Olivier Maingain (DéFI): “DéFI et Ecolo peuvent être un axe pour les prochaines coalitions”

Olivier Maingain (DéFI): “DéFI et Ecolo peuvent être un axe pour les prochaines coalitions”

À un mois des élections, nous avons discuté avec chaque président de parti. L’heure de tirer un bilan, mais aussi de se pencher sur les incertitudes du dimanche 26 mai. Le président de DéFI, Olivier Maingain, a des mots très durs contre la N-VA. Mais il veut que son parti joue un rôle dans les futures coalitions, et pourquoi pas avec Ecolo.

Alors en juin 2017, la politique francophone était secouée par des affaires: Publifin et le Samusocial. DéFi a profité de cette séquence mais a peut être eu du mal à l’inscrire dans les élections communales et maintenant dans les derniers sondages. Quel bilan faites-vous de la législature de DéFi sur les cinq dernières années?

Je crois qu’on a porté un message de sincérité et de contradiction, juste, sur un certain nombre de sujets. Moi je ne suis jamais dans la logique de l’opposition pour l’opposition, mais il y a eu au cours de ces cinq dernières années des moments forts: la majorité inédite au fédéral, un seul parti francophone dans l’alliance gouvernementale, c’est inédit avec un partenaire – N-VA – qui s’est quand même finalement révélé sous son vrai jour. C’est vraiment ce que j’avais annoncé, à savoir, que c’était le gouvernement qui allait subir le supplice chinois. Vous savez c’est le goutte à goutte qui tue et qui fait qu’à un moment donné la résistance n’est plus possible.

Je crois que c’est ce qui s’est passé. La N-VA a usé les institutions belges, en a vidé une bonne partie de la substance et la N-VA obtenu finalement ce qu’elle souhaitait: c’était démontrer que la Belgique n’est pas gouvernable. Ce qu’elle souhaite démontrer d’une certaine façon pour aller vers le confédéralisme.

Justement tout le monde annonce une nouvelle crise, un nouveau record de 541 jours sans son gouvernement. Quel rôle peut jouer le DéFi pour tenter de désamorcer cette crise?

Je dis que DéFi, parce que c’est un parti fiable, certain dans ses choix politiques et respectueux de ses engagements, a un rôle à jouer à tous les niveaux de pouvoir. Et je dis aux électeurs de Wallonie et de Bruxelles: faites-nous confiance pour apporter le changement, mais le changement sans la radicalité, sans l’extrémisme, sans l’opposition parfois stérile qui ferait qu’on rend impossible la gestion de l’État. Non, nous en avons fait la preuve – et Didier Gosuin (ministre de l’Emploi bruxellois) en est la meilleure preuve. Il est le ministre le mieux coté dans tous les gouvernements belges selon les observateurs de la presse francophone et néerlandophone. C’est Didier Gosuin qui a la meilleure cote pour la gestion qu’il a apportée à la politique économique et de l’emploi à Bruxelles, notamment la lutte contre le chômage et la réduction du chômage des jeunes. Donc, c’est la preuve que nous sommes un parti solide dans la manière de gérer, et stable pour les institutions.

À l’été 2017, j’ai refusé l’aventure institutionnelle que mon collègue du cdH Benoît Lutgen voulait imposer à Bruxelles. On aurait sans doute aujourd’hui plus de gouvernement bruxellois comme il n’y a plus de gouvernement wallon, comme il n’a plus de gouvernement fédéral. Finalement, il y a deux présidents de parti qui ont joué avec les institutions: Bart De Wever, avec le fédéral, en mettant par terre le gouvernement de Charles Michel malgré toutes les concessions qu’avait fait Charles Michel, et Benoît Lutgen, qui a aussi mis en péril les institutions francophones avec le résultat que l’on sait: c’est qu’il n’y a plus le gouvernement wallon.

Ce gouvernement fédéral a subi le supplice chinois

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Vous avez une coalition idéale dans laquelle vous pouvez vous inscrire?

Je crois qu’il faudra faire preuve d’audace et de changement. Moi je souhaite que mon parti ait la force électorale. Je dis aux électeurs: faites-nous confiance pour apporter ce changement, raisonnable, mais nécessaire. Et puis nous verrons si on peut participer à une coalition que j’espère un peu inédite. Il est peut-être bien que les partis qui ont toujours eu le pouvoir pour le pouvoir soient mis de côté. Il faudra tenir compte des résultats. Il faudra tenir compte de ceux qui gagnent – j’espère que je ferai partie des gagnants – et je prends l’engagement que nous pourrons aller vers une coalition inédite. Après, laquelle? Je crois inéluctablement que si DéFi, Ecolo peut-être, et on verra ce qu’il reste des autres partis. Mais si nous pouvons être un axe pour des coalitions, à certains niveaux de pouvoir, je le souhaite.

