Reconnu coupable à Londres d’avoir violé sa liberté provisoire, Julien Assange risque désormais l’extradition aux USA

Reconnu coupable à Londres d’avoir violé sa liberté provisoire, Julien Assange risque désormais l’extradition aux USA

La justice britannique n’a pas trainé pour reconnaître Julien Assange, arrêté ce jeudi à l’ambassade d’Equateur, coupable d’avoir violé sa liberté conditionnelle, un délit passible d’un an de prison. Mais c’est le cadet de ses soucis car il risque désormais l’extradition aux États-Unis où il pourrait être envoyé en prison pendant 5 ans pour piratage informatique. 

À peine arrêté jeudi matin, Julien Assange a déjà comparu devant le tribunal de Westminster et il a été reconnu coupable d’avoir violé les conditions de sa liberté provisoire, un délit passible d’un an de prison. Pour rappel, il a été arrêté à l’ambassade équatorienne située à Londres en vertu d’un mandat d’arrêt délivré en 2012 à son encontre pour non-présentation au tribunal, et d’une “demande d’extradition américaine”, selon la police britannique.

Pour l’instant, l’Australien de 47 ans n’est pas encore certain d’être extradé chez l’Oncle Sam. Une audience aura lieu le 2 mai prochain pour décider de son sort. Par contre, le tribunal de Westminster n’a pas encore donné la sentence promise au fondateur de WikiLeaks mais cela ne saurait tarder. En tout cas, l’homme, qui semble très diminué physiquement après des années enfermé dans son ambassade, n’a pas fait fort impression devant la juge Emma Arbuthnot qui a estimé qu’il était un “narcissique incapable de voir au-delà de son propre intérêt”.

Piratage informatique

Si Julien Assange est bel et bien envoyé aux États-Unis, que risque-t-il concrètement? En fait, il est inculpé pour association de malfaiteurs en vue de commettre un piratage informatique, c’est ce qu’a révélé le ministère de la Justice américain. Si Assange est bel et bien extradé et qu’il comparait devant un tribunal américain, il risquerait jusqu’à 5 ans de prison.

Rappelons rapidement les faits. En 2010, il rencontre Chelsea Manning, l’ancienne analyste de l’armée américaine. Elle propose à Assange de lui transmettre une montagne de documents confidentiels issus de la diplomatie et de l’armée américaine. Assange accepte, mais pour avoir accès à ses documents, le duo va avoir besoin des talents de hacker de l’Australien. Ensemble, ils piratent donc un ordinateur de l’armée pour récupérer tous ces documents. C’est pour ce petit complot qu’Assange risque la prison. Chelsea Manning de son côté a été reconnue coupable de trahison et a écopé d’une peine de prison de 35 ans.

Au final, Assange s’en sort plutôt bien car il évite le chef d’accusation d’espionnage qui lui aurait valu de rester des dizaines d’années en cellule. Mais en fait, il est très probable que les USA utilisent le chef d’accusation de piratage informatique pour obtenir son extradition pour ensuite rajouter des chefs d’accusation pour obtenir une peine d’emprisonnement bien plus longue.

Mobilisation

En tout cas, Assange peut compter sur le soutien d’énormément de personnes à travers le monde, des gens lambda mais aussi des personnes importantes et influentes. Tout d’abord, il y a évidemment le soutien de WikiLeaks qui affirme que l’Équateur a “illégalement mis fin à l’asile politique accordé à Julian Assange, en violation du droit international”. Assange peut aussi compter sur le soutien de Moscou car le fondateur de WikiLeaks entretient de bonnes relations avec la Russie. C’est d’ailleurs lui qui avait permis à Edward Snowden de se réfugier à Moscou. Bref, la Russie a accusé Londres “d’étrangler la liberté”.

Aussi, Assange bénéficie du soutien de l’ancien président de l’Équateur, Rafael Correa, qui a qualifié son successeur Lenin Moreno de traitre. L’ambassadeur équatorien Jaime Marchan s’est défendu à ce propos: “Il n’a respecté aucune de ses obligations et cela a obligé l’Équateur à mettre en vigueur en octobre dernier un protocole spécial sur la cohabitation dans une ambassade (…), il a continué à enfreindre ce protocole.”

Trump perd la mémoire

Quoi qu’il en soit, des pétitions se lancent un peu partout dans le monde pour qu’Assange ne soit pas extradé aux USA. Ses partisans avancent qu’il a rendu service au monde entier “en rendant compte des crimes des crimes de guerre américains, de l’espionnage de leurs alliés, et d’autres secrets peu reluisants des organisations, entreprises et régimes les plus puissants de la planète.” De son côté, la rapporteure de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, Agnès Callamard, s’en est prise à l’Équateur, l’accusant de faire courir à Assange “un risque réel de graves violations de ses droits fondamentaux”.

Par contre, cela n’a pas l’air d’intéresser Donald Trump qui a déclaré du fond de son bureau ovale qu’il ne savait rien sur WikiLeaks. “Ce n’est pas mon truc” a-t-il déclaré devant les journalistes. Il faut préciser que le président américain avait déclaré pendant la campagne présidentielle aimer WikiLeaks. Mais ce qui arrive à Assange en ce moment ne fait pas trop son affaire.

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