Le puzzle de la Vivaldi: l’un des partis concernés va-t-il devoir sauter?

Frederic Sierakowski / Isopix

Si la rue de la Loi est en mode vacances, le nouveau duo royal tente néanmoins ‘de nouvelles combinaisons’… Le seul moyen d’éviter les élections.

C’est plutôt le calme plat à la rue de la Loi. Le principal de l’actualité politique se passe entre l’Open VLD et la N-VA, qui ne cessent de se déchirer, et qui mettent relativement en danger le gouvernement flamand Jambon I (il s’agit toutefois plus d’une dispute de partis que de personnalités au gouvernement). Cette distraction est plutôt bien accueillie par le duo Dewael (Open VLD)-Laruelle (MR) qui peut sonder les uns et les autres en toute discrétion.

Il nous revient que les nouveaux missionnaires ne travaillent pas pour l’instant sur un texte de fond. Ils s’interrogent plutôt sur les formules encore possibles et qui mettent en place une majorité viable. ‘Une sorte de Vivaldi’ est ce qui semble avoir leur préférence.

Grande et petite Vivaldi

Une ‘sorte’? Oui, le nom ‘Vivaldi’, fruit du marketing interne de jeunes pousses du MR, est désormais mal connoté. Une formule qui avait pour but, elle aussi, de changer les appellations ‘paars-groen’ en Flandre et ‘arc-en-ciel’ du côté francophone.

Mais beaucoup plus décisif, il ressort qu’une ‘grande Vivaldi’ regroupe les 4 familles politiques: socialistes (PS, 20 sièges, et sp.a, 9 sièges), libéraux (MR, 14 sièges, et Open Vld, 12 sièges), verts (Ecolo, 12 sièges et Groen, 9 sièges) et démocrates-chrétiens (CD&V, 12 sièges et cdH, 5 sièges). Ça fait donc 93 sièges sur 150. C’est beaucoup, voire trop, considèrent certains.

Paul Magnette, président du PS – Credit : Frederic Sierakowski / Isopix

Ce qui signifie qu’il existe un ou plusieurs éléments ‘superflus’. Avec ses 20 sièges, le PS n’est pas à ranger dans cette catégorie. C’est toute la difficulté pour le moment: individuellement, l’Open Vld, le CD&V, Ecolo, le sp.a, Groen et le cdH ne sont pas nécessaires.

Les partis le savent, rien n’est plus difficile que de peser dans une coalition où l’on n’est pas indispensable. Du coup, logiquement, il faudrait se diriger vers une ‘petite Vivaldi’ et se séparer d’un ou plusieurs éléments. Cette restriction mènerait à un autre nom, et dont la formule est encore à trouver.

Le puzzle à 1.000 pièces

Mais qui sont donc ce ou ces partis superflus? D’abord, le parti le plus éloigné du centre idéologique. Et de ce point de vue, Ecolo attire immédiatement l’attention. Ce n’est un secret pour personne, le CD&V et l’Open VLD ne sont pas les plus emballés à l’idée de travailler avec les verts francophones. ‘Ils devront diluer leur programme économique’, déclarait Egbert Lachaert, candidat à la présidence de l’Open VLD, en novembre dernier.

  • La question s’est déjà posée, quand le duo Bouchez-Koens était en place. La pression s’est intensifiée sur Groen pour lâcher son partenaire. Sans succès. Les deux partis écologistes sont plus liés que jamais. Et le duo, ensemble, est indispensable dans une formule Vivaldi, comme l’est le PS.
  • De plus, un président de parti nous rapporte que l’alliance est relativement solide avec le PS: ‘Magnette a régulièrement déclaré dans le passé qu’il négociait en son propre nom, mais aussi au nom du sp.a et au nom des verts. Cela ne s’est pas toujours avéré, mais il tente certainement de mettre les verts dans sa poche.’
  • Si les relations entre le PS et le sp.a se sont refroidies depuis, il parait peu probable que le PS lâche Ecolo dans ce qui serait alors un gouvernement qui penche fortement à droite.
  • Mais Ecolo a bien conscience qu’il n’est pas indispensable. Les écologistes francophones ne rentreront pas à tous prix dans une coalition fédérale.
  • De son côté, Groen n’est pas lié au gouvernement de sa Région, ce qui le rend plus libre. Et le parti reste indispensable pour renforcer la minorité en Flandre.
Rajae Maouane / Jean-Marc Nollet, coprésidents d’Ecolo – Crédit : Frederic Sierakowski / Isopix

Cette coalition, elle pourrait se faire sans le CD&V. Le parti est clairement celui qui rend le plus difficile la mise en place d’une Vivaldi. Car il continue à demander ‘une majorité flamande’ et donc à intégrer la N-VA.