Qui a la stature d’un Premier ministre?

Ecoutez, il faut quelqu’un d’expérience, il ne faut pas se le cacher. Il faut quelqu’un qui apporte une capacité d’être au-dessus de la mêlée, qui à un moment donné, a cette sorte de volonté de dépasser les antagonismes et de ne pas être à la merci d’un seul partenaire, ce qui a été le cas de Charles Michel qui était souvent à la merci de la N-VA.

J’ai beaucoup apprécié à un moment donné le style d’un Verhofstadt pour dire les choses franchement. Un homme que j’estime, car il avait cette capacité de créer un moment donné un élan personnel, et quand ses partenaires de majorité hésitaient, tergiverseraient, sans tomber dans la polémique, lui donnait un élan supplémentaire. Oui, il faudra trouver quelqu’un de cet acabit. Moi je suis prêt à participer à une coalition gouvernementale avec une personnalité qui aurait cette volonté de travailler, à projeter le pays dans l’avenir. Le gouvernement sortant – je ne dis pas que tout est à jeter – il a été trop miné par la manière dont la N-VA a imposé ses thématiques, ses préférences. Finalement, son discours nationaliste, la N-VA l’a imposé dans la coalition gouvernementale et on a vu que ça affaiblit la crédibilité de la Belgique.

Les francophones ont été les dindons de la farce de ce gouvernement fédéral?

On l’a vu à travers la politique fédérale en matière de recherche scientifique. La recherche scientifique fédérale, qui était quand même un de nos points forts, pour notamment le développement de l’aéronautique – qui est très importante au sud du pays – ou la recherche spatiale – qui est aussi importante au sud du pays – il y a eu un affaiblissement de la politique fédérale. On l’a vu dans l’affaiblissement des grandes institutions culturelles fédérales. La misère de nos musées nationaux est évidente.

On l’a vu aussi, et ça je crois qu’il faut le dire: on croit souvent, alors que c’était un gouvernement dit de droite et même de droite très à droite, que la sécurité va être une priorité. Eh Bien je peux apporter les preuves, que pour Bruxelles notamment, le ministre Jambon a été un ministre qui a affaibli la politique de sécurité à Bruxelles, en désinvestissant, en retirant des effectifs de police fédérale qui ne sont plus à Bruxelles, on n’a plus la police des gares, des métros alors que c’était une mission de la police fédérale.

C’était une volonté de la N-VA?

Incontestablement. Il y a eu un affaiblissement des recrutements pour la police fédérale sous le gouvernement Charles Michel (MR) avec le ministre Jambon (N-VA). On n’a plus une police fédérale efficace pour la lutte – et les juges d’instruction s’en plaignent – contre le blanchiment, la grande criminalité financière, c’est-à-dire tout ce qui soutient la grande criminalité organisée. On n’a plus les spécialistes de la police fédérale pour lutter de manière efficace, et donc il y a des juges d’instruction qui vous disent: “on n’ouvre même pas certains dossiers, lourds en termes de culpabilité, parce qu’on n’a pas les effectifs pour mener les enquêtes”. Voilà c’est comme ça. C’est le résultat d’un choix délibéré de la N-VA pour affaiblir les structures fédérales de la police judiciaire notamment.

Jan Jambon (N-VA) a été un ministre qui a affaibli la politique de sécurité à Bruxelles

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J’ai regardé le programme de DéFI, et on voit des mesures comme “la semaine de quatre jours”, “la fin des visites domiciliaires pour les chômeurs”, “une certaine forme de taxation du patrimoine”…

Non, non attendez, je vais être précis. Ce n’est ce pas la semaine de quatre jours généralisée. Certainement pas. On dit: pour les personnes qui ont peu de qualifications, notamment pour des métiers dont on sait, qu’à terme, ils risquent de disparaître parce que justement le niveau de qualification est faible. On dit: oui il faut accepter que pour ces personnes-là, donc c’est un nombre restreint de personnes, on puisse faire son travail en quatre jours et avoir une journée de formation. Donc ce n’est pas quatre jours et puis être à son domicile et avoir des loisirs.

Non, non, non. C’est l’obligation d’avoir une formation parce que je crois que le grand enjeu dans le monde du travail de demain c’est la formation en continu. Comment prévenir le risque de la perte de son job parce qu’on n’est pas en mesure de rebondir et d’avoir de nouvelles qualifications pour s’adapter au marché du travail de demain? Donc il faut permettre de libérer du temps, pour ces emplois peu qualifiés, pour donner une chance supplémentaire à ces travailleurs de garder un emploi dans l’avenir.

