Pour Emmanuel Macron, le plus difficile serait pour après la présidentielle: prendra-t-il une claque aux législatives?

Pour Emmanuel Macron, le plus difficile serait pour après la présidentielle: prendra-t-il une claque aux législatives?

Annoncé favori dans tous les sondages, Emmanuel Macron peut aborder le second tour de l’élection présidentielle sereinement face à Marine le Pen. Mais le plus difficile pour lui ne sera peut-être pas le 7 mai, où les Français sont appelés à faire barrage au Front National. Il va falloir ensuite convaincre les électeurs de voter pour les candidats de son jeune parti En Marche! aux élections législatives pour lui permettre de gouverner sans souci. Et ce n’est pas gagné…

“Le défi est de décider de rompre jusqu’au bout avec le système qui a été incapable de répondre aux problèmes de notre pays depuis plus de trente ans. […] Je veux, dès à présent, construire une majorité de gouvernement et de transformation nouvelle”: dans son discours de dimanche soir, Emmanuel Macron voyait déjà plus loin. Le vainqueur du premier tour de l’élection présidentielle se projetait après le 7 mai, date du second tour. Car il est conscient que le rendez-vous des élections législatives les 11 et 18 juin prochains sera crucial s’il est élu président de la République français, ce qui est en bonne voie.

Course contre la montre

Après avoir voté pour leur président, les Français sont appelés aux urnes pour élire leurs 577 députés. Ce sont eux qui siègent à l’Assemblée Nationale et doivent donner leur accord (à la majorité) pour que les lois proposées pas le président et son gouvernement passent, notamment. Donc il veut mieux espérer pour le Président de la République que les députés soient en majorité de son camp et/ou d’accord avec ses idées, pour les valider. Et ce n’est pas gagné pour Emmanuel Macron, dans le cas où il se retrouverait à la tête de la France.

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Car l’ancien ministre de l’Économie est à la tête d’un tout jeune parti politique, En Marche!, fondé en avril 2016 en vue de l’élection présidentielle. S’il compte environ 250.000 membres désormais, il n’a aucun élu. Voilà donc le probable futur président de la République face à une course contre la montre: trouver assez de personnes pour se présenter aux élections législatives aux quatre coins de la France. Et surtout espérer qu’elles soient élues, afin de siéger à l’Assemblée Nationale pour soutenir les projets du possible gouvernement Macron.

13.000 candidatures

Pour l’instant, 14 candidats ont été présentés par Macron. Il devrait y en avoir plus de 500 supplémentaires dans les semaines à venir, dont la moitié viendrait de la société civile! Près de 13.000 personnes, novices en politique donc pour la plupart logiquement, ont fait acte de candidature via le site d’En Marche!. “Beaucoup de candidats ne mesurent pas l’engagement de la fonction de député et le coût d’une campagne – environ 30.000 euros – qu’ils doivent financer. Nous allons sélectionner des hommes et des femmes, rassemblés par leurs convictions et pas par des arrangements politiciens”, a expliqué Jean-Paul Delevoye, président de la commission d’En Marche! chargé de trier ces candidatures.

L’autre partie viendra d’un peu partout du paysage politique français: des députés actuels de gauche pourraient rejoindre les rangs d’En Marche!, alors que ceux de droite des Républicains ou de l’UDI se tâtent encore: ou comment tenter de sauver ses fesses en ralliant le camp des vainqueurs…

Mais ce renouveau de la politique souhaité par Macron, qui veut dépasser le clivage habituel droite/gauche, va-t-il convaincre les Français? Ce sera là le principal enjeu des législatives. En plus d’être inconnues et sans expérience, ces personnes devront convaincre leurs concitoyens de voter pour elles en ayant fait une campagne électorale express durant seulement quelques semaines. Pour Macron, le fait qu’elles aient l’étiquette En Marche! devrait suffire pour les faire élire, car il ne voit pas comment les Français pourraient lui permettre de gouverner sans lui donner une majorité de “ses” députés à l’Assemblée Nationale.

Un score élevé pour le FN et la droite?

Mais le danger pour Macron, ce sera de prendre une claque aux législatives quelques semaines après avoir été élu. Et de devoir gouverner avec une Assemblée Nationale qui serait en majorité à droite: oui, il ne faut pas se leurrer, il sera difficile pour le PS d’être crédible aux législatives après l’humiliation subie par son candidat Benoît Hamon lors du scrutin présidentiel…

“J’ai le sentiment que nos idées restent majoritaires”, a d’ailleurs souligné Christian Jacob, le chef de file des députés Les Républicains. Les 20% de voix récoltés par François Fillon malgré une campagne cauchemardesque peuvent en effet les rendre optimistes et leur permettre d’envisager une “cohabitation”: une majorité de députés à l’Assemblée Nationale, ce qui leur permettrait d’avoir leur mot à dire dans la politique du gouvernement Macron.

Il reste aussi les inconnues des “extrêmes”: le Front National de Marine Le Pen et la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Avec Le Pen au deuxième tour, le FN peut légitimement espérer un raz-de-marée historique aux législatives, avec “entre 20 et 50 députés” selon OpinionWay. Ce qui reste tout de même un score assez faible pour le parti d’un candidat “finaliste”: si de nombreux candidats frontistes devraient arriver au deuxième tour des législatives, cet écueil restera difficile à franchir pour certains, alors que leurs rivaux devraient appeler à faire barrage contre eux.

Mélenchon est déjà tourné vers ce “combat” des législatives, espérant faire entrer des députés “insoumis” à l’Assemblée Nationale. Les Verts, l’UDI (parti de centre-droit), voire le Modem de François Bayrou (allié de Macron pour la présidentielle) et plusieurs autres partis auront aussi leur rôle à jouer dans cette élection législative, déjà cruciale pour le mandat du futur président de la République. Dans le cas où il n’aurait pas la majorité, c’est un sacré casse-tête politique qui attend les Français…
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