Jonathan Fallon, Tricount: « un million de personnes utilisent notre app »

« En 2016, Tricount aura équilibré un milliard de dépenses »: avec cette application, une foule de groupes d’amis auront fait leurs comptes, après un voyage ou un resto, de quelques clics sur leur téléphone. Pas mal, pour un projet que deux potes ont lancé au départ « le soir et les week-ends, en dehors du boulot, comme ça. »

Ces deux potes ingénieurs kotaient ensemble, voyageaient ensemble, et ils en avaient marre de faire les comptes pour toute la bande. Ils ont créé un système qui le ferait à leur place: « Tricount ». Depuis l’époque des grands voyages et de la vie de kot, ils ont levé 600.000 euros et bossent à temps plein dessus.

Tricount est donc cette app qui prétend régler tous les soucis de compte entre amis, parce que les bons comptes font les bons amis. Chaque participant rentre les dépenses qu’il a faites et Tricount calcule qui doit rembourser combien à qui. Un million de personnes l’utilise et, en 2016, Tricount aura équilibré un milliard de dépenses. Grande nouveauté: depuis peu, les utilisateurs peuvent faireles remboursements directement dans l’app en Belgique aussi, via Paypal. En France, avec le système Lydia, c’était déjà possible.

Comment l’idée vous est-elle venue?

On avait 28, 29 ans, on vivait en coloc et on partait souvent en voyage avec le même groupe: on était les deux ingénieurs, on devait toujours faire les calculs et les expliquer aux autres. On s’est dit: si on trouvait un système qui le fasse pour nous? J’avais un peu de temps devant moi, je m’y suis mis. Un coach de Solvay entrepreneurs nous a conseillé de penser « app » – à l’époque, cela ne me serait jamais venu à l’idée, personne n’avait de smartphone.

Et puis on a postulé pour une bourse de pré-activité qui nous a financé ce que nous ne savions pas faire: un beau logo, un beau site web… C’était pas mal cette bourse parce qu’on était deux profils techniques. Tout ce qui était graphique, marketing, c’était moins notre truc. Et on est assez encadré sur comment utiliser l’argent: on a dû un peu rembourser parce qu’ils jugeaient qu’on n’avait pas dépensé assez vite, par exemple. C’était pas mal, vraiment.

Qu’est-ce qui t’a décidé à lâcher un job stable d’ingénieur pour une aventure entrepreneuriale?

D’abord, je suis rentré dedans petit à petit: on a commencé par y bosser le soir, les week-ends. Puis je m’y suis mis à mi-temps et finalement, depuis qu’on a levé des fonds, j’y bosse à plein temps, l’autre fondateur aussi. Au total, ça a mis quasi 6 ou 7 ans avant qu’on soit tous les deux à temps plein dedans.

En fait, j’avais envie de m’investir dans quelque chose, ici c’est Tricount. Cela dit, j’aurais pu trouver des choses intéressantes et bien m’investir dans une entreprise aussi. Longtemps, « entrepreneur » a été un buzzword. Il y en a un autre, que j’aime bien aussi: « intrapreneur »: entreprendre à l’intérieur d’une grande société. Et ça, ça peut valoir la peine aussi.

Bosser à deux potes, bon plan, mauvais plan?

On se connait depuis longtemps, on a fait l’unif ensemble donc on peut toujours recadrer le tir si nécessaire. On se connaît assez pour savoir comment parler avec l’autre.

Aussi, au début, on était contents d’être à deux: il y en avait toujours pour booster l’autre en cas de down. Maintenant, il y a une structure, des utilisateurs, des investisseurs qui nous soutiennent. Au début, ce n’est pas comme ça et il faut continuer même si on ne voit pas très bien vers où on va.

Vous avez levé 600.000 euros. Un conseil pour bien gérer la relation aux investisseurs?

Surtout: il ne faut pas oublier que tu vas devoir bosser avec eux, devoir leur rendre des comptes, donc il faut partir sur de bonnes bases. Il faut bien arrondir les angles dès le début, sinon ça va foirer. Soit tu signes pas du tout, soit tu ne vas pas très loin après avoir signé malgré tout. Sinon, il ne faut pas oublier que des investisseurs sont des alliés plus qu’autre chose.

Que changerais-tu en Belgique?

On critique beaucoup la Belgique mais moi je trouve qu’il y a beaucoup d’aides, d’encadrement, presque trop. La start-up en elle-même est devenue une cible commerciale et ça devient un peu vicieux. Il y a des hackathons tous les weekends, on te fait croire que tu peux créer une start-up en 48h…

Après tout, l’aide la plus utile, ce n’est pas un consultant hors de prix: c’est l’argent que tu dépenses, bien encadré.

Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui veut se lancer?

Il faut tenir, essayer, encore et encore même si tu ne sais pas toujours très bien vers quoi tu vas.

Notre chance, c’est d’avoir pu commencer à bosser sur Tricount sur le côté, les week-ends: une idée, ça ne suffit pas pour tout claquer, ton boulot et tout. Clairement, je n’ai pas regretté d’avoir un peu d’expérience avant.

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