Est-ce qu’il y a eu un recentrage du parti, où se situe DéFi sur l’échiquier politique?

C’est le libéralisme social. Le libéralisme social, c’est concilier la dynamique de la liberté d’entreprendre, de la créativité, et la solidarité. Quand je vois tout ce que Didier Gosuin a suscité comme engouement pour la création de nouvelles entreprises à Bruxelles. Aujourd’hui, c’est la Région bruxelloise qui a le plus haut taux en Belgique de création de startups, parce qu’il y a eu des facilités qui ont été données à tous ces jeunes qui veulent créer leur propre entreprise, et en même temps, il faut avoir le souci de la solidarité. On ne peut pas réussir la cohésion d’une seule société si on n’a pas les deux piliers: la liberté, la créativité, l’inventivité et en même temps la solidarité.

Par exemple, nous ne sommes pas pour l’impôt sur la fortune. Nous ne faisons pas partie de ceux qui pensent qu’il faut taxer, finalement quoi? L’épargne constituée essentiellement par les travailleurs au départ de leurs revenus du travail. Mais les revenus du travail ont déjà été taxés, et donc retaxer une deuxième fois l’épargne, c’est honteux. Par contre, il faut taxer équitablement les revenus du patrimoine. Là, il y a des évolutions à faire. Donc nous ne sommes pas pour l’impôt sur la fortune qui aurait d’ailleurs pour effet de faire quitter un certain nombre de fortunes, de fonds d’investissement, et ce n’est pas utile à l’économie, ce serait en plus injuste comme je viens de dire sur le plan de l’équité, il faut avoir la volonté de taxer de manière juste les revenus du patrimoine.

Nous avons pris exemple sur ce qui se fait aux Pays-Bas, avec beaucoup d’efficacité. Où finalement, on taxe les revenus estimés de votre patrimoine. Je ne veux pas entrer dans les détails, mais cela veut dire qu’on n’estime, qu’à un moment donné, au regard d’un certain nombre de critères comme le cours de la Bourse, le cours des taux d’intérêt, on fait un indice composite et on dit “vous avez un patrimoine de x”… quelques dizaines de milliers ou quelques centaines de milliers d’euros.

Votre patrimoine doit en principe engendrer un tel niveau de revenus – donc c’est une moyenne. Si vous avez plus de revenus, c’est parce que vous avez peut-être fait plus de capital à risque et donc que vous avez peut-être eu la chance d’avoir de bons rendements sur votre capital à risque. Par contre, si c’est une année moins favorable, peut-être que là vous perdriez un peu. Mais fondamentalement, c’est une manière juste de taxer les revenus du patrimoine, et là c’est 30% sur les revenus estimés de votre patrimoine. Ce système hollandais qui est très efficace, qui est très juste, et qui n’affaiblit pas l’investissement dans le capital risque et dans le soutien à l’activité économique. Qui en même temps rétablit une justice entre revenus du patrimoine et revenus du travail.

Il faut être honnête à l’égard des citoyens. Il ne faut pas faire croire que l’on va pouvoir diminuer – ce que je souhaite – la taxation sur les revenus du travail. Nous avons des propositions qui sont très concrètes aussi puisqu’on propose d’exonérer les 13.800 premiers euros de revenus de tout impôt. Pourquoi 13.800 euros? Parce que c’est le montant de revenus nécessaire pour ne pas tomber sous dans la pauvreté voire la grande pauvreté. Donc, exonérer ces 13.800 premiers revenus, ça bénéficie à toutes les catégories de revenus, c’est une mesure juste. Mais en même temps, il faut rééquilibrer avec une taxation juste et équitable sur les revenus du patrimoine.

Le libéralisme social, c’est concilier la dynamique de la liberté d’entreprendre et la solidarité

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Alors à propos du chômage des jeunes, ça je suis sûr de l’avoir vu, vous avez dit: “C’est le pire cauchemar de notre société”. Le chômage est quand même en baisse, on l’a remarqué, à Bruxelles sous l’action de Didier Gosuin. Mais c’est le mérite du gouvernement bruxellois ou du fédéral?

Soyons honnêtes. Moi je ne vais pas dire que tout est à mettre uniquement à l’actif du gouvernement bruxellois. Même si Didier Gosuin s’est attaqué plus particulièrement à ce qui était une spécificité malencontreuse du chômage à Bruxelles, c’est le chômage élevé des jeunes chômeurs. C’est la ville qui aujourd’hui connaît la plus forte baisse du chômage des jeunes en comparaison avec, même Anvers, même Gand, même Liège, même Charleroi. Aujourd’hui le chômage des jeunes à Bruxelles est plus faible que dans les autres villes. C’est le résultat du contrat d’insertion, la garantie jeune. Ce que Didier Gosuin avait bien identifié comme le mal bruxellois qui était la faiblesse de la qualification des jeunes chômeurs.

