Tu n’as rien suivi à l’affaire Fillon? Voici pourquoi elle met en péril sa candidature à la présidentielle

Tu n’as rien suivi à l’affaire Fillon? Voici pourquoi elle met en péril sa candidature à la présidentielle

Tout a démarré mercredi dernier, Le Canard enchaîné révélait que François Fillon, le candidat des Républicains à la présidentielle française, avait engagé à plusieurs reprises sa femme comme “assistante parlementaire”. Un emploi fictif pour beaucoup, qui pose question quant à sa rémunération. Nouvelle révélation hier: Pénélope Fillon a touché non pas 500.000 mais 930.000 euros. Voici pourquoi Fillon se retrouve dans de sales draps.

On assiste sans doute à un tournant majeur de la campagne présidentielle française. Le candidat des Républicains est au centre de plusieurs polémiques suite aux révélations du Canard enchaîné. Six polémiques en tout, rappelle France TV.

François Fillon est premièrement accusé d’avoir engagé son épouse comme assistante parlementaire de manière fictive. Si engager son épouse est une pratique tout à fait légale (mais critiquée), le hic, c’est que personne ne l’a vue au Parlement de près ou de loin durant les trois périodes où elle exercé sa “fonction”. Soit de 1988 à 1990, puis 1998 à 2000 et entre 2012 et 2013.

831.000 euros comme “assistante parlementaire”

Une quatrième période concerne encore son engagement auprès du suppléant de François Fillon, Marc Joulaud, héritier de la circonscription de celui qui sera nommé dans le gouvernement Raffarin, entre 2002 et 2007. Pour cet “emploi fictif”, selon le Canard enchaîné, Pénélope Fillon aurait reçu en tout la somme de 831.000 euros.

Fillon répond en direct au Journal de TF1 le 26 janvier dernier. Sa femme travaille pour lui “depuis toujours, depuis 1981 [et sa] première élection”. “Elle l’a fait bénévolement pendant des années”, précise-t-il. Il l’aurait ensuite engagé suite au départ d’un collaborateur de 1997 à 2013. Des dates qui ne correspondent pas tout à fait aux révélations de ces derniers jours.

100.000 euros pour deux articles

Un malheur n’arrivant jamais seul, un deuxième volet concerne encore son épouse. Il s’agit de sa collaboration avec la Revue des deux mondes. Deux textes en tout et pour tout de 2.500 et 1.000 signes chacun. En plus de quelques conseils stratégiques. La facture? 100.000 euros.

Le directeur à l’époque de la revue fait part de son étonnement dans Le Monde: “À aucun moment (…) je n’ai eu la moindre trace de ce qui pourrait ressembler à un travail de conseiller littéraire”.

Du côté de la défense, François Fillon n’a pas directement évoqué le sujet. C’est le propriétaire de la revue, Marc Ladreit de Lacharrière, qui est venu au secours de l’épouse du candidat à la présidentielle, mais de manière très maladroite. Il décrit Pénélope Fillon comme “une femme intelligente”. “Elle a lu beaucoup de livres” et aurait participé à “une réflexion stratégique informelle”… qui n’a donné lieu à aucune réunion.

Une autre collaboratrice problématique

La Revue des deux mondes revient une deuxième fois dans cette série d’affaires. Le propriétaire de la revue aurait embauché une autre collaboratrice de François Fillon, comme le révélait Mediapart. Une certaine Alexia Demirdjian, une ancienne responsable de la campagne numérique de François Fillon, mais qui n’a laissé aucune trace de sa nouvelle fonction.

Comme souvent François Fillon parle “d’acharnement” de la part de la presse.

Embauche de ses enfants

Les premiers jours qui ont suivi les différentes révélations, la défense de François Fillon était (et reste) quelque peu bancale. En voulant défendre sa femme, l’ancien Premier ministre évoque sur le plateau de TF1, avoir engagé ses deux premiers enfants. C’était lorsqu’il était sénateur entre 2005 et 2007. “Il m’est arrivé de rémunérer, pour des missions précises, deux de mes enfants qui étaient avocats, en raison de leurs compétences”. Or ils ne le sont devenus qu’en 2007 pour Marie Fillon et en 2011 pour Charles.

Ils ont reçu 84.000 euros brut pour “un emploi à plein temps d’attaché parlementaire”, le tout pour des activité “évanescentes”, selon le Canard enchaîné. L’entourage de François Fillon évoque “une imprécision de langage” au JT de TF1.

Des activités troubles de consultant

Il faut ici revenir plus loin en arrière. Le Canard enchaîné, encore lui, révélait que François Fillon avait fondé, entre son départ de Matignon comme Premier ministre et son retour comme parlementaire (mai-juin 2012), une société de consultance: 2F Conseil. Un société plutôt rentable puisque de 2012 à 2015, elle a rapporté à François Fillon la somme de 600.000 euros net, soit 18.000 euros par mois.

Mais il aurait conseillé qui? L’écologiste Yannick Jadot évoque sur BFMTV “des sociétés russes (…). On comprendrait alors la complaisance envers Vladimir Poutine”. Un des collaborateur de François Fillon monte au créneau: “les choses ont été parfaitement transparentes, déclarées au fisc, à la Haute Autorité, chacun peut s’en rendre compte”. Et d’ajouter qu’il n’y avait “rien avec la Russie”.

Des chèques douteux

Une affaire plus complexe ici est révélée par Mediapart. Le candidat à la présidentielle s’est “mis dans la poche une partie des crédits théoriquement réservés à la rémunération d’assistants, grâce à un système de commissions occultes”. En gros, il s’agit d’un système de “ristourne”. Chaque parlementaire dispose d’une enveloppe pour rémunérer ses assistants personnels. Si tout n’a pas été utilisé, le reste doit être reversé au Sénat. Ce qui n’a pas toujours été le cas selon Mediapart qui n’accuse pas directement François Fillon mais qui dénonce un système.

L’argent restant est parfois transféré au groupe politique chargé d’organiser le travail collectif entre élus du même camp. François Fillon aurait bénéficié de ce système: “le sénateur Fillon a bien bénéficié de ce mécanisme clandestin de captation de fonds publics au cours de son mandat”, écrit Mediapart. Le Journal du dimanche va plus loin et chiffre ces chèques à un montant total de 21.000 euros. Pas de commentaire dans le camp Fillon, “sur une affaire judiciaire en cours qui ne concerne pas directement François Fillon”.

Et maintenant?

Au delà de la tempête médiatique, c’est maintenant la justice qui tente de faire la lumière sur toutes ces affaires. Des perquisitions ont eu lieu dans les bureaux de l’ancien Premier ministre, qui s’est lui même défendu en s’expliquant devant les enquêteurs et tentant d’apporter des preuves du travail d’assistante parlementaire de son épouse.

Bref, un terrible coup pour le candidat à la présidentielle, qui, durant la primaire de la droite, a joué les chevaliers blancs, se voulant d’une totale transparence. La presse n’hésite plus à parler d’une nouvelle affaire Cahuzac et évoque même un “plan B”. Pour beaucoup, sa chute parait inévitable.

Du coup, certains spéculent déjà sur un possible remplaçant. Alain Juppé a décliné poliment l’invitation et on imagine mal un retour de Nicolas Sarkozy. Au centre, François Bayrou y verra peut-être une opportunité. Il devrait annoncer sa candidature dans pas très longtemps alors qu’elle était encore incertaine ces derniers jours.

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