Plusieurs experts sont formels: le petit groupe terroriste local n’a pas pu agir seul au Sri Lanka

Plusieurs experts sont formels: le petit groupe terroriste local n’a pas pu agir seul au Sri Lanka

Le National Thowheeth Jama’ath (NTJ), un groupe terroriste local, fut rapidement désigné comme le coupable des attentats survenus au Sri Lanka. Mais ce groupuscule est trop petit et trop peu organisé pour avoir pu coordonner jusqu’à huit explosions qui ont fait 310 morts ce dimanche. Selon l’expert en terrorisme Sajjan Gohel, de l’Asia-Pacific Foundation, il est clair que ces attaques ont été pilotées par al-Qaïda ou l’État islamique.

Depuis ce lundi, l’État d’urgence a été décrété au Sri Lanka. Il donne la possibilité à l’armée et aux services de police de procéder à davantage d’arrestations et libère de la place en détention. C’est la première fois en dix ans et la fin de la guerre civile.

Deux jours après l’attaque, les autorités ont comptabilisé plus de 300 morts et 500 blessés. Il y aurait douze nationalités représentées. Beaucoup de Srilankais ne savent toujours pas si leurs proches font partie des victimes ou des blessés.

National Thowheeth Jama’ath

Ce lundi de Pâques, le gouvernement a annoncé que les attaques avaient été perpétrées par un groupe local d’extrémistes musulmans, avec une possible aide étrangère. Il s’agit du National Thowheeth Jama’ath, un groupe islamiste radical peu connu, excepté le fait que leurs membres soient associés à la détérioration d’images de Bouddha à la fin de l’année dernière. Rappelons ici que le pays est à 70% bouddhiste et 10% musulman.

Le NTJ serait né en 2015 après diverses attaques à l’encontre de musulmans. Le nombre de membres n’est pas vraiment clair, le NTJ pourrait être une branche du groupe islamique Sri Lanka Thawheed Jama’ath (SLTJ), dont le chef a été arrêté en 2016 pour avoir alimenté la haine envers la majorité bouddhiste. Il s’est par la suite excusé. Le groupe a d’ailleurs écrit un message sur Facebook, condamnant les attaques de dimanche.

Au courant dès le 4 avril

Très vite après les attentats, une question s’est posée: les autorités savaient-elles et auraient-elles pu éviter le bain de sang? Le ministre de la Santé Senaratne a expliqué hier que son pays avait été prévenu par des services de renseignement étrangers, et ce, dès le 4 avril. Plusieurs lieux chrétiens étaient visés, ainsi que des destinations touristiques. Senaratne s’est même excusé et a reconnu la responsabilité du gouvernement.

Dans les faits, le gouvernement sri-lankais n’a pas encore obtenu de preuve de l’implication du National Thowheeth Jama’ath’s dans ces attaques. Le ministre des Télécommunications a toutefois mis un document en ligne dimanche, qui selon lui, était un avertissement officiel.

Ce document est daté du 11 avril 2019 et semble provenir d’un service de renseignement sri-lankais. Il est signé par un commissaire de police et dit que le National Thawhith Jamaan pourrait fomenter un attentat-suicide. Sa planification aurait même été placée entre les mains de leur chef Mohammed Zaharan. Le document mentionne les églises catholiques comme cibles potentielles, mais il indique également que Zaharan n’a pas spécifiquement appelé ses fidèles à attaquer les églises. Mohammed Zaharan ne laisse toutefois peu de place au doute quant à ses intentions. À ses partisans, il dit que tuer les non-croyants est l’acte le plus noble et que l’Islam doit se rependre au travers de tels actes.

Zaharan et certains membres du groupuscule terroriste se cachent depuis qu’ils ont endommagé des images religieuses à Mawanalla l’année dernière. Selon le document, cela peut faire référence à la destruction de statues de Bouddha, à laquelle est lié le nom du NTJ.

Les informations contenues dans le document proviendraient d’un service de renseignement étranger, sans doute indien. Le journal indien The Hindu rapporte que la découverte a été faite au cours d’une enquête sur un adepte de l’État islamique au Sri Lanka.

Ce n’est pas tout. Même après le 4 avril, plusieurs documents qui abondaient dans le même sens ont atterri sur les bureaux des services de sécurité sri-lankais. Mais les conflits politiques ont également joué un rôle. Le pays est entré dans une crise politique en octobre dernier. En cause, l’écartement du pouvoir du Premier ministre Ranil Wickremesinghe par le président Maithripala Sirisena. La Cour suprême annulera par la suite cette décision, mais le Premier ministre n’aurait du coup pas pu consulter le Conseil de sécurité nationale depuis ce moment-là.

Daesh revendique l’attaque

Aux alentours de 13h ce mardi, l’organisation terroriste État Islamique a indiqué via son agence de propagande Amaq qu’elle revendiquait les multiples attaques perpétrées au Sri Lanka. « Les auteurs des attaques ayant visé des ressortissants des pays de la Coalition (anti-EI) et les chrétiens au Sri Lanka avant-hier sont des combattants de l’EI » a ainsi indiqué l’organisation.

Conclusions trop rapides?

Selon Sajjan Gohel, expert en terrorisme de la Asia-Pacific Foundation, l’implication de l’État islamique ou d’Al-Qaïda est probable. C’est ce qu’il a tenté d’expliquer hier à la TV néerlandaise Nieuwsuur: « Les membres du NTJ n’ont pas été capables jusqu’ici de réaliser de grandes choses en matière de terrorisme. Passer de la destruction de statues à des attaques coordonnées avec plusieurs centaines de morts est un grand pas en avant. »

Selon Gohel, si le NTJ est derrière ces attentats, ils doivent avoir reçu l’aide d’une organisation terroriste internationale. « Vous ne pouvez pas planifier vous-même une telle attaque. Il vous faut un vaste réseau qui nécessite une formation. Il doit y avoir une force internationale derrière tout ça. Ils n’ont pas pu l’inventer eux-mêmes sans contact extérieur.

Le groupe SITE Intelligence, une entreprise qui suit de près les organisations terroristes, écrit également que l’ampleur des attaques rappelle la méthode de travail de l’EI. L’entreprise ne croit pas qu’un groupe local sri-lankais puisse organiser une attaque de cette ampleur.

Selon SITE encore, plusieurs photos des attaques montrent des drapeaux de l’État islamique dans le fond. Leur véracité n’a pas encore été prouvée, mais les doutes sont là.

« En représailles à Christchurch »

Le ministre de la Défense sri-lankais a fait un nouveau point sur l’avancée de l’enquête. « Les attentats perpétrés au Sri Lanka ont été commis en représailles à l’attaque contre les musulmans de Christchurch », a-t-il fait savoir ce mardi matin. Pour rappel, cette attaque avait fait 50 morts le 15 mars dernier dans deux mosquées de cette ville du sud de la Nouvelle-Zélande.

Daesh revendique l’attaque

Aux alentours de 13h ce mardi, l’organisation terroriste État Islamique a indiqué via son agence de propagande Amaq qu’elle revendiquait les multiples attaques perpétrées au Sri Lanka. « Les auteurs des attaques ayant visé des ressortissants des pays de la Coalition (anti-EI) et les chrétiens au Sri Lanka avant-hier sont des combattants de l’EI » a ainsi indiqué l’organisation.

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