Reynders (MR) est en mauvaise posture après la débâcle avec les Saoudiens, et le Kazakhgate est toujours dans ses pattes

Reynders (MR) est en mauvaise posture après la débâcle avec les Saoudiens, et le Kazakhgate est toujours dans ses pattes

Au départ, il “n’était pas au courant”. Ensuite, ça s’est transformé par un: “il n’était pas personnellement au courant” au contraire de son cabinet. Le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders a essayé d’échapper à sa responsabilité par rapport au soutien de la Belgique à l’Arabie saoudite. Un soutien qui s’est fait dans le cadre de l’intégration de l’Arabie saoudite au sein de la commission de l’ONU pour le droit des femmes. Cette demi-vérité le place dans une situation délicate, et ce n’est pas la première fois.

Charles Michel a placé Didier Reynders (son rival au sein du MR depuis toujours) dans une situation inconfortable hier à la Chambre, en spécifiant que le cabinet de Reynders était au courant “quelques heures avant le vote”. Pourtant, moins de 24 heures avant, le ministre de Affaires étrangères avait déclaré au sein du même parlement “que son gouvernement n’avait pas été du tout mis au courant de l’attitude de la Belgique aux Nations Unies”.

“Démission”

Cette demi-vérité n’a pas du tout fait rire l’opposition. Le PS se pose la question d’une “éventuelle démission”, tandis que Groen et Ecolo appellent à redéfinir nos relations diplomatiques avec l’Arabie saoudite. Les Verts veulent qu’une résolution soit votée en ce sens en Commission des Relations extérieures de la Chambre, comme l’a déclaré Benoit Hellings, député fédéral Ecolo.

Le vote en faveur de l’Arabie saoudite pour son intégration au sein de la Commission du droit des femmes des Nations Unies a vraiment du mal à passer. Les excuses de Charles Michel, qui a reconnu “l’erreur”, n’y font rien. Il faut dire que l’Arabie saoudite a un sacré palmarès concernant le droit des femmes: elle ne peuvent ni travailler, conduire, gérer leur propre argent ou même voter sans le consentement d’un tuteur masculin.

Mais rien y fait, la Belgique veut intégrer le Conseil de sécurité de l’ONU pour 2019-2020, donc l’ambassadeur Marc Pecsteen a décidé de voter en faveur de l’Arabie saoudite (et de douze autres États).

L’ancien chef de cabinet de Reynders

Pecsteen connait plutôt bien Reynders: l’année dernière, c’était encore son chef de cabinet. On imagine donc que les deux hommes sont en contact régulier.

Charles Michel n’a en tout cas pas aidé son ministre au Parlement: tout en regrettant le soutien à l’Arabie Saoudite, le premier ministre a laissé entendre que le cabinet de Reynders était au courant. Or, un ministre est responsable de son cabinet. Quand un cabinet est mis au courant, son ministre aussi, logiquement.

Après le PS et Ecolo, c’est au tour d’Olivier Maingain et du PTB de lui tomber dessus: le président de DéFi a déclaré que le “temps des responsabilités est ouvert”, tandis que Raoul Hedebouw s’en prend directement à Didier Reynders et demande un “un vrai débat”.

Le ministre des Affaires étrangères peut s’attendre à une foule de questions en Commission le 2 mai prochain.

La confirmation d’Ecolo

Ecolo vient en tout cas de confirmer que le cabinet de Reynders savait. C’est en tout cas ce que prouverait un document dont disposent les Verts. Il s’agit en fait d’un échange d’emails entre l’administration de Reynders et la représentation belge à l’ONU.

Selon Ecolo toujours, voici ce qui figure dans ce document:

  • “Le Cabinet Reynders a formellement donné son feu vert au vote pour l’Arabie saoudite. (…) L’équipe Reynders demande même aux diplomates d’informer les candidats concernés du soutien belge lors du scrutin.
  • Si Charles Michel parlait de “quelques heures” entre la prise d’information et la décision, il apparaît qu’il s’agit de 9 heures en tout.
  • Dans un extrait de procès verbal d’une réunion du SPF Affaires étrangères, l’administration se plaint clairement de la façon dont les ministres MR (Reynders et Michel) ont communiqué.

En conséquence, Jean-Marc Nollet, chef de file à la Chambre, veut une clarification du Premier ministre: “Cette affaire concerne désormais le Premier Ministre. Soit Didier Reynders l’a mal informé, soit Charles Michel a caché quelque chose aux Députés hier. Le Ministre Reynders a eu toute une journée pour décider du positionnement de la Belgique lors du vote en question, pas quelques heures comme prétendu hier. Le Premier Ministre doit clarifier sa position. Que savait-il exactement et quand l’a-t-il su ? Nos diplomates ont appliqué des ordres formels et ne doivent pas servir de fusible pour couvrir leur Ministre.”

Et puis le Kazakhgate…

Et Didier Reynders n’est pas au bout de ses peines. Un autre dossier brûlant le concerne directement: le Kazakhgate . Parce que son nom revient de plus en plus souvent dans ce qu’on peut appeler maintenant une affaire d’État.

Médor, Paris-Match et le Vif ont successivement révélé l’implication directe du ministre des Affaires étrangère dans le dossier Patokh Chodiev (dont la condamnation a été favorisée via une transaction financière. Une transaction possible grâce à une loi votée un peu plus tôt).

Dans des documents que s’est procurée la RTBF, Didier Reynders dément: “Je n’ai eu aucun contact avec les personnes évoquées dans votre troisième question ni avec celles reprises dans votre quatrième question à propos du dossier ‘Patokh Chodiev'”. La troisième question fait ici référence au contact entre les autorités belges (Armand De Decker) et les autorités françaises (Claude Guéant, ministre de Sarkozy, et l’avocate Degoul).

Toujours est-il que Didier Reynders devra s’en expliquer en personne en commission d’enquête parlementaire sur “la transaction pénale”. Quand on vous disait que Didier Reynders était dans une position délicate…

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