On a discuté violences policières, Victor Hugo et lions apprivoisés avec le scénariste et acteur de “Les Misérables”

Les Misérables du réalisateur Ladj Ly a ouvert le 46e Festival du film de Gand. Le film a déjà remporté le prix du jury à Cannes et représente la France aux Academy Awards. Le rôle principal est joué par Stéphane, un policier qui vient travailler dans l’une des banlieues les plus difficiles de Paris. La violence des gangs, mais aussi de la police, s’épuise et vise même les jeunes enfants. Nous avons parlé à Alexis Manenti, le co-scénariste qui a pris le rôle du flic le plus impitoyable.

Première question : les misérables, ça a le but de délivrer un message ?

Oui, il y a un message. Il faudrait plutôt en parler avec le réalisateur, Ladj Ly, et il le répète souvent, il y a un message politique dans ce film. On est dans une situation préoccupante et très grave, explosive. Comme il le répète, c’est un cri d’alarme aux politiques. Attirer leur attention pour qu’ils s’occupent de cette situation

Est-ce que c’est une situation propre à la France ?

En Europe et à travers le monde, il y a des quartiers pauvres, avec beaucoup de misères et des problèmes qu’on laisse à la police seule. Bien sûr que la police ne peut pas tout régler. Ça crée des tensions, et c’est des endroits de détresse, de souffrance.

Est-ce que c’est un film basé sur des faits réels ?

Y a beaucoup d’éléments du scénario qui sont inspirés de faits réels. Les émeutes de 2005, mais aussi le vol du lionceau, la scène de fin qui n’est pas totalement fidèle à la réalité mais qui est aussi inspirée de faits réels, certains noms de personnages…

Les violences policières, c’est un phénomène récurrent en France ?

Malheureusement oui, il y a quand même beaucoup d’exemples que pour nier le problème. La réalité dépasse même la fiction.

C’est un genre de contraste. Au début du film, on voit les équipes de football s’affronter, mais les représentants ne viennent pas soutenir les équipes des enfants du quartier, qui sont aussi là pour représenter la France.

Oui, je fais partie de la génération de la coupe du monde ’98 en France, avec le sentiment d’unité, avec tous les Français qui sont ensemble et célèbrent. Puis, quand on retourne dans la vie quotidienne, les différences, les problèmes et les préjugés qui reviennent.

Est-ce que ce serait un problème uniquement français ?

Je pense que c’est une situation qui peut exister dans plein de pays, le fait de célébrer des victoires sportives où tout le monde est heureux et uni, puis après cette union disparait.

Tu joues un personnage très méchant, est-ce que c’était difficile ?

Non, en tant que comédien c’est très agréable de jouer ce genre de rôles, avec beaucoup de choses à creuser, à développer dans mon personnage de méchant. Comme disait Hitchcock, plus le méchant est bon plus le film est bon. C’est des rôles intéressants, il suffit de voir le succès d’un film comme le Joker. Très méchant et qui plait à tout le monde.

Moi j’aime tous les rôles, après je trouve ça très intéressant de jouer des films avec des personnages qui sont des paradoxes, qui ne sont pas lisses, qui ont des failles, de la souffrance, des violences à exprimer. C’est très intéressant en tant que comédien.

À votre avis, il existe une solution pour les problèmes dans les banlieues ?

Quand on me pose la question, je dis souvent que ce n’est pas à moi qu’il faut demander une solution. Je ne suis pas politique, je suis artiste. Après… il faut de l’éducation, des moyens pour développer l’urbanisme d’une meilleure manière, accompagner ces gens et désenclaver les quartiers pauvres, pas des lieux de misère sociale.

Quel est le lien avec Les Misérables de Victor Hugo ?

Une partie du roman de Victor Hugo a été écrite à  Montfermeil, une partie de l’intrigue se déroule là bas. Y a aussi un lien avec cette histoire et certains personnages qui pourraient être un Gavroche ou un Jean Valjean.

Et le lion dans le film… Il était vrai ?

Oui, c’est un vrai lion. La petite lionne de 3-4 mois était pas dangereuse, mais ce sont des animaux puissants. Après voilà, y a des dresseurs qui s’occupent de ça, c’est du cinéma.

Vous avez aussi reçu le prix du Jury à Cannes et vous allez représenter la France aux Oscars, c’était une réussite pour l’équipe ?

On est très fiers que le film plaise et qu’il représente la France, c’est un honneur, on est très contents parce que ça va aussi permettre au film d’être davantage vu, d’avoir plus d’espace médiatique.

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