“On me voit comme un ovni ou comme un groupe normal. Ça dépend de qui en parle.”: sur le tournage du prochain clip de Pierres

Un énorme Tattoo ©Lola d'Estienne d'Orves

Avec newsmonkey, on a décidé de te faire découvrir des jeunes artistes belges prometteurs cette année, que tu connais peut-être déjà ou non. Premier de la liste: la folie douce de Pierres, qui va te faire (re)découvrir la chanson francophone comme tu ne l’as jamais entendue

La fin de l’été se renifle alors qu’on débarque dans une petite rue montante d’Ixelles, à Bruxelles, pour le tournage du clip de Pierres. Artiste et chanteur francophone repéré par le concours Francofaune, on le retrouve en train de s’affairer, à l’ombre d’un immeuble. Aujourd’hui, c’est toute sa bande de potes qu’il a ramenée, look normcore imposé et accessoires bricolés pour le tournage du clip de son morceau Un Enorme Tattoo.

Face aux panneaux rapidement bricolés pour signaler un tournage, les passants qui débarquent en pensant avoir affaire à une énorme star belge et les figurants improvisés, on sent que les images finales du clip seront à l’image du son dont il est issu: minimalistes.

Au fur et à mesure, une vingtaine de personnes débarque, toutes munies du même uniforme. Passées les salutations, il est temps d’expliquer en quelques minutes le principe du tournage. Entre deux rires, Pierre Leroy, aka Pierres, tente d’expliquer l’esprit du clip.

Tournage en cours: 1 minute – ©Lola d’Estienne d’Orves

Niveau accessoires, on a droit à une énorme bouteille de gouache bleue et une fougère. Puis les prises défilent. On n’a pas beaucoup de temps: d’ici quelques heures, le soleil sera parti et il sera temps de célébrer la fin de tournage autour d’une bière. Offerte par Pierres, bien entendu.

C’est d’ailleurs à ce moment-là qu’on prend le temps, après avoir participé au clip, de rencontrer Pierre. Tu ne le connais peut-être pas, mais il a beaucoup à t’offrir. Avec newsmonkey, on a décidé de lui poser quelques questions sur son projet, ses envies, sa place dans l’univers musical bruxellois et la difficulté de se lancer dans une musique francophone.

Salut Pierres, tu peux m’expliquer ce qu’on a fait aujourd’hui? 

Fougère: le sens de l’accessoire – ©Lola d’Estienne d’Orves

Là on a tourné, ou tenté de tourner un clip pour une chanson qui s’appelle « Un énorme tattoo », et qui va sans doute ouvrir l’EP qui n’a pas encore de date.

Ça fait longtemps que t’es dans la musique? 

Depuis assez longtemps. Petit, je chantais beaucoup. J’ai fait l’académie de musique, huit ans de piano… Ce sont mes parents qui m’ont plongé là dedans. Je suis toujours dans cette continuité aujourd’hui.

Avant t’avais un autre projet qui s’appelait Azerty, avec lequel t’as pas mal tourné…

On a fait des chouettes choses, oui. On a été au Canada, on a fait la première partie des Girls in Hawaii pendant 5 jours, en 2014. Après ça s’est un peu essoufflé, Arnaud (le co-fondateur d’Azerty, ndlr) comme moi on avait envie d’autres choses. On a fait nos projets sur le côté. Maintenant, c’est en train de partir. 

C’est quoi la différence majeure entre Pierres et Azerty? 

Déjà Azerty on était deux à composer, deux leaders égaux, tandis qu’ici je suis seul à tout gérer. Ça me donne plus de responsabilités. C’est excitant et en même temps ça me fait un peu peur. En live, je suis bien entouré. Ce sont pou la plupart des gens avec qui je travaillais déjà sur Azerty, donc je les connais très bien. Ce qui change, c’est que je peux faire tout ce que je veux. Y a pas de barrières ce qui entraîne beaucoup de libertés, mais c’est une liberté qui m’entraîne à faire pas mal de choix.

Comme par exemple aujourd’hui, c’est toi qui es derrière toute la direction artistique du clip? 

Oui, ça faisait un bout de temps que je spéculais sur ce clip, et là j’ai essayé de traduire à Quentin (derrière la caméra) toutes les images que j’avais en tête.

Pour toi, ce projet, comment tu le décrirais? T’as un style qui est assez particulier, donc ça peut être difficile à présenter. 

Ça s’appelle Pierres avec « s », parce que c’est le premier projet où je peux m’insérer entièrement. Dans Azerty, disons qu’il y avait une partie de moi. Les autres Pierres n’avaient pas droit au chapitre, simplement parce qu’on fonctionnait en tandem avec Arnaud à l’époque, chacun y apportait sa touche. On avançait par compromis joyeux, dans un style musical relativement codé.

Ici c’est le premier projet où je rassemble tous les « Pierres » qui m’habitent, plein d’influences mais surtout plein de périodes. Au fil des années, on engrange d’autres personnalités, ce qui crée un tout. C’est le rassemblement de toutes les facettes qui pourraient être en sourdine jusqu’ici. C’est pour ça que le projet peut sembler un peu plus « éclaté », parce que je ne me mets pas vraiment de limites, si ce n’est les miennes. Je me fais plaisir comme ça. 

