmater les fuites de 28 têtes de forage. Un an après, seules six fuites sont colmatées.

En 2005, les ouragans Rita et surtout Katrina empêchent les ingénieurs et ouvriers de continuer les opérations. L’Etat fédéral ordonne à Taylor Energie de continue les travaux pour colmater les fuites. Mais pour l’entreprise pétrolière, ce n’est pas nécessaire car la plate-forme ne déverse “que” 15 litres de pétroles par jour dans l’océan. Du pétrole qui proviendrait de surcroît d’un processus naturel, la sédimentation, plutôt que d’une éventuelle fuite, selon des déclarations des dirigeants au New York Times.

1.000 fois plus qu’annoncé

Mais il semblerait que ce ne soit absolument pas le cas si l’on se fie au rapport e l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), publié lundi 24 juin. Car selon cette dernière, la plate-forme laisse échapper 17.000 litres de pétrole tous les jours, soit plus de 1000 fois plus ce qu’annonçait Taylor Energy.

La NOAA reconnait qu’une partie de ce pétrole provient de la sédimentation mais “la nature chimique et le volume de pétrole mesuré empêchent les sédiments d’être la principale source du pétrole retrouvé actuellement dans le milieu marin” lit-on dans le rapport.

Taylor Energy a ensuite implicitement remis en cause les conclusions des analyses de la NOAA en réclamant  “des données scientifiques vérifiables sur la fuite, ainsi qu’une solution scientifiquement et écologiquement valable”. Pourtant, l’entreprise peut s’estimer heureuse car les chiffres sont bien moins accablants que ceux publiés par les experts de la Cour fédérale qui parlaient de 37.000 à 113.000 litres de pétrole par jour.

Toujours plus de forage

Mais 17.000 litres par jour reste un chiffre affreusement élevé mais qui ne semble pas rebuter Donald Trump, grand adepte des forages en mer. Son administration essaie tant bien que mal de rendre caduque le règlement mis en place par Barack Obama visant à suspendre les forages après la marée noire catastrophique de 2010 dans le golfe du Mexique.

Trump et son administration tentent donc d’étendre le plus possible le forage en mer dans les eaux américaines. En 2018, le ministère de l’Intérieur proposait d’ailleurs d’ouvrir tout le littoral américain au forage. Un projet qui n’est pas encore d’application suite à quelques contestations judiciaires. Cela ne change rien au fait que Taylor Energy déverse depuis plus de 10 ans des milliers de litres de pétrole par jour dans l’océan dans l’indifférence générale. Il a fallu que la NOAA repère des nappes d’hydrocarbures étranges sur des images satellites. Tout va bien.

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