Même après le massacre d’hier, un “Brexit dur” peut encore être évité

Même après le massacre d’hier, un “Brexit dur” peut encore être évité

Après le vote à la Chambre des communes hier soir, un Brexit compliqué semble inéluctable pour les Britanniques. On savait à l’avance que l’accord de Brexit négocié par la Première ministre avec l’UE n’obtiendrait pas le vote des députés. Au Parlement, May a subi la plus grande défaite que le gouvernement ait connu depuis 1924. Mais la suite ne se traduit pas forcément par un “Brexit dur” le 29 mars, avec toutes les conséquences que cela entraîne: il existe encore des alternatives pour Theresa.

May a subi une défaite écrasante mardi soir: sur les 650 parlementaires, 432 ont voté contre et 202 pour. Les autres se sont abstenus. Le résultat a été encore pire que ce qu’annonçaient les prédictions. Un vrai massacre politique. Juste après le vote, l’opposition, par l’intermédiaire du chef du parti travailliste Jeremy Corbyn, a déposé une motion de censure. Celle-ci sera débattue et votée ce mercredi.

Si cette motion est adoptée, le gouvernement tombera et des élections auront lieu. C’est exactement ce que veut Corbyn. Selon lui, un gouvernement dirigé par le parti travailliste pourrait obtenir un meilleur accord pour les Britanniques de Bruxelles. Il n’a pas précisé ce que contiendrait un tel accord.

Mais il se peut que le gouvernement de Theresa May survive à cette motion. En temps normal, la Première ministre aurait dû démissionner hier soir. Mais les circonstances ne sont pas ordinaires. May va donc s’adresser aux autres partis pour savoir si un accord peut être adopté par une majorité à la Chambre des communes. Dans ce cas, May pourrait retourner à Bruxelles. Mais il ne lui reste pas beaucoup de temps: elle a jusque lundi pour présenter son plan B.

Nouveau délai?

Sachant que de nouvelles négociations n’ont pas de sens pour le moment, May pourrait également demander à l’UE de reporter le départ du Royaume-Uni. Un certain nombre de parlementaires britanniques travaillent sur une motion visant à retarder la procédure de sortie de l’Union européenne sur base de l’article 50. C’est ce que les ministres du gouvernement de May ont indiqué à de puissants chefs d’entreprises.

Le ministre des Finances, Philip Hammond, le ministre des Affaires étrangères, Greg Clark, et le ministre du Brexit, Stephen Barclay, ont déclaré qu’une “motion d’arrière-ban est en train d’être préparée pour retarder l’article 50”, a déclaré à Reuters, sous couvert d’anonymat, un dirigeant d’entreprise britannique. Cette source a ajouté que les chefs d’entreprise auraient demandé aux ministres de se diriger vers un Brexit sans accord (“no-deal”).

Selon l’article 50 de la législation qui régit le départ de l’Union européenne, les Britanniques doivent quitter l’Union européenne le 29 mars à 23 heures, heure britannique. Si aucun accord n’a été trouvé ce jour-là, le Royaume-Uni partira sans avoir l’accord de l’UE, ce qui entraînera un chaos politique et économique à la fois au Royaume-Uni et dans l’UE.

Second référendum?

Selon les spécialistes du Brexit, les autres pays n’accepteront le report que s’il y a des élections au Royaume-Uni ou si des préparatifs sont en cours pour un deuxième référendum. Une éventualité qui viserait à empêcher les Britanniques de quitter l’UE sans accord.

Un second référendum a pendant longtemps été considéré comme inacceptable. Mais à la veille du vote, May a mis le Parlement face à un choix: votez pour mon accord ou il n’y aura pas de Brexit. Et si la motion de censure contre elle n’est pas adoptée, Corbyn pourrait bien batailler pour la tenue d’un nouveau référendum, comme le souhaitent ses partisans.

Il y a donc plusieurs possibilités d’empêcher les Britanniques de quitter l’UE sans accord. Mais, à en juger par les réactions, on peut conclure qu’à Bruxelles, on se prépare de plus en plus à des scénarios de départ sans accord. Le président de la Commission européenne Jean Claude Juncker a invité les Britanniques, après le vote à la Chambre des communes britannique, à préciser le plus rapidement possible leurs intentions.

Les entreprises doivent se préparer, selon De Croo

Dès que le Royaume Uni aura quitté le marché intérieur européen, les entreprises devront remplir des formalités douanières. L’Administration générale des Douanes et Accises du SPF Finances (AGD&A) du SPF Finances a identifié l’an dernier que dans notre pays, il y avait quelque 25.000 entreprises ayant des relations commerciales avec le RU et ne disposant pas encore d’un numéro EORI (numéro d’identification pour la douane). Ce à quoi le vice-Premier ministre et ministre des Finances Alexander De Croo (Open VLD) réagit par une mise en garde.

“À moins que les Britanniques ne fassent voler en éclats le Brexit dans les jours à venir, les entreprises belges qui font du commerce avec le Royaume-Uni devront assumer des obligations douanières à l’avenir. Pour bon nombre de sociétés, cela fait plus de 25 ans qu’elles n’ont plus eu à faire à la douane. Les services douaniers mais aussi les entreprises doivent s’y préparer”, a déclaré De Croo dans un communiqué de presse.

Le regret de Juncker

Juncker a indiqué dans un communiqué de presse qu’il observait à regret le rejet de l’accord de Brexit conclu en novembre entre l’UE et le gouvernement britannique. “Le risque d’un retrait désordonné du Royaume-Uni s’est accentué avec le vote de ce soir. Même si nous ne souhaitons pas une telle éventualité, la Commission européenne poursuivra ses travaux d’urgence pour aider à garantir que l’UE soit pleinement préparée.

Pour Juncker, le compromis précédemment trouvé était le meilleur accord possible pour les deux parties et la seule solution viable pour un départ ordonné des Britanniques. “La Commission européenne, et notamment notre négociateur en chef Michel Barnier, a investi énormément de temps et d’efforts pour négocier l’accord de retrait. Nous avons fait preuve de créativité et de flexibilité tout au long du processus.”

La première ministre May, si elle survit au vote de confiance à la Chambre des communes d’aujourd’hui, reviendra à Bruxelles pour discuter avec les dirigeants de l’UE de la manière dont l’accord peut être ajusté pour passer au Parlement britannique. Ce mercredi, le Parlement européen se réunit à Strasbourg avec le négociateur européen du Brexit Michel Barnier et le vice-président Frans Timmermans de la Commission européenne pour aborder les conséquences du “non” britannique.

Articles sponsorisés