Pourquoi l’Espagne a-t-elle été la cible de Daesh? Voici quelques explications pour comprendre ce terrible attentat

Pourquoi l’Espagne a-t-elle été la cible de Daesh? Voici quelques explications pour comprendre ce terrible attentat

Alors que les dernières attaques de l’État islamique ont concerné Londres, Paris et Nice, Bruxelles ou Berlin, c’est une ville espagnole qui a cette fois été touchée. En effet, deux attaques à la voiture bélier ont été perpétrées à Barcelone et à Cambrils, une autre ville catalane. Mais comment expliquer ce changement de cible des terroristes? Voici quelques éléments de réponse.

Revenons, tout d’abord, sur les tragiques événements de ce jeudi. Peu avant 17 heures, un van fonce sur la grosse artère touristique de las Ramblas, en plein Barcelone. Bilan: 13 morts (dont une Belge). Dans la nuit, peu après 2 heures, une deuxième attaque à la voiture bélier survient à Cambrils, une autre destination touristique de Catalogne. Cette fois, 7 personnes sont blessées dont une femme qui décède quelques heures plus tard. Ce qui porte le bilan total à 14 victimes et 130 blessés.

Première attaque à la voiture bélier en Espagne

Si l’on se souvient des dernières attaques du même genre, c’était pourtant Londres, la France, l’Allemagne et la Belgique qui étaient les plus touchées. Rappelons brièvement l’attentat de Nice le 14 juillet 2016 où 86 personnes ont perdu la vie le jour de la fête nationale française. Celui de Berlin le 19 décembre 2016 où 12 personnes sont décédées. Londres le 22 mars 2017 où quatre personnes ont été tuées sur le pont de Westminster et un policier poignardé à mort. Et puis, à nouveau Londres le 3 juin 2017 sur le London Bridge et dans le quartier animé de Borough Market, faisant huit morts. Ajoutons encore la Suède le 7 avril 2017 où cinq personnes ont été tuées sur Drottninggatan, une rue piétonne très fréquentée de Stockholm. Tous ces attentats avaient deux points en commun: la revendication par Daesh et la voiture bélier (une arme facile et peu coûteuse). Mais l’Espagne n’avait jamais connu pareil incident, jusqu’à hier.

Alors pourquoi maintenant? Un premier élément de réponse nous est apporté par Marc Trevidic, un ancien juge antiterroriste français. Selon lui, « il y a des liens importants depuis les années ’90 entre des djihadistes à Barcelone et les réseaux belges, simplement parce que la Belgique a une structure terroriste qui est elle aussi marocaine », a-t-il avancé sur les ondes d’Europe 1 ce vendredi matin. De nombreux réseaux terroristes en Europe seraient donc interconnectés. C’était déjà le cas avec les attentats de Paris (13 novembre 2015) et de Bruxelles (22 mars 2016), où il s’est avéré qu’une même cellule avait commandité les deux.

En outre, Barcelone avait déjà été pointé dangereusement du doigt. Tout d’abord, en 2016 où un rapport du Real Instituto Elcano, un think tank espagnol, affirmait que « la région métropolitaine de Barcelone est le principal foyer du terrorisme djihadiste en Espagne », dans des propos repris par Le Soir. Ensuite, il y a deux mois, lorsque la CIA a mis en garde la police locale contre un possible attentat dans la capitale catalane, indique de son côté le journal espagnol El Periodico. L’agence de renseignement américain avait même mis l’accent sur la Rambla.

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« Ce n’est pas un hasard »

Il faut également prendre en compte le fait que la capitale catalane est l’une des destinations favorites pour les vacances d’été et autre city-trip. Or, c’est précisément les touristes que les terroristes islamistes semblent cibler en priorité, en attestent les lieux précédemment visés (la capitale du Royaume-Uni, le marché de Noël de Berlin, les feux d’artifice du 14 juillet à Nice, la salle de concert de Manchester où Ariana Grande donnait un concert fin mai, ou encore les rues commerçantes bondées).

La logique étant toujours la même: « faire le plus de victimes possible pour marquer les esprits », rappelle à BFMTV le journaliste Michaël Prazan, qui est également l’auteur d’Une Histoire du Terrorisme. Il ajoute que « ce n’est pas un hasard que l’Espagne soit ciblée ». Parce que c’est avant tout un pays très symbolique pour les islamistes. Ainsi, « en l’an 1000, une grande partie de l’Espagne faisait partie du califat des Omeyyades [ndlr: ancienne dynastie arabe de califes qui gouverne le monde musulman de 661 à 750] », explique-t-il. Or, Daesh a également pour but de frapper des territoires repris par les chrétiens pour les reconquérir à nouveau. D’ailleurs, « à la tête de ces groupes, que ce soit Al-Qaïda ou Daesh, il y a des savants islamiques qui ont la mémoire du temps long », appuie-t-il encore.

De nombreux attentats probables déjoués

L’Espagne est donc, selon le journaliste et écrivain, « habitué à être une cible du terrorisme international ». Rappelons d’ailleurs que ce n’est pas le premier attentat en date dans le pays: le 11 mars 2004, plusieurs bombes explosaient dans des trains à Madrid, tuant 191 personnes et blessant 1.900 autres. Revendiqué par Al-Qaïda, cet acte terroriste reste encore aujourd’hui le plus meurtrier d’Europe.

Sans compter tous les attentats probables qui ont pu être déjoués par les autorités espagnoles. Fin décembre 2016, la police a arrêté deux djihadistes à Madrid, sur la Puerta Del Sol, où des munitions et des armes ont aussi été saisies. Le 25 avril dernier, plusieurs personnes ont été arrêtées à Barcelone lors d’une large opération antiterroriste menée de concert avec la police belge. Cet été, le 25 juillet, un policier a été blessé au couteau à Melilla, par un Marocain qui avait crié « Allahu akbar ». En tout, plus de 177 suspects auraient été arrêtés en lien avec le terrorisme depuis 2015, comptabilise le site d’informations LCI.

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Jusqu’à 3.000 djihadistes de Daesh bientôt en Europe

Enfin, il faut préciser que l’Espagne est engagée militairement dans la coalition internationale de lutte contre Daesh et frappe donc régulièrement l’Irak, au même titre que le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, les États-Unis ou encore la Belgique. Ce qui alimente également un certain esprit de vengeance sur l’Occident.

Mais le pire pourrait être à venir. Comme Daesh perd de plus en plus de territoires sur son califat autoproclamé, en Syrie et en Irak, entre 1.200 et 3.000 Européens qui y ont vécu ou combattu pourraient revenir en Europe. C’est ce que révèle un récent rapport du Réseau européen de sensibilisation à la radicalisation (RAN), créé par la Commission européenne, et cité par l’AFP. Le document précise toutefois qu’ils ne devront pas tous être mis dans le même sac. Une grosse partie, plus probablement désillusionnée et non violente, reviendrait surtout pour des raisons humanitaires.

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