À Bruxelles, la coupe du monde de foot féminin ne se passera pas dans les bars

À Bruxelles, la coupe du monde de foot féminin ne se passera pas dans les bars

Ce vendredi 7 juin à 21h, le coup d’envoi de la coupe du monde de football féminin sera lancé. L’occasion de partager une bière devant la rencontre, accoudé à l’un des nombreux bars des sports que renferme Bruxelles. Enfin, pas si sûr. Et si le manque de fanzones n’était qu’un des indices de l’inégalité dans le grand monde du football? 

La coupe du monde de foot masculin nous l’aura confirmé: qu’il s’agisse d’une victoire ou d’une défaite, le foot se vit dans les bars. Accoudé au comptoir ou transi devant l’écran, les deux mains sur sa bière alors que les passes s’enchaînent en se rapprochant dangereusement du goal, la tension monte et les esprits se rencontrent autour d’une ferveur commune. Certains appelleraient ce phénomène la beauté du sport. D’autres une simple bonne soirée.

Quelle que soit ta manière de le qualifier, tu auras bien du mal à le ressentir durant la coupe du monde féminine de football qui débute ce vendredi 7 juin à 21h. À Bruxelles, peu sont les endroits qui organisent des soirées spéciales Women’s World Cup. Alors que rares ont été les coupes du monde féminines autant médiatisées que celle qui se prépare, les bars n’ont pas l’air de suivre l’effervescence.

La retransmission, responsabilité des spectateurs?

“On a rien de prévu, mais si vous venez et que vous demandez, on peut le mettre à l’écran.” Sur une dizaine de bars des sports contactés, cette réponse est la plus fréquente. C’est donc aux spectateurs de réclamer d’allumer la retransmission, alors que la coupe du monde masculine transformait le moindre troquet en fanzone enthousiaste et intergénérationnelle.

Bien sûr, on ne peut pas totalement leur en vouloir. La Belgique a manqué de peu de se qualifier à la coupe du monde, et il suffit de passer la frontière pour voir qu’en France, bien des bars ont décidé de changer leur programme habituel pour enfin donner un créneau horaire aux footballeuses professionnelles. Même, en à peine deux heures de trajet, et à 25 euros les trois matchs, vous aurez l’occasion de voir un mondial “en vrai”, à Valenciennes.

Mais tout de même. Aucune compétition majeure ne se passe du 7 juin au 6 juillet. La France, c’est pas très loin et si la com’ est là pour tous les matchs de l’Europa League, elle pourrait aussi y être pour quelques matchs de la coupe féminine. Un mouvement pourrait se créer. Si chaque personne qui se sent un tant soi peu concernée par l’égalité dans le monde du sport appelait les bars dans la minute pour demander à voir les matchs de la coupe féminine, il y aurait un changement de situation radical.

Priver d’événements, c’est priver d’effervescence

Mais ce n’est pas si simple. Quand au téléphone, la plupart des barmans semblent avoir oublié qu’une coupe du monde se profilait, c’est représentatif d’une avancée qu’on voit beaucoup médiatiquement, mais peu dans les faits. Même si l’on nous épargne des plans de communication douteux qui pourraient naître du type “shots gratuits pour les filles”, on prive aussi de la camaraderie des fanzones ou simplement, de la beauté du sport qu’on citait plus tôt.

Dans un billet paru dans le Huffpost, Mélissa Plaza, footballeuse internationale et Championne de la Paix, parlait du changement de mentalité que cette coupe du monde de football féminine annonce alors que la parité s’installe à la gouvernance de la FIFA et du CIO. Cependant, sa méfiance vis à vis du vernis sexiste du monde du football demeure: “Certes, les attitudes ont un peu évolué au cours de ces dernières années, mais elles sont aussi devenues plus insidieuses et moins détectables. Un vernis a été appliqué. Il rend le sexisme dans le sport encore plus difficile à combattre.”

Dans le sport, les stéréotypes ont la dent dure

Comment ne pas la croire? Quand Alain Finkielkraut déclare que le foot féminin, “ce n’est pas ainsi qu’il a envie de voir des femmes'”, on n’est tristement pas surpris, au vu du personnage. Quand Martin Solveig s’intéresse à la capacité d’Ada Hederberg, premier Ballon d’Or Féminin, à danser le twerk, ça reste un peu plus en travers de la gorge.

Mais quand cette dernière annonce boycotter le mondial pour protester contre les écarts de salaire dans le football, le doute s’envole: le vernis sexiste est là, et a du mal à disparaître.

L’écart de salaire, il s’explique pour certains par le manque de popularité, de sponsors et de chiffres d’affaire du football féminin. C’est en cela que les bars, la ferveur, l’effervescence et les fanzones sont liées. Peut-être qu’un jour, le football féminin rassemblera autant que le masculin, et remplira les bars. De quoi attirer les sponsors, et un nouvel intérêt pour le football féminin.

Le mouvement est en marche dans les stades. D’après Le Monde, 9 matchs sur les 52 se joueront à guichets fermés. L’engouement nouveau a également fait monter le prix des droits de diffusion: la FIFA espère rassembler un milliard de téléspectateurs devant le mondial, faisant passer le prix de la retransmission de 850 000 à 10 millions d’euros. Les Bleues gagneront toujours 10 fois moins que les hommes en cas de victoire, mais c’est déjà un pas en avant.

Comme le dit Mélissa Plaza, il faudra en priorité passer par un changement de mentalités: “Dans le sport en général, et le football en particulier, les stéréotypes ont la dent dure.” Encore une fois, on la croit.

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