Utiliser ton visage comme carte d’embarquement, la technologie qui fait du bruit aux Etats Unis

Utiliser ton visage comme carte d’embarquement, la technologie qui fait du bruit aux Etats Unis

Depuis quelques jours, la reconnaissance faciale fait du bruit aux Etats-Unis. Interpellé par une passagère surprise par la présence d’une caméra l’autorisant à embarquer à bord de son vol, la compagnie aérienne JetBlue a confirmé utiliser une base de données biométriques fournie par le gouvernement américain pour permettre cette nouveauté. Une mesure possible en Belgique ?

« Je viens d’embarquer à bord d’un vol JetBlue. Au lieu de scanner ma carte d’embarquement, j’ai regardé une caméra avant d’être autorisée à bord du vol. Est-ce que la reconnaissance faciale a remplacé les cartes d’embarquement, sans que je le sache ? Est-ce que j’y ai consenti? » L’interpellation inquiète de Mackenzie Fegan, journaliste et passagère à bord d’un vol de la compagnie américaine JetBlue, a fait du bruit il y a quelques jours sur Twitter. Elle a entraîné une réponse de l’entreprise sur la potentielle base de données biométriques impliquée dans une telle technologie.

En effet, si reconnaissance faciale il y a dans les aéroports, c’est que des photographies des passagers sont enregistrées, et potentiellement stockées. La compagnie a d’ailleurs confirmé, encore une fois sur Twitter, que ces informations étaient fournies par « le département de la sécurité intérieure », et passeraient par l’intermédiaire d’une base de données des douanes et de la sécurité des frontières.

Aussi interpellante que puisse paraître cette technologie en termes de respect des données personnelles, surtout quand on les sait fournies par le gouvernement à une entreprise privée commerciale, elle n’est pas nouvelle. Déjà en 2017, JetBlue lançait de manière expérimentale la reconnaissance faciale comme carte d’embarquement, avec comme but de vouloir faciliter et accélérer les procédures, en particulier pour les familles nombreuses. Ce n’est qu’aujourd’hui qu’une réelle polémique s’installe, avec l’expansion de la procédure à travers les Etats-Unis.

Une protection des données personnelle renforcée en Belgique

Pour George Ataya, professeur à Solvay et spécialiste en sécurité informatique, ce genre d’échange de données personnelles entre entreprises privées et gouvernement est encore loin d’être possible en Belgique : « Heureusement, en Europe, on a la réglementation du RGPD (règlement général sur la protection des données) qui empêche une entreprise privée d’obtenir des données d’identification personnelle à titre commercial, y compris les données d’empreinte faciale. Si une entreprise se retrouvait à le faire, elle devrait se déclarer, avoir l’accord du passager et justifier l’un ou l’autre principe du RGPD pour lequel elles ont l’obligation, la nécessité ou le besoin justifié d’utiliser mes données privées. »

Les choses ne sont pas pour autant figées selon George Ataya, et pourraient évoluer au niveau juridique avec la systématisation de cette pratique : « Si des députés votent une loi qui imposerait pour des raisons de sécurité d’utiliser ce genre de données, en fonction du RGPD, ça deviendrait possible. » Une raison de plus de s’intéresser aux élections européennes, qui auront lieu du 23 au 26 mai prochain.

Aux Etats Unis, la démarche est lancée et la reconnaissance faciale devrait couvrir 97% des aéroports d’ici quatre ans. Du déverrouillage de ton smartphone à l’embarquement vers New York, il n’y a qu’un pas, et les données biométriques commencent tout doucement à envahir notre quotidien.


Rédaction : Lola d’Estienne

Liberté individuelle ou sécurité, il faut choisir

Quand certains se félicitent de la rapidité et de la facilité de l’embarquement, d’autres s’inquiètent d’un potentiel fichage des passagers et d’un non-respect des libertés individuelles. Dans les nombreuses réponses au tweet de Mackenzie, certains prônent le fait de n’avoir « rien à cacher » quand d’autres reprennent cet argument sous forme de prévention : « rien à cacher, jusqu’à ce que le mauvais genre de gouvernement débarque ».

Quoi qu’on puisse en penser, cette procédure se répand jusque chez nous, et ce depuis plus longtemps que ce qu’on ne croit. L’aéroport de Zaventem a en effet déjà mis en place un système similaire dans son approche, mais différent dans son fonctionnement en 2015. Le contrôle frontalier de la police a déjà mis en place une comparaison entre la photographie enregistrée dans la puce de sa carte d’identité et une autre, prise à l’e-gate de l’aéroport via la reconnaissance faciale. Une procédure qui ne s’applique qu’aux voyageurs sortant de l’espace Shengen, et qui ne dépend pas d’une compagnie aérienne en particulier. On reste bien loin du fonctionnement de JetBlue, mais un tel système serait- il possible en Belgique ?

Une protection des données personnelle renforcée en Belgique

Pour George Ataya, professeur à Solvay et spécialiste en sécurité informatique, ce genre d’échange de données personnelles entre entreprises privées et gouvernement est encore loin d’être possible en Belgique : « Heureusement, en Europe, on a la réglementation du RGPD (règlement général sur la protection des données) qui empêche une entreprise privée d’obtenir des données d’identification personnelle à titre commercial, y compris les données d’empreinte faciale. Si une entreprise se retrouvait à le faire, elle devrait se déclarer, avoir l’accord du passager et justifier l’un ou l’autre principe du RGPD pour lequel elles ont l’obligation, la nécessité ou le besoin justifié d’utiliser mes données privées. »

Les choses ne sont pas pour autant figées selon George Ataya, et pourraient évoluer au niveau juridique avec la systématisation de cette pratique : « Si des députés votent une loi qui imposerait pour des raisons de sécurité d’utiliser ce genre de données, en fonction du RGPD, ça deviendrait possible. » Une raison de plus de s’intéresser aux élections européennes, qui auront lieu du 23 au 26 mai prochain.

Aux Etats Unis, la démarche est lancée et la reconnaissance faciale devrait couvrir 97% des aéroports d’ici quatre ans. Du déverrouillage de ton smartphone à l’embarquement vers New York, il n’y a qu’un pas, et les données biométriques commencent tout doucement à envahir notre quotidien.


Rédaction : Lola d’Estienne

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