Réélection certaine de Poutine, boycott et fraudes: voici tout ce qu’il faut savoir sur les élections russes

Réélection certaine de Poutine, boycott et fraudes: voici tout ce qu’il faut savoir sur les élections russes

C’est le grand jour en Russie, ce dimanche ont lieu les élections présidentielles. Les bureaux de vote ont ouvert leurs portes à 8 heures ce matin (6h en Belgique). Comme tous les six ans, les Russes vont donc décider qui ils veulent voir à la tête de leur pays. Mais il n’y aura, à coup sûr, pas de grandes surprises. Voici tout ce qu’il faut savoir sur cette journée.

La première chose à savoir sur les élections présidentielles russes est le nombre de candidats qui se présentent. Sans surprise, il y a tout d’abord le président sortant Vladimir Poutine, qui s’est inscrit comme candidat indépendant sous les couleurs du parti au pouvoir, Russie unie (centre droit).

Face à lui, sept candidats: six hommes et une femme. Pavel Groudinine (du Parti communiste de la Fédération de Russie), Vladimir Jirinovski (du Parti libéral-démocrate de Russie – extrême-droite, LDPR), Ksenia Sobtchak (candidate libérale protestataire anti-Poutine), Grigori Iavlinski (du parti démocrate libéral, Labloko), Boris Titov (du Parti de la Croissance, libéral et conservateur), Maxime Souraïkine (du parti des Communistes de Russie) et Sergueï Babourine (de l’Union du peuple russe, parti conservateur).

Poutine, grand favori

Mais c’est presque à coup sûr Vladimir Poutine qui sera réélu. Étant encore une fois le grand favori, l’homme fort de la Russie n’a d’ailleurs presque pas fait campagne. Au pouvoir depuis 1999, il entamera son quatrième mandat, s’il passe au premier tour. Si, par contre, il (ou un autre candidat) n’obtient pas la majorité absolue des voix, un second tour sera organisé trois semaines plus tard, soit le 8 avril.

C’est toutefois peu probable, la tendance se dessinant déjà fortement en faveur du chef du Kremlin. À en croire les chiffres du sondage du 4 mars effectué par l’institut VTsIOM (proche du pouvoir), Poutine caracole en tête avec 69,7 % d’intentions de vote. Ce qui est plus encore que son score aux dernières élections présidentielles de 2012, où il a tout de même raflé 63,6 % des voix. Les autres candidats sont loin derrière: 7,1 % pour Pavel Groudinine, 5,6 % pour Vladimir Jirinovski, 1,1 % pour Ksenia Sobtchak, 1 % pour Grigori Iavlinski, 0,3 % pour Boris Titov, 0,3 % pour Maxime Souraïkine et 0,2 % pour Sergueï Babourine.

epa

Taux de participation, le principal challenge

Le principal enjeu de ces élections sera plutôt le taux de participation. Au 1er janvier, 108.968.869 électeurs (sur une population totale de plus de 146 millions) et près de 1,9 million de ressortissants russes à l’étranger se sont inscrits sur les listes, mais il n’est pas dit que tout le monde se déplacera. Seuls 58 % des Russes se disent d’ailleurs prêts à se rendre aux urnes, selon un sondage réalisé en décembre par le centre analytique indépendant Levada.

Le niveau de vie se détériore, la campagne n’a pas été très animée… Mais surtout, l’ennemi numéro un du Kremlin, Alexeï Navalny, a appelé la population à boycotter ces élections. Écarté du scrutin en raison de condamnations judiciaires, qu’il qualifie d’orchestrée par les autorités russes, il a lancé à ses partisans une grève du vote. À voir qui rejoindra le mouvement.

En outre, la date de ce scrutin n’a pas été choisie au hasard, puisque ce 18 mars marque, jour pour jour, le 4e anniversaire de l’annexion de la Crimée par la Russie. Si les électeurs de la péninsule participent pour la première fois aux élections présidentielles russes, l’Ukraine a, de son côté, décidé de bloquer le vote de ses ressortissants russes en guise de protestation.

Fraudes à gogo

Enfin, un dernier challenge de ce scrutin a trait aux fraudes. Lors des précédentes élections, l’ONG Golos a dénoncé à maintes reprises différentes techniques de fraude visant à influencer les résultats. Par exemple, la formation de commissions électorales régionales soumises aux autorités locales, ou encore la technique du “carrousel”, où des groupes d’électeurs sont acheminés en bus d’un bureau de vote à l’autre pour voter plusieurs fois en échange de paiements. Au moment de l’ouverture des bureaux de vote, il n’est pas rare non plus de voir des centaines de bulletins déjà déposés, ce que l’on appelle la technique du “bourrage” d’urnes. Un autre outil utilisé est l’encre effaçable: les cases cochées sur les bulletins disparaissent alors après quelques minutes, laissant à un autre électeur la liberté de voter sur le même bulletin.

Suite aux importantes manifestations pour dénoncer les fraudes aux élections de 2012, le président russe avait fait installé des web-caméras de surveillance dans tous les bureaux de vote. Mais le souci, c’est qu’il y a bien des choses que les caméras ne peuvent filmer, comme le dépouillement des bulletins, le décompte et l’enregistrement des résultats, dans quelles conditions et qui y a accès. Ce sera donc aux observateurs bénévoles déployés dans tout le pays d’enregistrer tous les faux pas possibles.

La journée sera longue, puisque les résultats ne sont pas attendus avant 18 h (heure belge), heure à laquelle les derniers bureaux fermeront leurs portes.

epa

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