Tips & tricks pour ne pas devenir une victime potentielle: le thread qui passe mal après l’assassinat de Julie van Espen

Tips & tricks pour ne pas devenir une victime potentielle: le thread qui passe mal après l’assassinat de Julie van Espen

En réaction au meurtre de Julie van Espen, un thread twitter donne des recommandations aux femmes pour ne pas devenir une victime potentielle. Et ça ne passe pas.

L’assassinat de Julie van Espen a fait la Une de l’actualité ces derniers jours. Cette étudiante flamande de 23 ans avait été portée disparue samedi soir, alors qu’elle se rendait à Anvers à vélo pour retrouver des amies. Ce lundi, son corps sans vie a été retrouvé dans le canal Albert à Merksem. Un assassinat qui a fait peser le deuil sur l’université d’Anvers, où elle réalisait ses études.

À l’annonce du décès, les réactions se sont multipliées, pour témoigner colère, tristesse, et compassion envers les proches de Julie. Une réaction suscite cependant un houleux débat. Sur Twitter, la tension est palpable après qu’un jeune inspecteur anversois, du moins c’est ce qu’indique ses réseaux sociaux, ait décidé ce mardi de créer un thread composé de tips & tricks pour “ne pas devenir une victime potentielle”, à destination des femmes.

En vingt-cinq tweets, il conseille par exemple de ne pas porter de tresses (qui s’attrapent facilement et font de vous une cible) ou d’éviter les parkings souterrains. Ces recommandations sont agrémentées de quelques techniques de self-défense, que l’on soit dans une voiture, en train de serrer la main à quelqu’un, ou encore lorsqu’une femme se retrouve face à quelqu’un qui serait plus fort qu’elle. En conclusion du fil, il demande aux hommes de ne pas laisser leurs amie(s) rentrer seule(s).


UN THREAD:

Conseils et astuces pour toutes les femmes aux alentours, après la disparition de la jeune fille..

C’est notre travail de vous garantir la sécurité, prenez ces [conseils et astuces] avec vous à l’avenir svp <3

Conseiller les potentielles victimes au lieu d’éduquer les potentiels agresseurs

Outre une démarche pas très délicate au lendemain de la découverte d’un décès, ce thread pavé de “bonnes intentions” pose problème. Premièrement, il s’agit encore une fois de donner des conseils aux femmes, potentielles victimes, plutôt que d’essayer d’éduquer les potentiels agresseurs à ne pas violer ou à ne pas tuer.

Ce genre de conseils, de plus, une femme les connait. Les phrases comme “ne rentre pas seule chez toi”, “connais le numéro de la police”, “balade toi avec un déo dans ton sac pour remplacer une bombe au poivre”, “prends des cours de self-défense”… accompagnent souvent l’arrivée dans l’adolescence d’une femme. Voire plus tôt. Ces phrases cependant, aussi bien intentionnées puissent-elles paraître, renforcent l’idée que c’est à la victime de faire attention, plutôt qu’à l’agresseur de ne pas vouloir tuer ou violer.

Après #MeToo, la peur a-t-elle réellement changé de camp?

L’autre pendant négatif de ce genre de paroles, c’est encourager les potentielles victimes, majoritairement des femmes, à vivre dans la peur constante. En étant une femme, on apprend dès le plus jeune âge à se méfier de l’inconnu, à ne pas se montrer trop avenante, à faire “attention à soi”. On aurait espéré qu’avec #MeToo et toutes les protestations et mises en lumière de ces dernières années, la peur ait changé de camp. Qu’elle soit passée de la victime à l’agresseur. Apparemment, ce n’est pas encore le cas.

C’est d’ailleurs ce que beaucoup reprochent à l’auteur de ce thread. Alors que son tweet originel dépasse les 1000 reposts, les réactions pleuvent. Certains saluent la démarche, qui encore une fois peut sembler bienveillante, mais beaucoup reprochent le manque de considération envers les victimes qu’un représentant des forces de l’ordre, qui plus est, porte en écrivant ces conseils.


Réponse de @pizzarabbits:

Est-ce que c’est réellement une vie de toujours devoir être alerte et de devoir passer en revue sa tenue pour être sûre qu’on ne sera pas violée? ? En général, la plupart des femmes sont violées par des hommes qu’elles connaissent/qu’elles fréquentent, pas par des inconnus dans la rue…


Une culpabilisation qui va jusqu’au bureau de police

L’auteur s’est excusé, sans pour autant supprimer son thread. Il n’est cependant qu’un symptôme du problème de société que représente la culpabilisation de la victime dans le cadre d’un viol ou d’un meurtre. Une culpabilisation qui peut se retrouver jusqu’au bureau de police.

En janvier 2014, une enquête de l’institut Dedicated, encadrée par Amnesty International et SOS Viol, rapportait que sur un échantillon de 910 victimes belges de violences sexuelles graves interrogées, seules 16% avaient porté plainte à la police. Outre ce chiffre, l’enquête rapportait également que sur les personnes qui avaient entamé des démarches, 23% s’étaient senties seules, 18% incomprises,10% dans une situation d’insécurité et 7% ont rapporté que leur situation avait empiré. Au total, 58% de mauvaises expériences.

La Belgique a décidé ce 3 mai dernier de mettre en place un meilleur encadrement des dossiers de viol (dont la moitié ont été classés sans suite entre 2010 et 2017) au niveau pénal. On parle de législatif ici, mais au niveau judiciaire et sur le terrain, des associations réclament une meilleure formation des policiers vis à vis des victimes de viol, pour empêcher les traumas de s’empirer au moment de porter plainte. Ce thread pourra peut-être avoir le mérite de redonner de la visibilité à cette thématique.

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