Pierre? Présent. (désolée pour cette blague) – ©Lola d’Estienne d’Orves

Tu parles de la sortie d’un EP, est-ce qu’il y a une ligne directrice? 

Le lien, ce sont surtout les expériences vécues d’un même sujet, qui dialoguent et se font écho au fil des chansons. Je pense que ça forme un tout assez équilibré et je suis hyper content de ce qu’il se passe à présent.

Tu nous réserves combien de titres? 

Sept je pense. Là on est en plein dans le processus de mix et d’enregistrement de voix. C’est pas pour bientôt bientôt, mais on y arrive. 

Certains peuvent me voir comme un ovni, et d’autres comme un groupe normal. Ça dépend de qui en parle. 

Au sein de la scène bruxelloise, tu te positionnes comment? Vis à vis d’autres artistes qui proposent des choses qui te ressemblent, des contacts qui se créent? 

Je pense qu’à Bruxelles, ça fonctionne un peu par « familles ». Avec Azerty, on s’était fait des potes musiciens. Avec Pierres, on a un peu les mêmes et ça évolue. Maintenant je sais pas si je peux me rapprocher de ces groupes-là en termes de style, pas du tout même.

Déjà je me positionne en tant que chanteur francophone, je chante en français, et au niveau du style je pense que je me sens plus proche de certains artistes français que bruxellois, comme Olivier Marguerit, des artistes qui chantent en français et qui ont un espèce de décalage qui m’a pas mal nourri. Je pense que certains peuvent me voir comme un ovni, et d’autres comme un groupe normal. Ça dépend de qui en parle. 

En tant qu’artiste qui se lance, tu ressens des difficultés pour te faire connaître, ramener du public?

Oui de toute façon, c’est par étapes. Je dis « on » parce qu’il y a les autres musiciens du projet, on a commencé par du live avec eux. Le projet a débuté en janvier, on a tout de suite été repérés par des concours, donc c’est allé très vite, et c’est tant mieux. Maintenant on est dans une période un peu plus « calme » parce qu’on est en préparation, en développement. Peut-être que je pourrai répondre à ta question quand tout ça sera terminé et qu’on sera en galère de “recherche d’oreilles”. 

C’est quoi la suite, des concerts qui vont arriver? 

Oui, y a deux concerts qui vont arriver les 7 et 12 Octobre. Ma première date c’est la première partie de Bertrand Belin, qui est un artiste qui m’est hyper cher vu que c’est lui qui m’a ouvert les portes de la chanson francophone. J’avais déjà écouté d’autres choses, manis je trouvais pas de légitimité. J’étais beaucoup dans l’anglais avec Azerty, puis dès que j’ai découvert Bertrand Belin, son album « Parcs » particulièrement, je me suis dit qu’on pouvait faire des bonnes choses en français. C’était un peu un rêve de chanter avec lui.

Ça c’est le 7, et le 12 on joue surtout devant des professionnels du milieu. C’est organisé par Francofaune, et c’est justement après cette date qu’on verra si on a des bons échos, des accroches avec certaines personnes. 

C’est quoi pour toi la majeure différence, difficulté de chanter en français? En Belgique, on a surtout du rap niveau francophone, mais très peu de « chanson française ».

Pour moi, quand je chantais en anglais, je m’en foutais de ce que je disais, j’avais le focus sur la musique. Je chantais n’importe quoi, pourvu que la musique soit belle et que je puisse balancer des émotions à travers elle. Maintenant, je peux le faire avec la musique et le texte. Ce qui est compliqué, c’est être le plus honnête possible, le plus sincère pour que ça touche les gens. Mais si ça marche ça peut impacter les francophones, deux fois plus qu’avec de la musique anglaise. Aussi, je raconte des histoires, ce qui est plus facile dans ta langue maternelle. Ça m’est beaucoup plus personnel, c’est beaucoup plus simple de le faire en français. 

Tu trouves qu’il y a des travers dans lesquels on peut tomber quand on chante en français? Dans lesquels t’as pas envie de tomber? 

Ça dépend, ça change beaucoup. Au début, j’étais plus dans un style romantique, avec beaucoup d’images, de métaphores, de jeux sur le texte. Maintenant je m’en détache un peu pour aller dans un style plus direct. Les travers, c’est difficile avec les textes français parce que ça peut vite paraître nunuche.

C’est compliqué de trouver la balance? 

Oui. C’est un travail d’affinement de la langue. 

Qu’est-ce qu’il faut dire aux gens pour qu’ils viennent écouter ce que tu fais, si tu dois faire ta promo? 

C’est difficile de se vendre, je pense qu’on passe un bon moment. On essaie de faire quelque chose de différent sur scène, pas que de la musique. Y a peut-être un peu du conte, puis les histoires sont sympaes… *rires* franchement, je sais pas quoi dire. Venez!

Si ça t’a convaincu, il ne reste plus qu’à suivre Pierres sur Facebook et Instagram. L’EP et le clip arrivent prochainement.

Fin de tournage – ©Lola d’Estienne d’Orves

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