Wallonie: PS et PTB ne gouverneront pas ensemble, Ecolo ouvre la voie à la société civile, aussitôt refermée par le cdH

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Raoul Hedebouw et ses troupes (PTB) ne veulent pas assister à un nouveau dîner de cons. Ils ne reverront plus le PS en vue de former un hypothétique gouvernement. David Pestieau, vice-président des communistes, parle d’une certaine incohérence des socialistes. Il est vrai le PS cache bien son jeu. Ecolo de son côté fait preuve de créativité.

Sur le plateau de RTL-TVI face à Pascal Vrijbos, Elio Di Rupo a de nouveau brouillé les pistes en invitant le PTB autour de la table. J’ai invité le président du PTB, Peter Mertens, à un troisième tour de négociation mardi. Je lui ai envoyé une invitation et lui ai indiqué que son heure serait la mienne”, a expliqué monsieur Di Rupo.

Mais il semble que ce soit déjà trop tard pour les communistes. L’invitation a été une nouvelle fois rejetée, car “il n’y a toujours ni remise en cause du passé ni rupture”, a confirmé dimanche après-midi David Pestieau. Soupçonné d’avoir un plan en tête avec le MR, puis de relancer une potentielle ouverture à la N-VA au fédéral, “on ne sait plus très bien ce que veulent les socialistes”, a réagi le vice-président.

Impasse

Le savent-ils eux-mêmes? Entre Elio Di Rupo, Paul Magnette et Laurette Onkelinx à Bruxelles, on ne sait plus très bien qui dirige le parti. Le Carolo semble vouloir donner un coup de barre à gauche tandis que la Bruxelloise a déjà entamé les négociations avec Ecolo et DéFI. Bruxelles devrait être la première Région à connaître son gouvernement.

A contrario, on doute de la volonté du PTB d’entrer dans un gouvernement. Sa place logique est dans l’opposition. Le parti marxiste-léniniste continue de franchir les étapes et possède maintenant des groupes politiques au sein des Parlements pour peser dans le débat politique. Voir un gouvernement PS/MR se former serait presque un rêve pour le PTB qui aurait 5 ans pour s’en donner à cœur joie.

Car la bipartite PS/MR reste la seule solution majoritaire avec la tripartite PS/Ecolo/MR. Problème: les écologistes ne sont vraiment pas chauds de gouverner avec un parti – le MR – qui lui a tapé dessus durant toute la campagne. Et puis il faudrait assumer ce choix face à ses électeurs. Pas simple.

La situation est bloquée. Le PS retrouvera ce mercredi les écologistes, mais aucune rencontre n’est prévue pour l’instant avec le MR. Et ce blocage au niveau des Régions a un impact sur les négociations au niveau fédéral. Fermer la porte au MR rend les choses plus difficiles un échelon plus haut. Car si le PS veut exclure la N-VA, il devra le faire avec les libéraux. Les deux informateurs retrouveront le roi ce lundi mais tout indique que leur mission sera à nouveau prolongée.

Coalition “coquelicot”: coup de poker?

L’arc-en-ciel et l’olivier dans l’impasse, la coalition FGTB à la poubelle, il faudra sans doute user de toute sa créativité pour trouver une autre voie. C’est ce qu’ont fait les écologistes ce week-end. Ils proposent une coalition “coquelicot” PS/Ecolo, élargie à la société civile.

Soit un gouvernement minoritaire, mais qui disposerait de ministres non encartés. Cette coalition devrait de toute façon bénéficier du soutien de députés issus de l’opposition. Mais Ecolo pense que la pilule serait plus simple à faire passer en y incluant des citoyens actifs dans la société civile.

Une triple nécessité selon Jean-Marc Nollet (Ecolo): sanctionner le gouvernement sortant (MR/cdH), entendre le message de l’électeur pour plus d’écologie et de solidarité, et enfin répondre au désenchantement des citoyens par rapport à la politique, “un décrochage démocratique d’un demi-million de personnes”, explique le coprésident des Verts. Ils sont en effet 528.000 Wallons à ne pas s’être déplacés, à avoir voté nul ou blanc.

Mais qui pour répondre à ce profil? Probablement des gens issus d’associations ou d’ONG qui sont très actives dans notre pays. Aucun nom n’a encore été mentionné, mais il faudra aussi déterminer les portefeuilles de chacun. L’idée est lancée et pourrait même être élargie à Bruxelles et à la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Reste à voir la réaction des députés. Outre le PS, ce message de Jean-Marc Nollet s’adresse aussi au cdH qui “pourrait être un acteur central de cette autre manière d’envisager le fonctionnement démocratique en Wallonie”, même si “chaque député est individuellement visé”. Il manque en effet seulement trois députés pour compléter la majorité PS/Ecolo. Chacun serait mis devant ses responsabilités, en oubliant un peu la logique de parti.

C’est plutôt bien vu de la part des écologistes qui montrent qu’ils sont preneurs d’une solution. Pour les détracteurs, par contre, il ne s’agit rien de plus qu’une autre forme de gouvernement minoritaire élargie à la société civile, déjà acquise à la gauche. Cela pose également un tas de questions sur la légitimité démocratique de ces super-citoyens, tout en compliquant bien les choses au fédéral comme vu plus haut.

Sans doute un dernier coup de poker d’Ecolo avant de laisser place à une bipartite PS/MR.

Le cdH n’en veut pas

Un peu plus tard dans la journée, Maxime Prévot (cdH) a fait savoir que son parti ne soutiendrait pas de manière systématique un gouvernement minoritaire: “Le cdH a toujours dit qu’il se montrerait créatif et constructif pour apporter ponctuellement son soutien depuis l’opposition mais n’envisage pas de structurellement apporter son soutien à un gouvernement minoritaire.” Le président du cdH veut de “la stabilité”, rendue difficile il est vrai sous cette formule. “Une proposition sympathique mais peu réaliste”, a-t-il ajouté à La Libre.

Le MR, logiquement, fustige cette formule dont il est exclut. “Il faut respecter le vote des Wallons qui n’ont pas voté à gauche”, a notamment réagi Willy Borsus, ministre-président sortant, à Sudpresse. DéFI y est plutôt favorable mais n’a aucun poids en Wallonie.

Bref, le coquelicot est déjà enterré.

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