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Autre effet du changement climatique: des vagues de chaleur terribles qui sèment le chaos au Moyen-Orient


© Dans tout le Liban, des manifestants brûlent des déchets et bloquent des routes pour s’indigner des pannes de courant. (Isopix)

Les températures dans plusieurs pays du Moyen-Orient ont dépassé les 50°C cet été, notamment en Iran, où on a enregistré 51°C. L’Irak a même frôlé les 52°C. Avec ces vagues de chaleur record et les pénuries d’énergie dans une grande partie du Moyen-Orient, les pannes d’électricité sont de plus en plus fréquentes. Du Liban à l’Iran, cela entraîne une augmentation des troubles civils et des révoltes dans une région qui n’est déjà pas connue pour sa stabilité.

Après des décennies de négligence et de sous-investissement, les réseaux électriques sont de plus en plus défaillants. Les sécheresses persistantes ont paralysé la production d’énergie hydroélectrique. Et les crises économiques dans plusieurs pays ont fait que les gouvernements ont même du mal à acheter le carburant nécessaire à la production d’électricité.

En Iran, les coupures d’électricité ont déclenché des manifestations dans plusieurs villes et le président sortant Hassan Rouhani a même présenté de (rares) excuses ce mois-ci. La colère se propageant, des manifestations ont également éclaté en raison de la pénurie d’eau dans le Khuzestan, une province du sud-ouest de l’Iran. Dans un rapport publié vendredi, Amnesty International indique que les forces de sécurité ont répondu aux protestations par des balles. Au moins huit manifestants et passants ont été tués. En Irak, dans la ville de Bassora, riche en pétrole, des manifestants ont bloqué des autoroutes et brûlé des pneus pour protester contre les problèmes d’électricité. La même chose s’est produite au Liban.

Toute personne de moins de trente ans n’a pas connu un seul jour sans blackout

Au Liban, les gens sont depuis longtemps habitués à des coupures de courant quotidiennes de trois heures en moyenne – le pays n’a pas connu un seul jour sans panne depuis la fin de la guerre civile en 1990 – et il existe même une application qui avertit les résidents des coupures de courant.

Mais l’effondrement économique dramatique du Liban ces derniers mois a laissé le gouvernement sans carburant pour fournir de l’électricité pendant la majeure partie de la journée. L’ensemble du pays fonctionne avec des générateurs et le site web de la compagnie d’électricité publique est tout simplement hors ligne.

Les pénuries d’électricité sont également monnaie courante dans les villes d’Irak, car le pays a pris du retard dans ses paiements à l’Iran pour la grande quantité d’électricité transfrontalière que son voisin lui fournissait traditionnellement. Téhéran a même temporairement fermé le robinet énergétique. À Bagdad, les entreprises ainsi que les petits indépendants tentent de maintenir l’éclairage grâce à des générateurs de secours, un problème extrêmement coûteux qui a conduit beaucoup d’entre eux au bord de la déroute financière. Il n’y a pas le choix: sans électricité, vous devez fermer votre entreprise.

Dans la Syrie voisine, la situation est encore pire. Dans les zones situées au nord de Damas, les habitants se plaignent en ligne depuis des mois que les coupures de courant durent 20 heures par jour. À Alep, elles durent parfois huit heures d’affilée, entrecoupées d’une heure et demie d’électricité. Certains Syriens notent que les coupures de courant sont moins fréquentes dans la capitale Damas et dans les zones côtières densément peuplées par les partisans du président Bachar al-Assad, par rapport au reste du pays.

Dans toute la région du Moyen-Orient, les autorités demandent aux citoyens de réduire leur consommation, en particulier entre midi et le coucher du soleil. En Iran, les autorités ont même publié des horaires pour les coupures de courant, mais les compagnies d’électricité n’ont jamais semblé respecter ceux-ci.

Faire sauter des pylônes électriques pour vendre des générateurs

Les hôpitaux de la région, déjà aux prises avec l’épidémie de coronavirus, n’échappent pas non plus au phénomène. Dans une vidéo réalisée à l’aide d’un téléphone portable et devenue virale ce mois-ci, un médecin d’une unité de soins intensifs de Téhéran a affirmé que les patients de son unité étaient morts lorsque l’alimentation des respirateurs avait été coupée suite à une panne de courant. « Nous avons rencontré de telles scènes à de nombreuses reprises », a écrit le médecin, Mohamadreza Hashemian, dans un message publié sur les réseaux sociaux et cité par les chaînes d’information iraniennes. Le président Rouhani a qualifié de « mensonge total » les affirmations selon lesquelles les patients étaient en train de mourir et a déclaré que tous les hôpitaux disposaient de générateurs d’urgence. Mais alors que les protestations s’étendent, même Rouhani a dû s’excuser ce mois-ci pour l’imprévisibilité des blackouts.

Les enquêteurs affirment que les pénuries d’électricité dans la région ont été exacerbées par une corruption endémique. Et cela va loin. Une vague d’explosions de pylônes électriques en Iran le mois dernier s’est avérée être l’œuvre d’ »intérêts commerciaux privés » qui voulaient s’assurer que leurs générateurs étaient utilisés, au lieu du réseau.

L’utilisation croissante de générateurs comme alternative au réseau électrique défaillant au Moyen-Orient a des conséquences désastreuses, selon les experts de la santé. Une équipe de chimistes de l’Université américaine de Beyrouth a estimé que la dépendance du Liban à l’égard des générateurs, qui est valable presque 24 heures sur 24, empoisonne l’air huit fois plus vite que lorsque Beyrouth ne faisait fonctionner les générateurs que quelques heures par jour en moyenne. Cela pourrait entraîner une multitude de cas supplémentaires de cancer et de nouveaux diagnostics de maladies cardiovasculaires.

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