Pourquoi Bart De Wever (N-VA) veut tenter de se rapprocher des socialistes

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L’information a fuité dans la presse flamande: Bart De Wever (N-VA) veut finalement ramener la TVA sur l’électricité de 21 à 6%. Une sorte de rapprochement avec les socialistes, ce qui est tout sauf le fruit du hasard. Bart De Wever a la “coalition bourguignonne” en tête. En Flandre, mais surtout au fédéral.

Bart De Wever prend son temps en Flandre, alors que les dés sont lancés et que les majorités potentielles sautent aux yeux. Après quelques pas de danse avec le Vlaams Belang, le président des nationalistes s’est vite fait une raison. Le cordon sanitaire (que son parti ne veut pourtant pas suivre) empêche de facto une alliance avec l’extrême droite. Car aucun autre parti ne voudrait s’embarquer dans une coalition N-VA-VB, un duo qui ne se suffit pas à lui-même.

C’est donc le scénario répété d’une suédoise qui tenait la corde avec l’Open VLD et le CD&V. Mais face aux perspectives peu réjouissantes pour son parti au niveau fédéral, Bart De Wever a décidé de tempérer.

Bourguignonne, l’autre alternative

Il n’y a en fait que deux solutions plausibles à l’échelon national. Soit un gouvernement arc-en-ciel duquel la N-VA serait exclue. Il serait composé de la famille socialiste, des libéraux, des écologistes et éventuellement du CD&V. Ce scénario à la faveur des pronostiques. L’autre solution, c’est la coalition bourguignonne. La même qui prend place actuellement au niveau local à Anvers. Elle est composée des nationalistes, des libéraux et… des socialistes. À la Chambre, une telle coalition aurait une majorité confortable.

En Flandre, également, une telle coalition est envisageable. Le sp.a (13 sièges) l’Open Vld (16 sièges) et la N-VA (35 sièges) formeraient une courte majorité de 64 sièges sur 124. S’embarquer avec les socialistes serait donc jouable à tous les niveaux de pouvoir.

C’est pourquoi Bart De Wever a rédigé une note qu’il a adressée à ses partenaires potentiels. Selon De Morgen, elle aurait un accent particulièrement social. Bart De Wever serait prêt à réduire la TVA sur l’électricité de 21 à 6% alors que lui-même avait fait l’inverse après la législature Di Rupo (PS). Il serait aussi question de faire disparaître les listes d’attente pour les services de soins et le gel des prix dans les maisons de repos.

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Reste qu’un rapprochement entre nationalistes et socialistes n’est pas des plus naturel. La fuite de cette note n’est d’ailleurs pas une très bonne nouvelle pour Bart De Wever. Mais plusieurs raisons pourraient pousser les nationalistes à faire les premiers pas.

Les socialistes face à un choix

C’est d’ailleurs chose faite avec Theo Francken (N-VA) qui a plusieurs fois fait un appel du pied aux socialistes francophones. Si Bart De Wever et ses troupes veulent avancer sur les dossiers institutionnels, ils doivent le faire avec leur meilleur ennemi. Une sorte de “grande réconciliation” de raison. C’est aussi un moyen de mettre le CD&V dehors à tous les niveaux de pouvoir, l’humiliation ultime pour un parti qui a toujours incarné historiquement le pouvoir et auquel était rattaché la N-VA. C’est enfin un moyen pour les nationalistes de ne pas se retrouver sur la touche au niveau fédéral et de pouvoir peser sur la politique du pays, avec un Jan Jambon (N-VA) potentiel Premier ministre.

La solution bourguignonne est également idéale pour les libéraux. Du côté flamand, l’Open VLD ne serait plus le parti le plus à droite de la coalition. Et en Flandre, il serait considéré comme le 2e parti en poids électoral avec les fonctions qui vont avec. Même du côté du MR, il serait finalement plus confortable de se mettre au fédéral avec la N-VA qu’avec les Verts. Un axe PS-MR, sans Ecolo, est d’ailleurs toujours d’actualité en Wallonie après le revers des libéraux à Bruxelles. Tous les niveaux de pouvoir sont liés ou en tout cas s’influencent.

Pour l’heure, les pronostics vont en faveur d’une coalition arc-en-ciel au fédéral. Bart De Wever et Elio Di Rupo ne se sont d’ailleurs toujours pas parlé. La N-VA ne peut donc pas rester les bras croisés et tente de faire bouger les lignes. À voir si le sp.a d’une part, mais surtout le PS, mordra à l’hameçon. Les socialistes sont clairement face à un choix.

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