Voici pourquoi le Parlement wallon est bloqué et pourquoi cela donne (encore) une bien mauvaise image de la politique

Voici pourquoi le Parlement wallon est bloqué et pourquoi cela donne (encore) une bien mauvaise image de la politique

Le Parlement wallon est à l’arrêt. À quelques mois des élections, les jeux politiques font que le binôme MR-cdH ne dispose plus de majorité. Les députés devaient pourtant faire passer une réforme qu’ils jugeaient capitale: la réforme des APE ou des aides à l’emploi. La politique dans ce qu’elle a de pire.

La fin de cette législature est décidément difficile pour le MR. Mis en minorité au niveau fédéral, les libéraux francophones ne disposent plus non plus de majorité en Région wallonne. Si à l’échelon national, la faute peut largement être attribuée à la N-VA, c’est en leur sein, cette fois, que le mal est né.

La faute à un trublion du MR, depuis longtemps en roue libre et dont le départ était écrit. Alain Destexhe, situé à droite du parti, a quitté son vaisseau mère pour créer ses propres listes en vue des prochaines élections. Parmi les personnes recrutées, d’autres déçus du MR, dont une certaine Patricia Potigny.

Trublion Destexhe

Avec ses 150 voix de préférence aux dernières élections communales, cette suppléante dont personne ne connaissait le nom, doit sa place au Parlement wallon au décès de Véronique Cornet en 2015. Son départ sur les listes Destexhe a fait basculer la majorité (avec celle du député indépendant André-Pierre Puget). Car on le sait, depuis juin 2017, le MR et le cdH forment un couple fragile suite au largage des socialistes. Avec 38 sièges sur 75, la moindre défection pouvait se transformer en petite catastrophe pour la majorité.

Eh bien nous y sommes et la députée l’a déjà annoncé: elle ne compte pas faciliter la tâche des libéraux dans les dossiers qui doivent encore être bouclés. Du côté des libéraux, on tombe des nues: “Vouloir mettre le feu à une région parce que l’on n’a pas la place que l’on souhaite sur une liste alors que l’on fait moins de 150 voix de préférence, c’est indigne”, dénonce le ministre Crucke (MR).

Car si, officiellement, Patricia Potigny lie son départ au manque de lisibilité de la ligne politique du MR, dans les faits, elle a été vexée de ne pas figurer en bonne place sur les listes des prochaines élections régionales. La politique dans ce qu’elle a de pire. Même si les règles sont connues: on ne se fait pas de cadeau. Le parlement wallon est paralysé, tant au niveau des séances plénières que dans les commissions, antichambres des textes législatifs.

Une réforme bloquée en Laponie

Un dossier en particulier nécessite le vote de la majorité au Parlement wallon. Il s’agit de la réforme des aides à l’emploi (APE), soutenue par le ministre Jeholet (MR). Brièvement, il s’agit des subsides attribués par le ministre de l’Emploi aux acteurs du secteur associatif wallon (social, culturel, santé, services à la personne, petite enfance, mouvements de jeunesse, etc.) pour favoriser le retour à l’emploi des chômeurs. Actuellement, plus de 4.000 ASBL en bénéficient et cela concerne 45.000 personnes. On parle quand même d’une enveloppe d’un milliard d’euros par an sur un budget qui en compte 14.

Cette réforme est voulue par le ministre, car le système d’attribution des APE est jugé comme opaque, voire clientéliste. Ce qui ne plaît pas aux syndicats qui y voient une manière de réduire l’enveloppe budgétaire. Ils étaient 10.000 à manifester à Namur lundi dernier.

Cette réforme est en pause, laissant un sursis aux syndicats, mais donnant une bien mauvaise image de la politique et de la Wallonie. Car on n’est pas au bout de nos surprises dans cette séquence que l’on ne doit qu’aux futures élections. On apprenait hier que la députée comptait s’abstenir sur les réformes des APE. Or le président du cdH, Maxime Prévot, également député wallon (et bourgmestre de Namur), est occupé à faire un trail de 100 km… en Laponie. En son absence, le tandem MR-cdH ne disposerait que de 36 voix contre 36, celles de l’opposition. La réforme aurait été bloquée.

“Scandale”

Elle est maintenant reportée. Le parlement wallon est à l’arrêt pour 15 jours, le MR et cdH ont invoqué des circonstances exceptionnelles. Un flou politique dans lequel s’engouffre l’opposition. Pour le chef de groupe PS, Pierre-Yves Dermagne, c’est un “scandale, un déni de démocratie. Si le MR et le cdH actent qu’ils ne sont plus en majorité, ils doivent en tirer les conséquences et passer en affaires courantes. C’était le risque – connu – d’une majorité à un siège. Aujourd’hui, on ne peut que constater l’échec d’un modèle, d’une manière d’exercer le pouvoir”, dans des propos relayés par La Libre. Pour Stéphane Hazée, chef de groupe Ecolo, “Il est insensé que le gouvernement empêche le parlement de travailler.” Car, tu l’auras compris, l’opposition n’est pas fan de cette réforme.

Dans les faits, la réforme ne devrait plus avoir lieu sous cette législature. Le ministre Jeholet s’est même fait une raison. Le report n’est là que pour sauver la face du MR et de cdH, “l’opposition aurait profité de la situation”, réagit le ministre. Ils ont donc préféré mettre le Parlement à l’arrêt, pour éviter l’humiliation, et tant pis pour le respect de nos institutions.

Comme toujours, ce sont les élections qui ont mis le feu aux poudres. Comme pour la loi climat au niveau fédéral, personne ne se fait de cadeaux, au contraire. Le MR connaît lui une fin de législature cauchemardesque avec deux gouvernements mis en minorité. Le résultat d’une grosse prise de risque, il ne faut pas l’oublier.

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