Et il l’oppose beaucoup l’argument à Charles Michel qui disait tout le temps “Jobs, Jobs, Jobs”. Didier Gosuin répond par “Formations, Formation, Formations”. Parce que c’est la condition d’avoir accès au marché. Il a réussi cet enjeu-là. Il a relevé ce défi avec beaucoup d’efficacité. Mais je reconnais qu’à côté de cela, il y a certaines mesures du gouvernement fédéral – je ne les aurais peut-être pas prises tout à fait de la même manière – qui ont porté leurs fruits. Par exemple, l’exonération des cotisations de Sécurité sociale sur le premier emploi, engagé par un travailleur indépendant, par une petite PME. C’est très utile pour permettre à ces bons employeurs potentiels d’être encouragés à faire le choix de l’engagement. Donc, soyons honnêtes, il faut voir les mesures.

Je crois par contre que ce que le gouvernement fédéral n’a pas bien évalué, c’est qu’il a imposé une réduction linéaire des cotisations de Sécurité sociale sur tous les emplois, et ce n’était pas nécessaire. Il fallait davantage focaliser sur les emplois peu qualifiés, il fallait davantage focaliser sur certains types d’emplois en concertation avec les régions, et là je crois que le gouvernement fédéral… Finalement pour le niveau d’emplois créé au niveau fédéral, qui n’est quand même pas exceptionnel puisqu’on a estimé finalement qu’il y avait 35.000 à 40.000 emplois qui avaient vraiment été créés.

Il y en a aussi qui filent au CPAS…

Voilà 35 à 40.000 milles qui ont vraiment été créés par le tax-shift, ça fait cher l’emploi payé grâce aux stocks tax-shift, il y a des études très sérieuses qui l’ont démontré. Et comme vous le dites, il y a une mesure qui est particulièrement scandaleuse qui a été prise par le fédéral à l’égard des jeunes, c’est l’interdiction pour des jeunes qui vont au-delà des 25 ans dans leur formation de bénéficier d’une allocation d’insertion, dont l’allocation d’attente sur le marché de l’emploi.

Je trouve ça assez scandaleux parce que c’est finalement dire aux jeunes: “ne vous formez pas, n’allez pas jusqu’au bout de vos études, ne gagnez pas en spécialisations qui seraient utiles à la société. Finalement, vous serez exclus du bénéfice des allocations. Alors que l’on sait que ces jeunes-là, qui sont les plus formés, auront sans doute peu de temps d’attente au chômage pour trouver un emploi. Et donc leur donner quand même ce levier pour garder un espoir en ayant une allocation d’insertion. Ce n’était quand même pas un scandale, que du contraire, c’était une manière de leur donner confiance dans leur projet professionnel et dans leur formation. C’est vraiment une des mesures les plus scandaleuses qu’a prise le gouvernement Michel.

Vous vous aller personnellement faire un pas de côté à la présidence de DéFi. Quelles sont les jeunes figures pour prendre la relève, votre fils?

Non pas du tout, je ne crois pas qu’il a cette ambition. Oui, il y en a beaucoup. Il y en a beaucoup. Moi j’ai fait le choix alors je sais bien que c’est toujours un choix audacieux que de dire: on passe le témoin. Je crois que le moment était venu. C’est vrai que j’étais président longtemps – et je crois que j’ai fait mon travail avec enthousiasme et avec une certaine efficacité – mais je crois que le moment est venu de faire confiance à une nouvelle génération. Je pourrais vous citer beaucoup de jeunes: il y a Joëlle Maison, Michaël Vossaert, Sophie Rohonyi. Il y a d’autres jeunes en Wallonie: Renaud Duquesne…

Ils ont assez de visibilité?

Vous savez moi quand je suis devenu président de parti, je n’avais pas de visibilité. Qui connaissait Olivier Maingain quand j’ai été élu la première fois en octobre 95, président de parti. Pas grand monde. La fonction fait l’homme ou la femme, on en a envie, mais il faut vraiment quelqu’un qui ait envie de s’investir et qui a envie d’aller au front et d’être un porte-parole efficace. Mais il y en a beaucoup qui ont ce talent. Je fais confiance, et vous verrez que cette nouvelle génération va bien émerger. Je dis: on est un parti de parole et de respect des engagements. Ne vous trompez pas comme jeunes, faites confiance à des partis qui sont fiables. Il y a trop de partis qui vous ont trompés, je crois pouvoir m’honorer en disant que oui, Défi est un parti fiable.

Aujourd’hui le chômage des jeunes à Bruxelles est plus faible que dans les autres villes

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