Soigner le mal par le mal: des chercheurs anglais expérimentent un traitement contre l’alcoolisme à base de kétamine

Soigner le mal par le mal: des chercheurs anglais expérimentent un traitement contre l’alcoolisme à base de kétamine

Ça parait fou mais c’est très sérieux: des scientifiques sont en train d’expérimenter un traitement contre l’alcoolisme à base de kétamine, un tranquillisant pour cheval. L’objectif est d’en fait “effacer” les souvenirs liés à l’alcool dans le cerveau des patients. Méthode plutôt radicale. 

Ce n’est un secret pour personne: l’alcool est l’une des drogues dures les plus dévastatrices. Cela s’explique par le fait qu’il est très difficile de décrocher une fois accro, comme toutes les drogues en fait. Sauf que l’alcool est en vente libre donc tout le monde peut y avoir accès. Des psychologues de Londres se sont donc mis au boulot pour essayer de venir à bout de ce fléau.

Ils ont vite remarqué que la plupart des patients qui faisaient des cures de désintoxication reprenaient très vite l’alcool une fois de retour chez eux. Pourquoi? Et bien tout simplement à cause des souvenirs qu’ils ont de l’époque où ils buvaient: la vue d’un verre d’alcool peut leur rappeler le plaisir qu’ils avaient avant. Les habitudes qu’ils avaient prises jouent aussi comme celle de boire un verre en rentrant du boulot.

Soigner le mal par le mal

Il s’avère que la kétamine peut bloquer la formation de souvenirs et de mémoire. Les scientifiques pensent donc qu’il est possible d’utiliser cette propriété pour réécrire les souvenirs qui mènent à la consommation. Un peu comme dans Inception, quoi. Ravi Das, l’une des chercheuse explique à The Guardian: “Les souvenirs que vous formez peuvent être détournés grâce à certaines drogues. Si vous êtes alcoolique, vous avez sûrement de gros souvenirs de vous, dans un lieu précis en train de boire un verre. Tous ses souvenirs refont surface à cause de votre environnement et vous ne pouvez juste rien y faire”.

C’est assez technique mais en gros, à chaque fois que ton cerveau tente d’accéder à un souvenir, les connexions neuronales qui “codent” ce souvenir sont temporairement déstabilisées. Cela signifie que notre souvenir peut être modifié avant qu’il ne retourne bien au chaud dans votre mémoire. C’est pour cela que parfois des personnes ont des souvenirs complètement différent à propos d’un même évènement. C’est sur cette minuscule période d’instabilité que les chercheurs tentent d’influer grâce à la kétamine. Cette drogue bloque un récepteur du cerveau appelé NMDA qui est capital pour la formation de la mémoire. Donc si on l’on bloque ces récepteurs il est possible d’affaiblir la mémoire et même de l’effacer.

Des premiers essais concluant

Durant les essais, les chercheurs tentent d’activer intentionnellement les souvenirs liés à l’alcool des sujets, en plaçant un verre de bière devant eux par exemple. Et quand le sujet se remémore ses souvenirs les chercheurs le dérangent pour l’empêcher de souvenir correctement. A noter que les sujets sont tous des gros buveurs d’alcool sinon ça ne peut pas marcher. Quand on parle de gros buveurs on parle de personne qui sifflent 4 bouteilles de vin par jour.

Ensuite, les participants à l’expérience reçoivent une dose de kétamine. Certains reçoivent une grosse dose, d’autres une plus petite et les autres ont un placebo. Les sujets sont ensuite suivis pendant un an et ils analysent leur consommation d’alcool. En tout, 90 personnes participent à cette expérience mais seulement 40 ont déjà commencé les tests. Nikki, 31 ans, est l’une d’entre eux, elle explique au Guardian ce qu’elle a ressentie au moment de prendre la kétamine: “C’était “écrasant” et intense sans être désagréable. C’était assez psychédélique, j’avais l’impression que je sortais de mon corps.”

Une semaine après elle se disait être “de super bonne humeur et positive”. Elle ne sait pas si c’est la kétamine qui est à la base de cet état d’esprit mais ce qui est sur c’est que depuis cette expérience, elle fait beaucoup plus attention à ce qu’elle boit et surtout à la quantité.

Même s’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions, les scientifiques espèrent que leur approche puisse être à la base d’une nouvelle forme de thérapie qui permettrait de lutter contre l’alcoolisme. Car oui, ils sont conscient qu’utiliser une drogue pour en combattre une autre peut être mal vu, voir interdit. T’imagines? Arrêtez de boire juste en jouant avec tes souvenirs? Avoue, t’as la musique d’Inception en tête maintenant!

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