Ce qu’il faut vraiment savoir pour mieux comprendre le Vlaams Belang

Ce qu’il faut vraiment savoir pour mieux comprendre le Vlaams Belang

On n’a pas fini d’entendre parler du Vlaams Belang, le nouveau deuxième parti de Belgique. Extrême droite, fascisme, cordon sanitaire et racisme, connaître mieux ce parti et son nouveau poids sur la scène politique belge, c’est aussi comprendre pourquoi il a un tel succès aujourd’hui. Retour sur l’histoire et les protagonistes de celui qu’on appelait autrefois le Vlaams Blok.

Etape 1: Karel Dillen et la naissance du Vlaams Blok

EPA

En 1978, le Vlaams Blok apparait pour la première fois sur la scène électorale. Créé en 1977 et union du parti national et du parti populaire flamand, il est mené par Karel Dillen, homme politique friand de l’idée d’une république flamande indépendante dans une Europe des régions. Nous sommes à la genèse du Vlaaams Belang, nouveau nom du parti, qui sera adopté en 2004, soit 26 ans plus tard. Le point d’ancrage de ce cartel de deux partis: la protestation envers le pacte d’Egmont.

Karel Dillen est donc nationaliste et populiste. Pour lui, le terme fascisme ne se rapporte qu’à la période couvrant la seconde guerre mondiale et ne devrait pas pour autant être utilisé pour décrire son parti. Il sera élu à la chambre avec 2807 voix de préférence dans le district d’Anvers. Déjà à l’époque, l’immigration est le point central des préoccupations du parti. 

Etape 2: les années 80, Filip Dewinter et le cordon sanitaire 

À partir de sa création, le VB continue sa route au sein des hémicycles flamands et fédéraux. Les personnalités se succèdent, tous séparatistes, anti-immigration et fiers de l’être. À Karel s’ajoute Franck Van Hecke, puis arrive Filip Dewinter qui l’accompagnera à partir de 1987. Ce dernier ne sera jamais chef de parti, mais aura une importance capitale dans le changement d’image du VB.

Si les partis nationalistes ont cela en commun, c’est l’image médiatique d’un leader charismatique omniprésent. Cette image, ce sera celle de Filip Dewinter pendant un bon paquet d’années. Ancien journaliste, petit fils de résistant et ouvertement islamophobe et raciste, Filip Dewinter a défrayé la chronique pendant des années.

Il connaitra l’ascension du Vlaams Blok, de son arrivée jusqu’à 2004, année où le parti arrive en deuxième place au sein du parlement flamand, juste derrière le cartel CD&V/NV-A, avec un score de 24%. Ce qu’il connaîtra aussi, c’est l’arrivée du cordon sanitaire politique en 1989. Avec pour but d’exclure les partis d’extrême droite de toute coalition politique, cet accord donnera au VB l’opportunité, à l’image du Front National en France, d’être considéré comme une victime, un exclu de la scène politique belge.

Etape 3: années 90, dimanche noir et condamnation pour racisme

Puis arrive le premier dimanche noir. Le 24 novembre 1991, le Vlaams Blok passe de 2 élus à la Chambre à 12 et de 1 à 5 au Sénat. L’occasion pour eux de rédiger un plan aux accents racistes en 70 points, qui sera condamné en 1992, par le Parlement Flamand, le traitant comme un programme “anti-immigrés”. 

À l’époque, l’image raciste et islamophobe du parti se renforce, ce qui ne l’empêche pas de gagner de plus en plus de suffrage, jusqu’à leur condamnation en 2004, qui signera le début de la descente du VB et le début du renouvellement de son image.

Etape 4: années 2000, descente aux enfers et condamnation pour racisme

Quand on est au plus haut, on ne peut que descendre. C’est particulièrement vrai pour le VB, qui en 2004, après un score de 24% au parlement flamand cité plus haut, est condamné pour racisme par le tribunal de Gand. Un nouveau parti se crée, avec cependant les mêmes personnes et un programme presque inchangé: le Vlaams Belang. 

C’est aussi l’occasion de changer une nouvelle fois d’image via de nouvelles têtes: on les appelle les gendres idéaux, et même si Filip Dewinter demeure la “star” du parti, ils augurent une volonté de “dédiaboliser” leurs idées. Encore une fois, un parallèle qu’on pourrait faire avec le Front National.

Malgré ces efforts de changement d’images, le parti va peu à peu perdre ses électeurs au profit de la N-VA, tout juste emmenée par un certain Bart de Wever. Une personnalité importante à l’époque: Marie Rose-Morel. Blonde, ex-miss, elle se lance en politique en étant poussée par De Wever, et va tenter d’attirer les électeurs moins conservateurs vers le VB. Son approche va cependant lui valoir bien des diatribes avec le reste du parti, comme Alexandra Colen, bien plus extrême dans ses prises de position, ou même Filip Dewinter. Son destin au sein Vlaams Belang sera écourté par l’arrivée d’un cancer, qui la mènera au décès en 2011. Elle sera d’ailleurs accusée, en grande partie par la presse francophone, d’instrumentaliser sa maladie afin d’attirer la sympathie vis à vis de ses positions “racistes et xénophobes” (voir l’extrait ci-contre).

Etape 5: 40 ans du parti, thématiques sociales et Tom Van Grieken

Nous voilà arrivés à cette dernière décennie. En à peine quelques années, le VB est passé du parti “influent mais qui n’aura jamais de score suffisant”, à celui qui est considéré comme une menace pour l’unité belge par la partie francophone du pays, le représentant d’un populisme dangereux et d’un nationalisme exacerbé. 

Le VB a fêté ses 40 ans d’existence en 2017 avec à sa tête un jeune de 32 ans, “fils spirituel” de Dewinter: Tom Van Grieken. Beau gosse, bien sapé, publicitaire de formation et encore une fois gendre idéal, il a servi à faire monter les thématiques d’immigration avec un angle social au sein du VB. Alors que la Belgique se concentre de plus en plus sur ces questions, c’était l’occasion idéale pour le parti de faire valoir ses opinions. Même si dans le fond, leur discours reste radical, il plait au Nord du pays et Van Grieken parvient à toucher la jeune population. 

Quand la VRT demande dans un article à quatre flamands, jeunes et moins jeunes, pourquoi ils ont voté VB ce 26 mai, les réponses s’entrecoupent: un Van Grieken considéré comme moins radical, un glissement de la N-VA au VB, et une meilleure présence sur les réseaux sociaux qui ont redoré l’image du mouvement (qui y a dépensé au minimum 400 000 euros).

Connaître l’histoire du Vlaams Belang, c’est comprendre son ascension, sa descente, et sa nouvelle popularité. Quelque part, l’arrivée du parti à la deuxième place belge ne peut être résumée à une montée de l’extrême droite en Belgique. C’est la conjonction d’une image redorée à coups de “gendres idéaux” charismatiques et un vote de contestation envers les partis traditionnels. 

Il faut y ajouter une situation de crise en Belgique, où la question migratoire a été encouragée autant par les partis traditionnels que les extrêmes, et les mesures considérées comme racistes il y a 20 ans qui ont été implémentées au fil du temps – comme “la création d’un Secrétariat d’Etat à l’immigration, une extension des centres fermés pour étrangers en séjour illégal ou en fin de procédure, les expulsions collectives et le durcissement de l’accès à la nationalité”.

Au final, la “gueule de bois” de ce dimanche noir, on aurait dû s’y attendre. Mais quand on passe une soirée à boire lentement des shots de vodka en se convaincant que c’est de l’eau, pas étonnant qu’on soit surpris d’avoir mal à la tête le lendemain matin.

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