Tout ce qu’il faut savoir sur l’armée de l’espace que Macron prévoit pour 2030

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Depuis le 13 juillet, les ambitions spatiales militaires françaises se précisent. On te dit tout ce à quoi il faut s’attendre vis à vis de la conquête de l’espace à la française, et ce que ça veut dire pour les relations internationales – ou plutôt intersidérales.

Pleine entrée dans le futur. Nous sommes en 2030, et au loin on voit un vaisseau spatial débarquer des cieux. Peut-être quelqu’un en débarque avec un sabre laser à la ceinture. L’un d’entre eux semble réservé à un avenir sombre. Il a une baguette sous le bras, un badge En Marche et porte un béret.

Bon, on s’emballe. L’armée française spatiale prévue pour 2030 par Emmanuel Macron ne promet pas des combats inter-vaisseaux et des assemblées générales à base d’hologrammes.

Macron a annoncé ce 13 juillet, alors que Franky Zapata s’apprêtait le lendemain à créer l’effervescence autour de son Flyboard, que la France renforcera sa “connaissance de la situation spatiale” et protégera mieux ses satellites, “y compris de manière active”.

Grand commandement de l’espace

Au programme: la création d’un “grand commandement de l’espace” compris dans l’armée de l’air, qui se transformera en armée de l’Air et de l’Espace. Il sera installé à Toulouse, là où l’aérospatial français se concentre déjà.

Florence Parly, ministre des armées – EPA-EFE/WAEL HAMZEH

Le rôle de ce commandement sera de contrôler de manière plus efficace les satellites français et augmenter la surveillance de l’espace. Concrètement, la France veut “pouvoir détecter et attribuer les actes suspects, inamicaux voire hostiles” aux satellites militaires français et leurs intérêts spatiaux, comme l’a déclaré Florence Parly, ministre des Armées.

Louch-Olympe versus Athena Fidus

Une réaction à un nouveau genre de conflit, basé sur l’espionnage des satellites. L’événement le plus notoire et le plus récent dont on ait eu connaissance, c’est Louch-Olympe, satellite russe qui aurait, en 2017, tenté d’espionner un satellite franco-italien nommé Athena Fidus. Florence Parly elle-même en parlait en septembre dernier lors d’une conférence de presse organisée au Centre national des études spatiales de Toulouse.

“Alors qu’Athena Fidus continuait sa rotation au dessus de la terre, un satellite s’est approché de lui. De près. D’un peu trop près. De tellement près qu’on aurait pu croire qu’il tentait de capter nos communications. Tenter d’écouter ses voisins, ce n’est pas seulement inamical, cela s’appelle un acte d’espionnage”, a ainsi accusé la ministre.

Il faut savoir qu’Athena-Fidus est au service des télécommunications des armées françaises et italiennes ainsi qu’aux services de sécurité civile des deux pays. De quoi créer quelques petites tensions entre la France et la Russie.

Ainsi, la question de la sécurité de l’espace s’est confirmée. Aujourd’hui, la nouvelle d’une armée de l’espace française fait du bruit à l’internationale. 700 millions d’euros du budget du ministère de l’armée va être assigné à cette sécurisation spatiale, et il a été annoncé que 3,6 milliards d’euros, consacrés à l’espace dans la loi de programmation militaire seront dépensés d’ici 2025.

Lasers et mitrailleuses

Les nouveautés techniques comprendront des lasers capables d’éblouir les satellites des adversaires: “Nous nous réservons le moment et les moyens de la riposte: cela pourra impliquer l’emploi de lasers de puissance déployés depuis nos satellites”, a déclaré Florence Parly. Il est aussi question de “mitrailleuses à même de casser les panneaux solaires d’un satellite à l’approche”.

À partir de 2023, des nano-satellites patrouilleurs, capables de repérer les tentatives d’espionnage, seront déployés à travers l’espace. La liste des nouveautés se poursuit avec des caméras installées sur les satellites de télécommunications militaires Syracuse, une modernisation du radar de surveillance spatiale GRAVES, et une densification du réseau français de téléscopes Tarot.

La France ne sera pas toute seule dans son aventure spatiale: la ministre souhaite également faire en sorte que la conquête spatiale soit européenne, et qu’il y ait un partage de connaissance entre les différents partenaires européens, en particulier l’Allemagne.

La guerre (froide) des étoiles se profile

Lasers, mitrailleuses, satellites patrouilleurs… La guerre des étoiles, sans vaisseaux spatiaux mais pétris d’espionnage des télécommunications, semble se profiler pour la France, qui va rejoindre le club de ceux qui se penchent sérieusement sur la question de la conquête spatiale.

“L’espace est un domaine majeur dans lequel il pourrait y avoir à terme des confrontations”, avait déclaré Florence Parly en juin 2018, alors que Donald Trump lançait lui aussi l’idée d’une armée de l’espace dans l’idée de poursuivre la domination américaine sur l’empire intersidéral.

Toutes ces annonces risquent d’avoir un impact concret sur le Comité des Nations unies pour l’utilisation pacifique de l’espace extra-atmosphérique. En 1967, un traité entrait en vigueur pour garantir une liberté d’accès à l’espace extra-atmosphérique, sans que personne ne puisse se l’approprier, l’interdiction d’installer ou de stocker toute armée de destruction massive sur l’orbite de la Terre ou tout corps céleste, l’utilisation non-guerrière de la Lune, l’aide aux astronautes quelle que soit leur nationalité, et enfin une soumission des états au droit international, même dans l’espace.

À l’époque, la guerre froide battait son plein et on découvrait à peine la conquête de l’espace. Aujourd’hui, on essaie concrètement de s’approprier l’espace, parce que la technologie le permet. Entre Etats-Unis, Chine et Russie, pas sûr que la France réussisse à faire sa place au sein des géants du vide intersidéral. La défensive est pour l’instant maître-mot de la future armée de l’espace française. La start-up nation, vers l’infini et l’au-delà?

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