Tensions au sein de Youth For Climate: Kyra Gantois claque la porte

Avec Anuna De Wever, Kyra Gantois a été l’initiatrice des grèves pour le climat en Belgique. En est ressorti un mouvement qui tente maintenant de mettre la question écologique au centre des débats et de faire pression sur nos décideurs : Youth For Climate. Vivant dans l’ombre de la figure médiatique qu’est Anuna De Wever, Kyra Gantois quitte le mouvement et s’en explique sur les réseaux sociaux. “Les gens qui ont leur propre opinion n’ont pas leur place là bas.”

Janvier 2019. La Belgique se découvre une jeunesse mobilisée pour la cause climatique. S’il en faut beaucoup pour mettre les Belges dans la rue, les rapports du Giec qui s’enchaînent et l’inaction de nos décideurs provoquent un mouvement citoyen sans précédent. Ils sont des milliers à se mobiliser chaque semaine.

Mais comme tout mouvement, Youth For Climate doit faire face à la critique. Avec la N-VA et le Vlaams Belang en première ligne, entre climato-réalisme et climato-scepticisme. Le mouvement est accusé de pencher à gauche. Ses figures, à l’instar de Greta Thunberg à l’échelle du globe, sont moquées. “Pourquoi se ferait-on dicter la loi par des ados?”

Et puis tout a dérapé. C’était lors du festival Pukkelpop il y a une dizaine de jours. Huée sur scène par une partie du public, Anuna De Wever a reçu des menaces de mort ainsi que de l’urine sur sa tente. En réponse, le festival allait prendre une décision critiquée: le retrait des drapeaux flamands au lion noir.

Mise de côté

Comme une goutte qui a fait déborder le vase, Kyra Gantois explique sur les réseaux sociaux que les antagonismes entre les deux initiatrices du mouvement étaient bien plus profonds.

Pas directement invitée au Pukkelpop, Kyra Gantois est accusée d’avoir des sympathies pour le Vlaams Belang. Faux, rétorque-t-elle: “Je ne suis en faveur d’aucun parti, mais je n’étais pas d’accord avec le retrait des drapeaux”. Elle avait d’ailleurs écrit un tweet pour dénoncer cette mesure suite à l’énorme polémique.

Mais au-delà de cette décision, Gantois a toujours eu l’impression de vivre dans l’ombre de De Wever et a clairement le sentiment d’avoir été mise de côté: “Nous nous sommes rapidement affrontées et ce n’est jamais facile, car les membres du noyau (de YFC) ont eu le sentiment de devoir choisir, ce qui n’est simple pour personne”.

Mais Gantois continue de travailler dans l’ombre, notamment en essayant d’organiser un festival. Pris de court, le projet a été avorté et Gantois fut critiquée au sein du mouvement pour cela. Petit à petit, elle a le sentiment qu’elle ne peut plus s’exprimer au sein du mouvement YFC.

Preuve de cette séparation, Gantois n’a pas été invitée à participer à la traversée de l’Atlantique en voilier jusqu’au Chili où sera organisé le prochain sommet pour le climat: “Non, je ne suis pas autorisée à venir. Je dois tirer le mouvement en Belgique, mais je ne peux plus entrer dans les médias”, écrit-elle.

Divisions politiques

Elle explique enfin avoir été privée d’accès à la mailbox du mouvement, tout comme aux différents réseaux sociaux. Tout le trafic de l’information passait par Anuna De Wever. Une situation qui l’a amenée à prendre une décision radicale: “Je ne vais pas me faire des amis avec ça. C’est tout sauf de la jalousie pour Anuna, mais je suis fatiguée d’être traitée comme un déchet. J’ai le sentiment d’être réprimée de tous les côtés et que ma bouche doit être fermée”.

Kyra Gantois insiste: “Ce n’est pas une attaque personnelle contre Anuna”, mais son histoire avec Youth For Climate est clairement terminée, même si elle compte toujours se mobiliser pour la cause climatique: “Vous me verrez à nous aux marches (pour le climat).”

Cette dispute en interne en rappelle une autre. Il y a plusieurs jours, le mouvement francophone Génération Climat reprochait à Youth For Climate son rapprochement avec des partis comme la N-VA et le Vlaams Belang, ainsi qu’avec le milieu des entreprises (Sign For My Future). Anuna de Wever avait dû publiquement réagir considérant que ses propos avaient été mal interprétés, mais aussi en expliquant que le mouvement n’avait pas besoin de divisions en interne.

Il semble que cet objectif soit manqué.

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