Les dons pour Notre-Dame devraient dépasser le milliard d’euros, mais ils divisent l’opinion en deux

Les dons pour Notre-Dame devraient dépasser le milliard d’euros, mais ils divisent l’opinion en deux

Les braises de la charpente de Notre-Dame sont encore chaudes que les polémiques pointent déjà le bout de leur nez. En cause, les promesses de dons. Elles pourraient largement dépasser le milliard d’euros et sont le fruit de quelques grandes familles et multinationales françaises. Des dons déduits fiscalement, et qui ont donc un coût pour la société. Certains se contenteraient bien d’un impôt équitable.

200 millions pour la famille Arnault (LVMH), 100 millions de la part de la famille Pinault (luxe), auxquels il faut ajouter les 100 millions d’euros de chez Total. Les dons s’accumulent dans ce qui peut ressembler à un énorme élan de générosité au service du patrimoine.

Les citoyens sont également invités à participer. Via la Fondation patrimoine, ils peuvent apporter leur contribution. La cagnotte en est déjà à 2 millions d’euros. Apple mais aussi la Banque centrale européenne ont promis de se joindre à la fête. Bref, la barre du milliard d’euros de dons devrait largement être dépassée.

Certains députés ont même proposé de porter à 90% la réduction d’impôts des dons des particuliers. “Quand il y a une telle énergie, une telle volonté de solidarité de nos compatriotes, mais plus largement de personnalités, de personnes partout dans le monde qui veulent contribuer à rebâtir Notre-Dame, il faut aussi s’appuyer sur cet enthousiasme-là”, se réjouissait le ministre de la Culture au micro de France Inter. Mais qui dit déduction d’impôts dit aussi coût pour la société. Certaines dents grincent, à gauche principalement, sur le bien-fondé de cette démarche. Et si cet élan de philanthropie n’était finalement que le résultat d’une injustice plus profonde? Celle de la fiscalité et du juste impôt.

Coût pour le contribuable

Médiapart a donné son avis. Les dons émanant des fondations ou d’entreprises sont pour l’heure déduits à 60%. “D’après la Cour des comptes, cela coûte près d’un milliard d’euros” à l’État, et donc en définitive au contribuable. Plutôt que de favoriser cette niche fiscale qu’est le mécénat, l’État français ferait bien d’établir un impôt plus juste, écrit le journal d’investigation. Une sorte “d’ISF Notre-Dame”, un impôt sur la fortune abandonné par Macron.

Drôle de chiffre que celui du budget du patrimoine. Il “est passé de 440 millions il y a 10 ans à 332 millions en 2019.” Rappelons également qu’en 2017, en préparation des nombreux chantiers pour restaurer Notre-Dame, l’État s’était engagé, en fonction des dons, à contribuer à hauteur de 4 millions par an, soit 60 millions d’euros sur dix ans. Une somme bien éloignée des chiffres dont on parle aujourd’hui. Quand l’émotion rapporte des sous.

Enfin, le principal des critiques est pour les quelques multinationales françaises. Avec un chiffre qui est dans toutes les têtes: la fraude fiscale atteindrait les 100 milliards d’euros en France. Et ces entreprises n’y sont pas étrangères.

Franco-français

“On mélange tout”, rétorquent les autres. En France, l’argent mène toujours à une polémique. Avec cette vieille tradition, en totale opposition avec les États-Unis par exemple: avoir beaucoup d’argent, c’est forcément mal. Cet élan de générosité est d’office vu avec une arrière-pensée. “Des fausses donations, qu’ils payent leur juste part plutôt que de faire les grands princes”, voilà le genre de réflexions qui énerve l’autre camp. Sur les réseaux sociaux, on voit clairement une division.

Le débat reste toutefois fondé. Jusqu’au sein du gouvernement Macron. “Je suis favorable à un vrai don qui ne sera pas payé par le contribuable”, a réagi un ministre en coulisses. Un député LREM appelle lui “à la raison, même si l’émotion face à ce drame national submerge la planète”. Les réductions d’impôts sur les dons ne peuvent “être prélevées sur les contribuables lambda”. Il est de toute façon clair que ce régime fiscal favorable ne sera pas généralisé et pourrait être même spécifique à Notre-Dame. Le gouvernement pourrait aussi pousser les grandes entreprises à ne pas déclarer leur don au titre du mécénat.

Mais la catastrophe qu’a connue Notre-Dame ne pourrait masquer le climat ambiant qui règne en France, et ce depuis plusieurs mois maintenant. Celui du contexte des gilets jaunes et d’une meilleure justice fiscale.

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