Au Brésil, l’homophobie est maintenant un crime (et ça ne plait pas à Bolsonaro)

epa - Unsplash

Alors que la Cour Suprême a déterminé que l’homophobie était un crime au même titre que le racisme, Bolsonaro regrette qu’il n’y ait pas un juge évangéliste au sein des votants. Entre opinion populaire et gouvernement, la scission se marque de plus en plus au Brésil. 

Le Pride Month connait ses succès. Après que le Botswana ait décidé de décriminaliser l’acte sexuel gay, c’est au tour du Brésil de connaître une avancée dans la protection des LGBTQI+. Ce jeudi à Sao Paulo, la Cour Suprême brésilienne a décidé de faire de l’homophobie un acte criminel.

Comme le rapporte Reuters, 8 des 11 juges présents ont voté en faveur de cette loi, basée sur le modèle de la loi contre le racisme. Carmen Luzia, l’une des juges favorables, s’est félicitée de cette décision en rappelant que “toute discrimination est une souffrance”, mais que “certains préjugés causent plus de souffrances que d’autres, ce sont des blessures qui frappent la personne dans son foyer, qui séparent les parents des enfants, les frères, les amis, pour le simple fait de tenter de vivre quelque chose qui se présente comme naturel.”

“N’est-il pas temps pour un évangéliste à la Cour Suprême?”

Une décision qui ne plait pourtant pas à tout le monde, y compris l’homme qui a déclaré ne pas vouloir faire du Brésil un “paradis du tourisme gay”: on parle bien sûr de Bolsonaro, président évangélique du Brésil. Comme le rapporte cette fois-ci le média brésilien Estadao, Jair Bolsonaro a profité du 108ème anniversaire de l’Assemblée de Dieu, un événement évangéliste qui se déroulait à Belém, pour manifester son mécontentement: “L’État est laïc, mais nous sommes chrétiens. Nous respectons la majorité et la minorité, mais le Brésil est un pays chrétien. Avec tout le respect que je lui dois, la Cour suprême fédérale a qualifié l’homophobie au même titre que le racisme. N’est-il pas temps pour un évangéliste à la Cour suprême ?”

Applaudi par l’assemblée religieuse présente, Bolsonaro a réitéré sa demande d’avoir un évangéliste parmi les ministres de la Cour Suprême. Rappelons que durant la campagne électorale, les images de messes où apparaissait l’actuel président brésilien témoignaient du soutien inconditionnel que ce culte chrétien majeur au Brésil portait au candidat.

Une personne LGBTQI+ décède toutes les 19 heures au Brésil

Au Brésil, d’après l’ONG Grupo Gay da Bahia (GGB), il y a eu 387 meurtres et 58 suicides dûs à l'”homotransphobie” en 2017. En bref, toutes les 19 heures, une personne LGBTQI+ décède au Brésil.

Au vu de ces statistiques, la récupération politiquo-religieuse de Bolsonaro est mal reçue auprès de certains élus brésiliens, comme Paulo Pimenta (Parti des Travailleurs), journaliste et député fédéral. Il s’est félicité sur Twitter de la “victoire historique et du progrès de la civilisation” et “de la victoire du mouvement LGBTI qui honore le Brésil à travers le monde malgré le fait que Bolsonaro nous embarasse!”

Un déséquilibre est de plus en plus présent entre les positions rétrogrades de Jair Bolsonaro et l’opinion populaire. Depuis son élection en octobre 2018, plusieurs mesures ont été mises en place sous l’égide du politicien d’extrême droite: plus de libertés pour les industriels en Amazonie, libéralisation des armes, gel des budgets des universités… La tension monte, et malgré ces quelques avancées, le gouvernement d’extrême droite n’est jamais loin d’arranger un retour en arrière.

Articles sponsorisés