“Un scandale absolu”: la dénomination du commissaire européen à la Migration fait débat

epa

La présidente de la Commission européenne a nommé ses commissaires pour les cinq ans à venir. La dénomination du commissaire à la Migration pose problème. À gauche, on n’hésite pas à parler d’une victoire pour l’extrême droite.

Ne l’appelez plus commissaire européen à la Migration mais à la “Protection du mode de vie européen”. C’est le grec Margaritis Schinas qui a hérité de ce portefeuille, et il se serait sans doute passé de la polémique qui s’en est suivie. Cette dénomination n’est absolument pas du goût de la gauche européenne.

À commencer par le co-président des Verts européens Philippe Lamberts (Ecolo): “C’est évidemment un scandale absolu. Autrement dit, quoi qu’il s’en dise, ils reprennent la vision de l’extrême droite selon laquelle la question migratoire est d’abord un enjeu de protection d’un soi-disant mode de vie européen, dont on n’a d’ailleurs pas idée de ce qu’il signifie”, a-t-il déploré dans des propos relayés par la RTBF.

Si dans les faits, l’extrême droite européenne et eurosceptique a été exclue de la majorité et des postes à responsabilité, la sémantique autour de cette dénomination est considérée comme une victoire pour elle. Pour Philippe Lamberts, pas de doute, il s’agit d’une stratégie de la part d’Ursula von der Leyen qui envoie un signal à la droite européenne, notamment à l’Est avec des pays comme la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie ou encore la Hongrie d’Orban qui fait toujours partie du PPE (démocrates-chrétiens dont le parti d’Angela Merkel et de von der Leyen).

Voir cet intitulé “de manière positive”

Du côté de la présidente de la Commission, on se défend de tout protectionnisme: “Notre mode de vie européen, c’est s’accrocher à nos valeurs. La beauté de la dignité de chaque être humain est l’une des plus précieuses valeurs.”

Un peu maladroitement, la secrétaire d’Etat française aux affaires européennes parle plutôt d’incompréhension. Le but n’était pas d’employer la rhétorique de l’extrême droite – migrant = danger – mais de défendre des valeurs positives de l’Europe comme l’éducation, les droits sociaux et les droits d’asile.

De son côté, le député européen socialiste Raphael Glucksmann a déjà fait savoir qu’il était “hors de question” de valider un tel poste au Parlement. “Le combat ne fait que commencer”, a-t-il tweeté.

A droite aussi les voix commencent à se lever. Et pas des moindres. Le chef des libéraux Guy Verhoofstadt dit “ne pas comprendre le lien entre migration et protection du mode de vie européen”, tout en pointant la rhétorique d’Orban.

Von der Leyen va sans doute devoir revoir sa copie.

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