L’image d’une enfant et son père noyés à la frontière mexicaine intensifie le débat sur la politique migratoire de Trump

Des migrants d'Amérique Centrale traversent le Rio Grande, en dessous du pont international à la ville frontalière de Ciudad Juarez, le 11 juin 2019. EPA-EFE/David Peinado

Attention: cet article contient une image qui peut heurter ta sensibilité, comprenant les corps sans vie d’un père et de son enfant.

Des parents et leur enfant, originaires du Salvador, ont tenté de traverser le Rio Grande pour passer du Mexique aux USA, causant le décès par noyade du père et de sa fille. Une photographie des faits intensifie le débat sur la politique migratoire de Trump.

C’est l’image qui a provoqué le choc dans la société américaine, après tant d’autres qui avaient remis en question la politique migratoire à la frontière mexicaine de Donald Trump. Mais cette fois-ci, ce ne sont pas des clichés d’enfants séparés de leurs parents et détenus dans des camps qui marquent. C’est celle d’une enfant, qui avait tenté avec ses parents de traverser le Rio Grande pour atteindre les Etats-Unis et est décédée noyée avec son père, tous deux emportés par le courant.

L’histoire derrière l’image

Traverser le Rio Grande, c’est une tentative dangereuse pour rejoindre le Texas que bien des migrants venant du Mexique mettent en place. Oscar Alberto Martinez, 25 ans, et Angie Valeri, 24 mois, ont eux aussi voulu déjouer les courants pour traverser la frontière mexicaine. Originaires du Salvador, ils étaient arrivés à Matamoras, ville qui fait face à Brownsville dans le Texas, pour tenter de demander l’asile le dimanche 23 juin. Julia Le Duc, autrice de la photographie et journaliste pour La Jornada, a raconté au Guardian qu’en voyant que la procédure prendrait des semaines, ils ont décidé de tenter le tout pour le tout et de déjà se rendre aux Etats Unis le lundi 24.

Des migrants d’Amérique Centrale traversent le Rio Grande, en dessous du pont international à la ville frontalière de Ciudad Juarez, le 11 juin 2019. EPA-EFE/David Peinado

Si sur la photo ils sont deux, ils étaient en réalité trois à vouloir passer d’une rive à l’autre. Après avoir traversé le fleuve avec sa fille, Oscar Alberto Martinez a voulu retourner sur l’autre rive pour récupérer Vanessa Avalos, la mère d’Angie Valeri. La petite de deux ans a voulu suivre son père, et en voulant faire marche arrière pour récupérer sa fille et l’empêcher de se noyer, ils ont tous les deux été emportés par les courants.

Julia Le Duc – La Jornada

L’image rappelle celle d’Aylan, qui lui aussi, face contre terre, avait créé une prise de conscience dans la situation des migrants qui tentaient d’atteindre Lampedusa, cette fois-ci en Europe. Couchés sur le ventre, Angie enlacée par le tee-shirt de son père, l’image a été prise le lundi 24 juin par Julia Le Duc, journaliste locale.

“Nous ne pouvons pas criminaliser le désespoir.”

Les réactions politiques n’ont pas tardé, alors que les démocrates entament les débats pour savoir qui se présentera face à Trump en 2020. Le sujet a débarqué sur la table dès la première question sur l’immigration, posée à Julian Castro.

Mon plan pour l’immigration — le premier sur le terrain — serait de décriminaliser la migration. Nous ne pouvons pas criminaliser le désespoir, comme celui d’Oscar et Valeria, et des enfants qui sont détenus, séparés de leurs parents.

Une position rapidement reprise par les favoris de la compétition, notamment Elizabeth Warren, déjà pointée comme grande gagnante du débat: “Je suis d’accord avec Julian Castro. Nous avons besoin d’une réforme complète de l’immigration, qui soit en accord avec nos valeurs.”

Bernie Sanders a lui attaqué directement la politique migratoire de Trump: “Ces morts sont ce que recherche un système immigratoire brisé. À la place de démoniser les immigrants, Trump devrait rencontrer les leaders de l’Amérique Centrale pour trouver les moyens d’arrêter les horribles violence et pauvreté qui forcent les gens à fuir leur patrie”, a-t-il écrit sur Twitter.

Je suis d’accord avec @JulianCastro: Nous ne devrions pas criminaliser les familles qui tentent de construire un meilleur futur. Nous avons besoin d’une réforme de l’immigration complète qui soit en accord avec nos valeurs et crée un chemin vers la citoyenneté pour les migrants sans papiers, y compris nos DREAMers.

“La politique d’asile des Démocrates est responsable”

D’un côté, on blâme la criminalisation. De celui de Trump, c’est bien entendu tout l’inverse. Ce n’est pas sur Twitter mais devant des journalistes que le président a donné sa réaction, en blâmant, lui, les “lacunes” de la politique migratoire mise en place par les démocrates. “Si nous avions les bonnes lois, que les démocrates ne nous laissent pas avoir, ces gens ne viendraient pas. Ils n’essaieraient pas.” S’ensuit un rappel de son mur, toujours en construction, puis Trump revient sur l’image qui bouscule la sphère politique américaine: “Je déteste ça, et je sais que si les Démocrates changeaient les lois, ce ne serait pas arrivé à ce père qui était sans doute un type fantastique, ainsi que sa fille.”

Trump a, comme à son habitude, asséné le coup de grâce avec une phrase choc qui risque de revenir à de maintes reprises durant sa campagne: “La politique d’asile des Démocrates est responsable.” Une image claire et nette dans se dessine dans l’esprit du président.

L’immigration sera une nouvelle fois la thématique centrale de la course à l’élection américaine, tout comme elle est devenue un sujet majeur partout en Europe, y compris en Belgique. Mais cette image, déjà instrumentalisée par les politiques américains, risque de rendre les débats plus intenses et concrets sur la situation des migrants sans papiers.

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