Les tweets de Trump jugés racistes, une réelle victoire pour les Démocrates?

(Photo by Chip Somodevilla/Getty Images)

Officiellement, les tweets attaquant quatre élues démocrates sur leur intégrité et leur citoyenneté sont qualifiés de racistes par la Chambre des Représentants. Mais est-ce une bonne nouvelle pour les démocrates, en pleine campagne électorale?

“Ce n’est pas un populiste, c’est un suprémaciste blanc”, écrivait hier Paul Krugman dans les lignes du New York Times. Dans son article, l’éditorialiste américain revenait sur les tweets racistes que le président des USA avait postés, en attaquant quatre jeunes élues démocrates à la popularité grandissante.

Pour Donald Trump, Alexandria Ocasio-Cortez, Ilhan Omar, Rashida Tlaib and Ayanna Pressley devaient “retourner” d’où elles venaient plutôt que d’essayer d’imposer les habitudes gouvernementales de leurs pays d’origine aux Etats-Unis. Si on va un peu plus en détail dans le texte de ce tweet, voici ce qu’assénait Donald Trump dans la journée du 15 juillet sur Twitter:

“Nous ne serons jamais un pays socialiste ou communiste. Si vous n’êtes pas contentes ici, vous pouvez partir! C’est votre choix, à vous seules. Certaines personnes détestent ce pays…”

Donald Trump

“Voilà le genre de nationalisme blanc pour lequel on l’a élu”

Des déclarations qui ont provoqué le choc chez les démocrates, et la joie chez certains suprémacistes blancs, comme le notait CNN ce 16 juillet. Dans un article du Daily Stormer, l’un des sites néo-nazi les plus populaires aux USA, Andrew Anglin écrivait: “Mec, le compte twitter du président Trump c’est une folie en ce moment. (…) Voilà le genre de NATIONALISME BLANC pour lequel on l’a élu.”

WASHINGTON, DC – 15 JUILLET: U.S. Rep. Ayanna Pressley (D-MA), s’exprime alors qu’Ilhan Omar (D-MN), Alexandria Ocasio-Cortez (D-NY), et Rashida Tlaib (D-MI) écoutent lorsd’une congérence de presse. (Photo by Alex Wroblewski/Getty Images)

L’étau autour du comportement raciste de Trump se resserrait, et s’est finalement scellé cette nuit, alors qu’un vote était organisé pour savoir si oui ou non, officiellement, les propos du président pouvaient être qualifiés de raciste par Nancy Pelosi (Dem), présidente de la chambre des représentants.

Une décision symbolique

Avec surprise, et avec l’aide du vote de quatre républicains qui avaient déjà, par le passé, montré leur opposition vis à vis de Trump dans plusieurs assemblées, on peut à présent dire officiellement que ces tweets étaient, effectivement, racistes.

Parmi les événements de cette nuit, l’un des discours prononcés en faveur de ce jugement attire l’attention. Celui du représentant Eric Swalwell, démocrate lui aussi, qui a eu à coeur de rappeler les commentaires prononcés au cours de la carrière politique de Trump.

On l’entend dire: “Nous avons aujourd’hui l’opportunité de condamner ou de tolérer. Le “birtherism*” est raciste. Dire qu’un juge mexicain ne peut pas être juste à cause de son héritage est raciste. Dire que des migrants venant de Mexico sont des violeurs est raciste. Dire qu’il y avait de bonnes personnes des deux côtés de Charlottesville est raciste. Dire que les pays africains sont des “trous à merde” est raciste. Et dire à quatre membres de cette instance de rentrer chez eux est raciste”

On le comprend: ce ne sont pas que ces quelques tweets postés dimanche que la Chambre des Représentants a condamnés: c’est le symbole que représente Trump depuis son élection que les démocrates, à l’unanimité, et quatre républicains, ont condamné.

Pourquoi maintenant?

On est en droit de se demander: “pourquoi maintenant?”. On aurait pu attaquer Trump à de multiples reprises au cours de sa présidence, il en a donné l’occasion, comme le pointe le discours de Salwell. Il ne faut pas chercher bien loin pour avoir la réponse. La campagne électorale américaine est lancée pour 2020. Il suffit de voir comment la favorite du camp démocrate, Elizabeth Warren, en parle au micro des journalistes.

Des tweets qui cachent “une vérité qui dérange”

Plus encore qu’en 2016, c’est une Amérique fracturée qui se révèle, un speech après l’autre. CNN le pointait une nouvelle fois dans un article intitulé “Il y a une vérité que nous avons du mal à admettre dans les tweets de Trump”. Dans son article, John Blake parlait ainsi des deux Amériques: celle qui “condamne”, qui est “outragée”, qui “manifeste” quand Trump porte des déclarations racistes. Et celle qui a toujours existé, depuis la création de ce pays.

En continuant, il rappelle cette vérité difficile à admettre pour l’Amérique démocrate, celle qui n’a pas cru à l’élection de Trump dès sa candidature: “Trump comprend l’Amérique mieux que ses critiques ne le réalisent. Ces deux Amériques ont longtemps coexisté: l’une représentée par la Statue de la Liberté et son invitation aux immigrants pauvres et fatigués “aspirant à respirer librement”. L’autre est celle qui a pratiquement anéanti les Amérindiens, les Africains réduits en esclavage, les immigrants chinois exclus à la fin du 19ème siècle et les Américains japonais installés dans des camps de concentration.”

Même après le jugement rendu, on voit déjà sur Twitter les soutiens de Trump appeler à ce que les 4 républicains qui ont voté contre lui soient expulsés du parti, ils parlent de politiquement correct, et défendent le fait que les 4 démocrates soient des personnes dangereuses pour l’intégrité américaine.

On pourrait croire à une victoire démocrate avec cette décision de la Chambre des Représentants. Mais en réalité, même si le symbole est fort, même s’il s’agit d’un cap dans la présidence de Trump, elle ne va faire que conforter chacun dans son camp et son image personnelle. L’un juste, raisonné, progressiste. L’autre victime, dérangeant, conservateur à l’extrême.

Cette campagne va être décisive, et décider quelle Amérique aura le dessus pendant la prochaine présidence. Ces tweets sont peut-être racistes, mais ils sont appréciés par une bonne frange des Etats-Unis, et ce jugement n’y changera rien.

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