Pari risqué et pas relevé: Theresa May remporte les élections législatives, mais elle a eu chaud aux fesses

Pari risqué et pas relevé: Theresa May remporte les élections législatives, mais elle a eu chaud aux fesses

La Première ministre britannique a pris un risque énorme en convoquant ces élections législatives anticipées. Son but était d’en sortir plus forte et d’obtenir une majorité encore plus absolue au parlement, en vue de mieux négocier le Brexit avec l’Union européenne. Sauf qu’elle a eu chaud ses fesses et a perdu sa majorité absolue.

Ce jeudi 8 juin était une journée cruciale pour les Britanniques. Ils devaient décider si oui ou non ils voulaient encore l’actuelle Première ministre Theresa May pour diriger leur pays. Face à elle, il pouvaient opter pour le changement: le candidat du Parti travailliste (le Labour), Jeremy Corbyn. Tous les bureaux de vote ont fermé leur portes à 22 heures (23 h, heure belge), et les premiers résultats des élections législatives sont enfin tombés.

Sans grande surprise, le parti conservateur de Theresa May a terminé à la première place, mais a perdu sa majorité absolue. Selon les premières projections d’Ipsos/MORI, les Tories ont décroché 314 sièges (alors qu’ils en avaient 330 dans l’assemblée parlementaire sortante). Les travaillistes de Jeremy Corbyn ont gagné 32 sièges en plus et en ont désormais 266. Le Parti national écossais (SNP) complète le podium, avec 34 sièges (ils ont perdu une vingtaine de sièges). Les Libéraux-Démocrates sont, eux, en progression avec 14 sièges. À noter également que l’Ukip, le parti eurosceptique anti-immigration qui militait fortement pour le Brexit, n’a obtenu aucun siège.

Un défi à hauts risques

Mais pourquoi les Britanniques votaient aujourd’hui dans ce contexte tendu marqué par les récentes attaques terroristes? Petit rappel des faits. Le 18 avril dernier, la Première ministre avait convoqué ces élections législatives anticipées en vue de conforter sa majorité absolue au parlement, afin de mieux négocier la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne face à ses partenaires européens. Sur ce plan, elle s’est complètement loupée, puisque son parti a perdu 16 sièges.

Si le thème principal de ces élections devait être le Brexit, les soins de santé et surtout les questions de sécurité ont été récurrentes également. Rappelons les récents attentats revendiqués par Daesh à Westminster le 22 mars, à Manchester le 22 mai et à Londres dans la nuit du 3 au 4 juin derniers. Trois en à peine trois mois, et qui ont causé la vie à 35 personnes. De quoi remettre sérieusement en doute l’efficacité de la politique de sécurité intérieure de la Première ministre. L’opposition a d’ailleurs utilisé cet argument pour sa campagne, tout en dénonçant au passage les coupes dans les effectifs de police qu’elle a réalisées lorsqu’elle était secrétaire d’État à l’Intérieur (de 2010 à 2016).

À côté de la polémique sur les services de police, rappelons également la terrible marche arrière qu’elle a dû opérer suite à sa proposition de faire payer plus cher les soins de santé aux personnes âgées (sa fameuse « Dementia Tax »). Son annonce avait créé un tollé général et un levé de bouclier des personnes retraitées, par ailleurs son coeur de cible électoral. Sans compter la campagne désastreuse qu’elle a menée: elle a refusé des débats télévisés, évité des bains de foule, etc. Et puis, l’économie britannique s’essoufflant – une conséquence directe du référendum sur le Brexit du 23 juin 2016 – cela aurait clairement pu jouer en sa défaveur.

Si elle continuait à être majoritairement soutenue par la population et que son parti caracolait en tête des intentions de vote, il y avait récemment eu un soubresaut. Ainsi, en avril, les conservateurs distanciaient les travaillistes de 20 %, mais le tout dernier sondage réalisé du 5 au 7 juin par l’institut You Gov pour le quotidien Times plaçait les conservateurs à 42 % contre 35 % pour les travaillistes. Soit seulement 7 % de différence. Le Labour qui plaît de plus en plus aux jeunes aurait pu fortement peser dans la balance.

Mais tout cela n’a finalement pas été suffisant pour déstabiliser entièrement la strong Première ministre.

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