  • Mais on le sait, cette formule a été rejetée par le PS, et un retour en arrière parait impossible. Cette formule sans le CD&V est faisable mathématiquement, même sans le cdH.
  • Le gros souci, comme vu plus haut, c’est que cela accentue encore la minorité flamande. Dans cette composition, l’Open VLD, au gouvernement flamand, sera perçu comme le traître suprême.

Les libéraux (Open VLD et MR) justement, semblent eux aussi former un seul bloc. À deux, ils sont indispensables. Ils préféreront une alliance le plus au centre possible.

  • De plus, ils se sont rapprochés récemment du CD&V. Et ça rend ce scénario – sans le CD&V – encore plus improbable. S’ils devaient tous entrer dans une Vivaldi, leur but sera de faire pencher la balance le plus à droite possible.

Le sp.a est certainement aussi une option. Avec le PS, il s’agit de la plus grande famille politique du pays. Mais on l’a vu, l’entente est cordiale, mais pas bétonnée. Après tout, le sp.a était prêt à entrer dans un gouvernement avec la N-VA.

  • Mais son président tient le même raisonnement depuis un certain temps: il ne rentrera pas dans un gouvernement où son parti n’est pas nécessaire. Après tout, l’opposition, tant au niveau flamand qu’au fédéral, est une position confortable quand on doit se reconstruire.
Conner Rousseau, président du sp.a – Credit : Frederic Sierakowski / Isopix

Le cdH, de par son poids politique, a un rôle ingrat. Il n’est certainement pas nécessaire, mais on pourrait faire appel à lui pour boucher les trous. C’est sans doute dur à entendre, mais c’est de la pure logique mathématique.

  • Maxime Prévot, son président, n’est certainement pas favorable à de nouvelles élections, son empreinte et le renouveau du parti n’étant pas encore très marqués. Il veut ‘être du côté de la solution’. Cette solution peut tout à fait être l’opposition. De ce point de vue, le détachement avec le CD&V ne devrait pas être trop dur à opérer.
  • Le renouvellement des partis, qui a souvent été vu comme un problème, pourrait finalement favoriser une potentielle coalition: MR, Open VLD, sp.a, CD&V et cdH ont tous connu ou vont connaitre un changement à leur tête. Aucun ne veut aller vers des élections anticipées, même si certains, logiquement, les redoutent plus que d’autres.

Enfin, la coalition 77 – sans le PS – reste à nos yeux irréaliste. Si un sondage dans La Libre a montré qu’elle se défend bien par rapport à la Vivaldi, il ne s’agit que d’un sondage dans un journal qui n’est pas du tout représentatif des électeurs francophones. La Suédoise ne représente plus que 63 sièges. Et si Ecolo ne suit pas, les francophones serait pour la 2e fois de suite en minorité. Le cdH pourrait compenser, mais il ferait alors vraiment figure de bouche-trou. En outre, cette formule inclut le siège indépendant de Jean-Marie Dedecker, qui s’est rallié à la N-VA, mais dont on connait la personnalité. Cette coalition est presque intenable.

Si on résume, en cas de Vivadi restreinte, le cdH et/ou le sp.a sont les deux éléments qui sont les plus susceptibles de sauter. L’un par son poids politique, l’autre par sa volonté de rester dans l’opposition. Le CD&V et Ecolo sont aussi des candidats potentiels, mais plus compliqués à éjecter. A moins que ces derniers ne décident de se retirer d’eux-mêmes, ne se sentant pas indispensables. Vous ajoutez à cela une minorité flamande la moins faible possible à trouver et le jeu des familles politiques, et vous obtenez une équation très difficile. En tout cas si PS et CD&V campent sur leurs positions.

Quand on vous parlait de puzzle…

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